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Après les pillages en France et en Italie, les évêques face à la violence : le dialogue peut-il suffire à rétablir la paix ?

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Alors que les évêques français et italiens appellent au dialogue après les violences et les pillages, Giorgia Meloni affiche sa fermeté et les premières condamnations judiciaires tombent en France. Entre miséricorde, justice et autorité, quelle réponse apporter à la violence ?

Les images sont saisissantes. Commerces éventrés, vitrines brisées, bâtiments dégradés, policiers agressés : les violences du 17 octobre 2026 ont profondément marqué la France, tandis que l’Italie connaissait également des scènes de pillages et de destructions, notamment à Milan et à Bologne. Dans les deux pays, les évêques ont condamné ces débordements, tout en appelant au dialogue et à la réconciliation. Mais une question demeure : peut-on rétablir durablement la paix sans faire respecter l’autorité et la justice ?

En France, la présidence de la Conférence des évêques, réunissant le cardinal Jean-Marc Aveline, Mgr Vincent Jordy et Mgr Benoît Bertrand, a dénoncé, le 19 octobre, des « violences inacceptables ». Évoquant les magasins pillés et les forces de l’ordre agressées, les prélats ont appelé à sortir de cette « violence mortifère » par le dialogue, la justice et la paix. À Lyon, Mgr Olivier de Germay a également condamné les destructions, tout en soulignant les fractures profondes de la société. À Rouen, Mgr Dominique Lebrun a dénoncé des « exactions insupportables », rappelant l’importance de l’éducation et de la responsabilité.

En Italie, l’archevêque de Milan, Mgr Mario Delpini, a livré une réflexion comparable dans un entretien accordé à Avvenire le 20 octobre. Face aux violences, il reconnaît : « Io non so attribuire colpe e indicare colpevoli » (« Je ne sais pas attribuer les fautes ni désigner les coupables »). Il insiste sur la nécessité de comprendre le désarroi des jeunes et de reconstruire les liens sociaux, sans nier le devoir des forces de l’ordre de protéger la population.

Plus singulière, la proposition de Mgr Giuseppe Vegezzi, évêque auxiliaire de Milan, invitant les jeunes pillards à restituer anonymement les objets volés, éventuellement en les déposant dans une église. Une démarche de réparation inspirée par la miséricorde chrétienne, mais qui soulève une interrogation : la restitution suffit-elle lorsque les actes commis ont également menacé la sécurité des personnes ?

Pendant que les évêques privilégient l’apaisement, les autorités politiques et judiciaires apportent des réponses plus coercitives. En Italie, Giorgia Meloni a annoncé, le 20 octobre, un nouveau décret de sécurité créant notamment un délit de participation violente à une manifestation, passible de cinq ans de prison et de 20 000 euros d’amende. Le texte prévoit également de responsabiliser financièrement les parents des mineurs responsables de dégradations. Cinq cents militaires supplémentaires doivent être déployés à Milan. La présidente du Conseil résume sa position par une formule : « Chi rompe paga » (« Qui casse paie »).

En France aussi, les premières condamnations sont tombées. À Lyon, quatre prévenus ont écopé, dès le 19 octobre, de peines allant de huit mois avec sursis à un an de prison ferme. À Toulon, un homme de 21 ans a été condamné à cinq mois de prison ferme pour violences et outrages envers les policiers. Le gouvernement de Sébastien Lecornu a également instauré des couvre-feux ciblés dans plusieurs villes. Cette fermeté n’épuise évidemment pas la réponse aux fractures sociales. Mais elle rappelle que la paix civile suppose des règles et des sanctions. Les appels au dialogue sont nécessaires ; ils ne sauraient dispenser les auteurs de violences de répondre de leurs actes.

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Alors que de nombreux catholiques réclament une condamnation plus ferme et plus explicite de ces violences de la part de leurs évêques, une interrogation s’impose : à quoi peut servir un dialogue lorsque ceux auxquels il s’adresse semblent précisément rejeter toute forme de discussion, de respect et de réconciliation ?

Les images de ces derniers jours montrent des groupes de jeunes qui ne cherchent manifestement ni à être entendus ni à négocier, mais à détruire, à piller et à affronter les forces de l’ordre. Face à de tels comportements, les appels répétés à l’apaisement risquent de paraître singulièrement déconnectés de la réalité vécue par les victimes.

Il ne s’agit évidemment pas de renoncer à l’éducation, à la prévention ou à la possibilité d’une conversion. L’Église ne saurait fermer la porte à ceux qui souhaitent changer de vie. Mais le dialogue ne peut devenir une réponse automatique à toutes les formes de violence, particulièrement lorsque certains de leurs auteurs ne manifestent aucune volonté de reconnaître leurs fautes. À force de vouloir comprendre les motivations des casseurs, ne risque-t-on pas de reléguer au second plan la souffrance des commerçants ruinés, des familles terrorisées et des policiers agressés ?

Les réactions des évêques français et italiens révèlent ainsi une difficulté pastorale majeure : comment continuer à tendre la main sans donner le sentiment que l’on hésite à condamner le mal avec toute la fermeté nécessaire ? La charité chrétienne n’exige pas seulement de comprendre celui qui commet une faute. Elle commande également de défendre celui qui la subit, de protéger les innocents et de rappeler que la liberté ne saurait s’exercer au mépris des droits d’autrui.

La miséricorde chrétienne n’est ni la naïveté ni la résignation. Elle suppose la reconnaissance de la faute, la réparation du tort commis et, lorsque les faits le justifient, une sanction proportionnée. Les évêques ont naturellement vocation à appeler à la paix. Mais leur parole gagnerait aussi à rappeler avec force que la paix ne se décrète pas par de simples exhortations au dialogue : elle se construit sur le respect des lois, la responsabilité personnelle et la justice. Car on ne peut demander indéfiniment aux victimes de tendre la main à ceux qui les frappent, sans exiger d’abord de ces derniers qu’ils cessent de frapper.

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