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« Mère Teresa était une ordure » : pourquoi une attaque aussi violente contre la sainte de Calcutta ?

Mère Teresa -Depositphotos_
Mère Teresa -Depositphotos_
Dans le célèbre podcast américain de Joe Rogan, sainte Mère Teresa est accusée "d’avoir laissé souffrir les pauvres et détourné des dons au profit du Vatican". Des accusations particulièrement graves qui provoquent l’indignation de nombreux catholiques

Le 15 octobre 2026, dans l’émission américaine The Joe Rogan Experience, l’invité Cody Tucker s’est livré à une attaque particulièrement virulente contre sainte Mère Teresa de Calcutta. Devant l’un des animateurs les plus influents des États-Unis, il a qualifié la religieuse d’« ordure », affirmant qu’elle n’avait « jamais rien fait de bien » et décrivant les établissements fondés par les Missionnaires de la Charité comme de véritables « chambres de torture ». Des accusations d’une extrême gravité, prononcées sans que soient présentées les preuves permettant de les établir. La séquence, reprise notamment par le média catholique américain LifeSiteNews , a provoqué de nombreuses réactions indignées sur les réseaux sociaux.

Tout commence lorsque Joe Rogan interroge son invité sur la réputation de Mère Teresa. « Était-elle vraiment aussi mauvaise ? », lui demande-t-il. « Vraiment très mauvaise », répond Cody Tucker, avant d’affirmer que la religieuse aurait entassé des malades mourants dans de grands bâtiments en béton, sans leur apporter les soins nécessaires.

Plus grave encore, il soutient qu’elle aurait détourné les dons destinés aux pauvres pour les envoyer au Vatican. Selon lui, Mère Teresa considérait la souffrance comme un moyen de se rapprocher de Dieu et aurait ainsi délibérément laissé les malades souffrir.

Ces propos, auxquels Joe Rogan ne semble opposer aucune contradiction dans l’échange rapporté, reprennent des accusations anciennes, popularisées dans les années 1990 par l’écrivain britannique Christopher Hitchens, adversaire déclaré de la religion et auteur, en 1995, de The Missionary Position: Mother Teresa in Theory and Practice, un ouvrage particulièrement hostile à la fondatrice des Missionnaires de la Charité.

Pour comprendre la portée de ces accusations, encore faut-il rappeler ce qu’était réellement l’œuvre de Mère Teresa. Lorsqu’elle fonde les Missionnaires de la Charité à Calcutta, en 1950, la religieuse d’origine albanaise se donne pour mission de servir les plus pauvres parmi les pauvres. Dans une ville marquée par une misère considérable, des hommes et des femmes meurent dans les rues, privés de nourriture, de soins et parfois même de toute présence humaine. En 1952, elle ouvre à Kalighat une maison destinée à accueillir les mourants abandonnés. Il ne s’agit pas d’un hôpital moderne, équipé pour pratiquer des interventions complexes, mais d’un lieu où des personnes rejetées par la société peuvent être lavées, nourries, accompagnées et mourir dignement.

C’est précisément cette réalité que plusieurs catholiques américains ont rappelée après la diffusion du podcast. « Cet homme condamne Mère Teresa sans comprendre les conditions dans lesquelles elle travaillait ni ce qu’était la vie des pauvres et des abandonnés en Inde », a réagi le commentateur catholique Ojike Uzoma. Il souligne que la religieuse tentait de secourir le plus grand nombre avec les moyens dont disposait sa communauté.

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Il serait inexact de prétendre que l’action de Mère Teresa n’a jamais suscité de critiques sérieuses. En 1994, le médecin Robin Fox, alors rédacteur en chef de la prestigieuse revue médicale The Lancet, avait notamment relevé des insuffisances dans les pratiques médicales observées au sein d’un établissement des Missionnaires de la Charité à Calcutta. La question de la formation des personnes chargées des soins et de l’utilisation des traitements antidouleur mérite donc d’être examinée avec rigueur. Mais constater des insuffisances médicales ne permet pas de conclure qu’une religieuse aurait volontairement organisé la souffrance de milliers de personnes.

De même, les interrogations sur la gestion et la transparence des dons ne constituent pas une preuve que Mère Teresa aurait détourné l’argent des pauvres pour enrichir le Vatican. Une telle accusation exige des documents comptables et des éléments vérifiables, que les déclarations rapportées de Cody Tucker ne fournissent pas. La distinction est essentielle. La critique historique, même sévère, est légitime lorsqu’elle repose sur des faits. La transformation de soupçons en certitudes, accompagnée d’insultes publiques, relève d’une tout autre démarche.

Au cœur de cette controverse apparaît également une profonde incompréhension de la conception chrétienne de la souffrance. L’Église enseigne que la souffrance humaine peut recevoir une dimension spirituelle lorsqu’elle est vécue dans l’union au Christ. Mais cette conviction n’a jamais constitué une autorisation de refuser les soins ou de laisser délibérément souffrir autrui. Bien au contraire, le christianisme fait du soulagement de la souffrance une œuvre de miséricorde. L’Évangile du Bon Samaritain, qui soigne les blessures de l’homme abandonné sur le chemin, en donne une illustration particulièrement claire.

Mère Teresa elle-même avait placé au centre de sa vocation la rencontre du Christ dans le visage des plus pauvres. Sa spiritualité ne saurait être réduite à une prétendue fascination pour la douleur.

Récompensée par le prix Nobel de la paix en 1979, morte en 1997 et canonisée par le pape François le 4 septembre 2016, sainte Teresa de Calcutta demeure l’une des figures catholiques les plus connues du XXe siècle. Sa sainteté reconnue par l’Église ne signifie pas que toutes les décisions prises dans ses établissements échappent à l’examen historique. Mais elle interdit de confondre une recherche honnête de la vérité avec la répétition d’accusations insuffisamment étayées.

À l’heure où quelques minutes de conversation peuvent toucher des millions d’auditeurs, cette nouvelle polémique révèle aussi la facilité avec laquelle une réputation peut être attaquée. Pendant près d’un demi-siècle, Mère Teresa a consacré son existence à ceux que le monde ne voulait plus voir. Ceux qui prétendent aujourd’hui réduire cette vie entière à une imposture ont, pour le moins, le devoir d’en apporter la preuve.

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