« Combien d’étudiants vivent aussi dans des situations de mal-être existentiel ! » C’est par ce constat préoccupant que Léon XIV a abordé l’une des responsabilités essentielles de l’Église : l’éducation de la jeunesse. Recevant dans la salle Paul VI les participants au Congrès sur la pastorale scolaire et universitaire, venus de différentes régions du monde, le souverain pontife a livré une réflexion sur la transmission de la foi, la recherche de la vérité et les difficultés rencontrées par les jeunes générations.
Devant cette assemblée réunie dans le cadre des activités du Dicastère pour la Culture et l’Éducation, le Pape a évoqué les blessures qui traversent la jeunesse contemporaine : « Familles blessées, solitudes numériques, sentiment d’inadéquation ou peur face à un avenir qui apparaît incertain. » Derrière les résultats scolaires et les ambitions universitaires, Léon XIV rappelle que de nombreux jeunes souffrent d’une profonde solitude. Pour lui, les établissements catholiques doivent d’abord redevenir des lieux où chacun se sait personnellement accueilli:
« Combien il est important que les écoles et les universités catholiques soient, avant tout, une maison, un lieu familier où l’on est attendu ! »
Cette attention ne relève pas simplement de la bienveillance. Elle participe à la mission évangélisatrice de l’école : regarder un élève dans les yeux, se souvenir de son nom, remarquer son absence ou se réjouir de son retour sont autant de gestes par lesquels commence parfois l’annonce de l’Évangile. Mais l’accueil ne saurait remplacer la mission intellectuelle et spirituelle de l’enseignement catholique. Léon XIV rappelle que la vocation propre des écoles et des universités demeure « la recherche commune de la vérité ».
Il encourage les éducateurs à faire découvrir aux jeunes « la beauté de la rencontre avec le Christ » et la fécondité du dialogue entre foi et raison. Cette affirmation s’inscrit dans la grande tradition intellectuelle de l’Église, de saint Thomas d’Aquin à saint Jean-Paul II, qui rappelait dans Fides et ratio que la foi et la raison permettent à l’homme de s’élever vers la contemplation de la vérité.
Alors que l’enseignement catholique fait l’objet de controverses sur son caractère propre, ses orientations éducatives et la place de la foi dans ses établissements, Léon XIV rappelle ce qui constitue sa raison d’être. Une école catholique ne saurait être simplement un établissement privé proposant un enseignement de qualité. Elle porte une mission spécifique : transmettre une conception chrétienne de l’homme et permettre la rencontre avec Jésus-Christ. Le Pape dénonce également une « culture de la performance » qui compare et classe les individus, parfois impitoyablement. « Une méritocratie mal comprise finit par ne pas respecter les personnes », avertit-il, soulignant que certains jeunes, paralysés par la peur de l’échec, renoncent avant même d’avoir essayé.
À cette logique, il oppose la pédagogie du Christ. Jésus n’a pas choisi les Douze parce qu’ils étaient courageux : c’est en les appelant et en leur accordant sa confiance qu’il les a rendus capables d’accomplir leur mission.
Léon XIV invite ainsi les éducateurs à reprendre les paroles adressées à l’aveugle Bartimée : « Courage ! Lève-toi, il t’appelle ! » (Mc 10,49).
Une autre exigence traverse son intervention : l’éducation du cœur. Derrière les attitudes de protection de nombreux adolescents, le Pape discerne le désir profond « d’aimer et d’être aimés ». Il insiste sur la compassion, la gratitude, le service des pauvres et la prière, rappelant que « la charité et la prière sont inséparables ». Enfin, face aux « faux maîtres » et aux « messages trompeurs » qui prétendent répondre immédiatement aux interrogations de la jeunesse, Léon XIV propose l’exemple du Christ ressuscité accompagnant les disciples d’Emmaüs.
Le message est clair : la pastorale scolaire et universitaire ne consiste pas seulement à accompagner les jeunes dans leurs difficultés. Elle doit les conduire à reconnaître le Christ. C’est cette finalité qui distingue fondamentalement l’éducation catholique d’un simple projet pédagogique.
Mais dans une France secouée par les violences, les tensions universitaires et la radicalisation de certains mouvements étudiants, cette exigence spirituelle se heurte à une réalité préoccupante. Alors que le débat cède trop souvent la place à l’affrontement et que certains établissements deviennent le théâtre de profondes fractures idéologiques, une question demeure : ces jeunes, parfois entraînés dans une logique de confrontation permanente, sont-ils encore disposés à entendre un discours qui les appelle à la vérité, à la conversion intérieure et à la rencontre avec le Christ ?
Texte intégral du discours de Léon XIV traduit en français
Discours aux participants au Congrès sur la pastorale scolaire et universitaire — Salle Paul VI, jeudi 22 octobre 2026. Traduction française du texte italien fourni.
« Commençons par le signe de croix, par lequel nous avons tous été baptisés.
Au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit.
La paix soit avec vous.
