Avec l’opération chirurgicale subie mardi 13 octobre, une nouvelle phase du pontificat de Léon XIV s’est ouverte. La maladie en constitue désormais l’un des fils rouges : chaque déplacement, chaque apparition publique et chaque décision importante seront inévitablement observés à la lumière de l’état de santé du souverain pontife.

Pour comprendre les enjeux de cette période, Tribune Chrétienne a interrogé, mercredi 14 octobre, Nico Spuntoni, vaticaniste italien et journaliste au quotidien Il Giornale. Spécialiste des affaires religieuses et des questions vaticanes, il suit quotidiennement les décisions du Saint-Siège, les nominations et les équilibres internes de la Curie romaine. Il s’intéresse également à l’histoire récente de la papauté et au pontificat de Benoît XVI, dont la renonciation en 2013 a profondément renouvelé les interrogations sur l’exercice du ministère pétrinien.
Une maladie qui a surpris jusqu’aux plus hauts responsables du Vatican
Interrogé sur la réaction des cardinaux et des proches collaborateurs de Léon XIV à l’annonce de son hospitalisation, Nico Spuntoni confirme que la nouvelle a pris de court la majeure partie de la Curie : « La nouvelle a été accueillie avec une grande surprise. Personne ne savait, à l’exception de l’entourage le plus proche du Saint-Père. Les paroles et le visage du pape lors de l’Angélus ont rassuré, tandis que la lecture du communiqué des médecins Luigi Carbone et Stefano Margaritora, le soir de l’opération, a provoqué une certaine inquiétude parce que, même si l’opération s’est bien déroulée, on a compris la gravité du problème. »
Le vaticaniste revient également sur la manière dont le Saint-Siège a choisi de communiquer autour de cette hospitalisation. Selon lui, la principale différence tient à l’initiative personnelle de Léon XIV, qui a décidé d’annoncer publiquement la nature de sa maladie : « La différence, c’est Léon XIV lui-même qui l’a faite, en révélant à tous, à la fin de l’Angélus, et donc au moment de plus grande visibilité, la nature de sa maladie et la nécessité d’intervenir chirurgicalement. Cette hospitalisation intervient précisément au moment de la transition de la communication vaticane, alors que le préfet Paolo Ruffini a déjà fait ses valises et que sa successeure, Maria Montserrat Alvarado, doit officiellement prendre ses fonctions. Je n’ai pas constaté de grandes différences par rapport aux hospitalisations de François. La seule nouveauté est que, pour le moment, il n’y a pas eu de conférences de presse avec les médecins, comme celle, controversée, qu’avait tenue le professeur Sergio Alfieri en février 2025. »
Qui gouverne l’Église lorsque le pape est hospitalisé ?
La question du fonctionnement de la Curie constitue l’un des points centraux. Si le pape demeure juridiquement détenteur de toute son autorité, son absence physique du Palais apostolique conduit naturellement à s’interroger sur la manière dont les décisions continuent d’être prises. Nico Spuntoni rappelle d’abord un principe fondamental du gouvernement de l’Église : « Oui, le pouvoir reste entre les mains du pape. Le Code de droit canonique ne prévoit pas de remplaçant du pape en cas d’empêchement de celui-ci. Les seuls scénarios qu’il mentionne sont ceux du siège vacant ou totalement empêché. Grâce à Dieu, ce n’est pas le cas ici. Tant que les papes peuvent donner des directives, même par écrit, ils peuvent gouverner. »
Il souligne également les limites du cadre juridique actuel : « Par ailleurs, le Code de droit canonique n’établit pas quelles sont les conditions qui empêchent un pape de gouverner, ni quelle est l’autorité légitimement habilitée à les constater. »
Pour autant, l’hospitalisation ne signifie pas une paralysie de l’administration centrale de l’Église : « L’organigramme de la Curie reste ce qu’il est, la machine continue de fonctionner toute seule. Il existe ensuite des pouvoirs qui appartiennent exclusivement au pape, notamment parce que, dans l’Église, il est source de droit. Comme je l’ai écrit, dans un moment d’absence physique du pape du Palais apostolique, il est clair que la Curie regarde avec une attention accrue ceux qui sont ses hommes les plus fidèles. »
Le journaliste identifie alors plusieurs personnalités dont l’influence mérite une attention particulière.
« Parmi eux figure certainement le cardinal Kevin Joseph Farrell, qui a conservé l’importance qu’il avait déjà acquise pendant le pontificat de François et durant la vacance du Siège apostolique. La Secrétairerie d’État est le principal bureau de collaboration avec le pape. Elle est donc inévitablement la plus sollicitée en ce moment. Le secrétaire pour les relations avec les États, Mgr Paul Richard Gallagher, est la personne qui peut se prévaloir de la meilleure relation avec Prevost au sein de ce bureau. » Deux autres noms apparaissent dans son analyse : « Parmi les autres fidèles figurent Giordano Piccinotti, président de l’APSA, la caisse du Vatican, et Filippo Iannone, son successeur au Dicastère pour les évêques, ainsi que dans son ancienne résidence au Palais du Saint-Office. »
Ces observations dessinent le cercle des responsables auxquels Léon XIV accorde une confiance particulière. Elles montrent aussi que la maladie du souverain pontife peut rendre plus visibles certains équilibres internes, sans pour autant modifier formellement l’organisation de la Curie.
