À quelques heures du scrutin israélien, Donald Trump a renouvelé son soutien à Benjamin Netanyahou, appelant les électeurs à voter pour lui afin de « terminer le travail commencé ». Une déclaration qui souligne la proximité stratégique entre les deux dirigeants, notamment dans leur opposition au régime iranien. Au-delà des enjeux militaires et diplomatiques, ce rendez-vous électoral invite à s’interroger sur l’avenir des communautés chrétiennes du Moyen-Orient, présentes dans la région depuis les premiers siècles du christianisme.
Benjamin Netanyahou a consacré plusieurs interventions récentes à leur situation. Le 24 septembre dernier, devant l’Assemblée générale des Nations unies, il déclarait : « En ce qui concerne les chrétiens, vous savez que leur nombre s’effondre partout au Moyen-Orient, où ils sont persécutés et pourchassés, sauf dans un seul endroit : mon pays, Israël, où la communauté chrétienne grandit, prospère et s’épanouit. » Quelques jours auparavant, le 16 septembre, lors d’une cérémonie en hommage aux soldats chrétiens arabophones de l’armée israélienne, il avait également affirmé : « Non seulement nous protégeons les chrétiens, mais ce sont aussi les chrétiens qui nous protègent ! »
Ces propos soulignent la volonté du Premier ministre de présenter Israël comme un pays où les chrétiens peuvent pratiquer leur religion et participer pleinement à la vie nationale, y compris à sa défense. Ils constituent également des engagements publics dont la portée doit être appréciée à la lumière des réalités vécues par les communautés chrétiennes de Terre sainte. Cependant plusieurs incidents survenus ces derniers mois ont suscité de vives réactions parmi les responsables ecclésiastiques.
En avril 2026, un soldat israélien a été filmé détruisant une statue du Christ dans le sud du Liban. L’armée israélienne a condamné cet acte et annoncé des sanctions disciplinaires contre les militaires concernés. Le 28 avril, une religieuse française a été agressée dans la Vieille Ville de Jérusalem, un incident qui a ravivé les préoccupations concernant la sécurité des religieux et le respect de leur présence dans les lieux saints. Plus récemment, le 17 octobre, des colons israéliens masqués ont attaqué des habitants de Taybeh, village palestinien chrétien de Cisjordanie, ainsi qu’une délégation européenne venue leur témoigner sa solidarité, parmi laquelle figuraient des représentants catholiques.
Dans un communiqué publié le 19 octobre, les patriarches et chefs des Églises de Jérusalem ont dénoncé une attaque qui n’était « pas un incident isolé », regrettant que ces violences se poursuivent dans un climat d’impunité. Ces événements doivent être distingués les uns des autres. Ils ne constituent pas, à eux seuls, la preuve d’une politique gouvernementale dirigée contre les chrétiens. Benjamin Netanyahou a d’ailleurs condamné publiquement certains actes antichrétiens, affirmant qu’ils ne représentaient ni les valeurs ni la politique de l’État d’Israël.
Il reste que les violences visant les communautés chrétiennes sont documentées et continuent de se produire. Dès lors, une question demeure : à quoi servent les déclarations solennelles en faveur des chrétiens si ceux-ci ne peuvent être effectivement protégés contre les agressions dont ils sont victimes ?
Face aux tensions qui traversent le Moyen-Orient, Léon XIV a régulièrement insisté sur la nécessité de protéger les populations civiles et de privilégier le dialogue. Le 15 mars dernier, lors de l’Angélus, le Saint-Père déclarait : « Au nom des chrétiens du Moyen-Orient et de toutes les femmes et de tous les hommes de bonne volonté, je lance un appel aux responsables de ce conflit : cessez le feu ! Que les voies du dialogue soient rouvertes ! » Il ajoutait : « La violence ne pourra jamais conduire à la justice, à la stabilité et à la paix auxquelles les peuples aspirent. »
Ces paroles rappellent une constante de la diplomatie du Saint-Siège : le droit des États à assurer leur sécurité doit s’accompagner du respect de la dignité humaine, de la liberté religieuse et de la protection des populations.
À l’approche du scrutin, Benjamin Netanyahou met en avant sa détermination à garantir la sécurité d’Israël. Ses prises de position en faveur des chrétiens témoignent également de la place qu’il entend leur reconnaître dans la société israélienne. Reste à savoir comment ces engagements pourront se traduire concrètement, notamment à Jérusalem et en Cisjordanie, où les tensions demeurent particulièrement sensibles. Pour les chrétiens d’Orient, l’enjeu dépasse les résultats électoraux : il s’agit de pouvoir continuer à vivre sur les terres où le christianisme est né, pratiquer librement leur foi et transmettre leur héritage aux générations futures. La protection de cette présence chrétienne ne saurait dépendre des seules déclarations politiques : elle exige des actes et constitue une responsabilité pour l’ensemble des dirigeants de la région.