Éminence,
Excellences,
Chers frères et sœurs,
C’est avec joie que je vous salue à l’ouverture de ce Congrès sur la pastorale scolaire et universitaire. Je remercie le préfet du Dicastère pour la Culture et l’Éducation, les secrétaires et les collaborateurs, ainsi que ceux qui auront la tâche de favoriser la réflexion et l’approfondissement ; et j’accueille avec joie vous tous qui êtes venus de tant de régions du monde. Je vous félicite pour le travail que vous accomplissez dans les institutions éducatives et universitaires en faveur de l’annonce de l’Évangile et de la dignité de la personne.
Il est fondamental que la pastorale scolaire et universitaire sache répondre au désir que chacun porte en lui et parcourir ensemble un chemin humain et chrétien. Les destinataires de votre ministère se distinguent par l’enthousiasme, la générosité et l’esprit de service si caractéristiques des jeunes. Et pourtant, combien d’étudiants vivent aussi dans des situations de mal-être existentiel ! Familles blessées, solitudes numériques, sentiment de ne pas être à la hauteur ou peur face à un avenir qui apparaît incertain. Beaucoup parcourent les couloirs de nos établissements et de nos universités et se sentent peut-être anonymes. Combien il est important que les écoles et les universités catholiques soient, avant tout, une « maison », un lieu familier où l’on est attendu ! La première annonce passe souvent par une manière d’accueillir : quelqu’un qui te regarde dans les yeux, qui se souvient de ton nom, qui remarque ton absence, qui se réjouit de ton retour.
Dans un environnement accueillant, l’étudiant peut manifester son désir profond de comprendre, de donner un sens à la réalité. Nous touchons ici à la vocation propre des écoles et des universités : la recherche commune de la vérité. Je vous encourage donc à stimuler l’intelligence des jeunes, à valoriser leurs questions. Que votre passion — spécialement pour ceux d’entre vous qui œuvrent dans des établissements catholiques — soit de faire expérimenter aux jeunes la beauté de la rencontre avec le Christ, la fécondité de la synergie entre foi et raison, entre le savoir de la foi et les différents autres savoirs.
La pastorale scolaire et universitaire est appelée à accompagner la lente germination de la pensée, à enseigner le discernement et la recherche persévérante. Les processus éducatifs « ont besoin de temps de maturation, de confrontation avec la réalité au-delà des apparences et d’un cheminement patient ». Nous devons « protéger nos jeunes […] de cette séduction subtile qui fait paraître inutile la pensée humaine précisément lorsqu’elle est le plus nécessaire » (Lettre encyclique Magnifica humanitas, n° 140).
Nombre de jeunes, aujourd’hui, sont comme paralysés par la peur de se tromper, de ne pas être à la hauteur, d’être mal compris, de ne pas répondre aux attentes. Nous vivons dans une culture de la performance qui compare et classe continuellement, parfois de manière impitoyable. Une méritocratie mal comprise finit par ne pas respecter les personnes. C’est pourquoi beaucoup finissent par renoncer avant même d’avoir essayé.
Aidez les jeunes que vous rencontrez à devenir les protagonistes d’une nouvelle manière d’habiter le monde, les bâtisseurs de la fraternité et d’une société plus juste. Le courage naît d’un pacte de confiance : de l’expérience de quelqu’un qui croit en toi avant même que tu ne croies en toi-même. Jésus n’a pas choisi les Douze parce qu’ils étaient courageux ; il les a appelés et, par sa confiance, il les a rendus capables. À nos jeunes, nous devons pouvoir répéter les paroles que les disciples adressèrent à l’aveugle Bartimée : « Courage ! Lève-toi, il t’appelle ! » (Mc 10,49).
Sous la carapace que tant d’adolescents se construisent pour ne pas souffrir se cache le désir d’aimer et d’être aimés. Une pastorale scolaire et universitaire sera d’autant plus féconde qu’elle se concentrera davantage sur l’éducation du cœur. Éduquer le cœur à la compassion, à la gratitude, à la capacité de se laisser toucher par la souffrance des autres ; l’éduquer à la louange et au désir de Dieu. Le service des pauvres, le bénévolat, le soin de la création ne sont pas des activités accessoires, mais des lieux où le cœur apprend à s’élargir. Ne l’oublions pas : la charité et la prière sont inséparables.
Chers frères et sœurs, de faux maîtres et des messages trompeurs promettent de répondre rapidement aux questions des jeunes. Vous, en revanche, vous avez choisi de faire quelque chose de plus grand : marcher avec eux sur le chemin, jusqu’à ce qu’ils découvrent les dons que Dieu a déjà déposés en eux. Comme le Ressuscité avec les disciples d’Emmaüs, qui s’approche, marche avec eux, écoute, explique, fait brûler leur cœur et, enfin, se laisse reconnaître à la fraction du pain (cf. Lc 24,13-35). Que son Esprit Saint éclaire et soutienne toujours votre service. Que la Très Sainte Vierge Marie, Siège de la Sagesse, vous accompagne, ainsi que ma bénédiction.
Merci. »
Source Vatican – traduction TC