Le cardinal Tagle et la question de la continuité institutionnelle
L’un des passages concerne le cardinal Luis Antonio Tagle. Le journaliste romain évoque son rôle dans la perspective d’une éventuelle aggravation de la situation, tout en soulignant le caractère méthodique du gouvernement de Léon XIV : « Léon XIV est un homme scrupuleux, il ne veut rien laisser au hasard et, en ce sens, on comprend également pourquoi Tagle est devenu doyen à ce moment précis. Le cardinal Re est très âgé et souffre de quelques problèmes de santé supplémentaires par rapport au passé. Tagle doyen signifie que, si les choses devaient tourner mal, il y aurait un cardinal relativement jeune, mais expérimenté, pour tout gérer. »
Cette déclaration révèle les préoccupations institutionnelles qui peuvent accompagner la maladie d’un pape. Elle ne signifie pas qu’une succession serait engagée, mais souligne l’importance accordée à la continuité du gouvernement de l’Église.
Le vide juridique d’un pape qui ne pourrait plus gouverner
La maladie de Léon XIV remet également en lumière une question ancienne, particulièrement sensible depuis les dernières années du pontificat de Jean-Paul II et la renonciation de Benoît XVI : que se passerait-il si le souverain pontife devenait durablement incapable d’exercer son autorité ? Nico Spuntoni souligne que cette question demeure insuffisamment encadrée par le droit canonique : « À chaque maladie d’un pape, la question du vide normatif concernant la définition du siège empêché se pose à nouveau. Récemment, des canonistes comme la professeure Geraldina Boni se sont penchés sur le sujet, en soutenant la nécessité de promulguer une loi spéciale pour mieux encadrer la situation d’empêchement. »
Le journaliste évoque notamment l’hypothèse d’une organisation provisoire du gouvernement de l’Église dans des circonstances exceptionnelles : « Parmi les hypothèses qu’elle évoquait figurait celle d’une sorte de suppléance réglementée dans le gouvernement de l’Église en cas d’empêchement temporaire du pape. Et puis il y a la question de la réglementation du statut de pape émérite. »
Il ajoute une remarque qui rappelle la complexité de la situation : « À ce propos, il convient de rappeler qu’un pape doit être en pleine possession de ses facultés pour pouvoir renoncer. Paradoxalement, donc, un pape très malade ne peut pas démissionner. »
Cette dernière formule renvoie à la nécessité d’une renonciation libre et consciente. Une maladie physique n’empêche pas, en elle-même, un souverain pontife de renoncer à sa charge, mais une altération profonde de ses facultés pourrait rendre cette décision juridiquement problématique.
Une nouvelle étape du pontificat, mais des prévisions encore prématurées
Léon XIV avait commencé à imprimer son style personnel au gouvernement de l’Église, notamment à travers son récent voyage en France et sa volonté de poursuivre les déplacements apostoliques. Sa maladie pourrait-elle durablement modifier ses priorités et sa manière d’exercer le ministère pétrinien ? Sur ce point, Nico Spuntoni refuse toute conclusion précipitée : « Attendons mardi prochain pour le dire. Voyons quels seront les résultats des contrôles postopératoires pendant cette semaine d’hospitalisation. Pour le moment, il me paraît hasardeux de faire des prévisions. » Le journaliste italien préfère finalement insister sur une conséquence plus humaine et affective de cette épreuve :
« Je crois plutôt que cette maladie a fait entrer Léon encore davantage dans le cœur des gens. Elle l’a rendu plus proche de ceux qui souffrent et des familles des malades. »
Au-delà de l’évolution médicale de Léon XIV, cet entretien met en lumière les équilibres qui se dessinent au sein de la Curie et le rôle croissant de ses collaborateurs les plus proches. Il soulève surtout une question que l’Église n’a jamais véritablement résolue : celle de son gouvernement lorsqu’un pape, sans renoncer à sa charge, ne serait plus en mesure de l’exercer.
Si Nico Spuntoni se garde de toute prévision sur l’avenir du pontificat, ses observations montrent que la maladie du Saint-Père dépasse désormais le seul cadre médical et ravive des interrogations institutionnelles laissées ouvertes depuis la renonciation de Benoît XVI.
Entretien réalisé par Philippe Marie pour Tribune Chrétienne, mercredi 14 octobre 2026. Propos traduits de l’italien.
🚨NOUVELLES RASSURANTES SUR L’ÉTAT DE SANTÉ DU PAPE LÉON XIV
— Tribune Chrétienne (@tribuchretienne) October 15, 2026
🔴 Selon un nouveau communiqué médical publié ce jeudi 15 octobre, les examens de contrôle effectués ce matin sur le Saint-Père sont tous normaux.
La radiographie thoracique montre une bonne récupération du poumon… pic.twitter.com/nQuvTigPI7


