Depuis 2000 ans

Halloween : quand la France célèbre les ténèbres à la veille de la Toussaint

thématique Halloween à Disneyland Paris - Depositphotos
thématique Halloween à Disneyland Paris - Depositphotos
Télévision, théâtres, commerces et manifestations : Halloween impose son imaginaire sombre jusque dans l’espace public. Face à cette fascination pour les ténèbres, des voix courageuses rappellent le mystère de la mort et l’espérance chrétienne

Sorcières, démons, cadavres ensanglantés, zombies et créatures monstrueuses : ce samedi 31 octobre 2026, la France semble avoir fait de l’épouvante un immense divertissement collectif. À la veille de la Toussaint, les vitrines, les écrans et les institutions culturelles célèbrent un imaginaire macabre qui interroge profondément notre rapport à la mort, au mal et au sacré. À Paris, le Théâtre Lepic annonce « N’ayez pas peur de venir au théâtre » et propose des « tarifs Halloween » pendant tout le week-end. Parmi les spectacles mis en avant figure Fin, fin et fin, une aventure apocalyptique où « les zombies sèment la terreur ».

Capture

Le prestigieux Théâtre du Palais-Royal, fondé en 1783, participe également à cette surenchère promotionnelle. Sa communication promet « Frissons, triomphes et offres exclusives ! », ainsi qu’un « programme délicieusement mortel ». Même les institutions théâtrales historiques empruntent désormais le vocabulaire de l’épouvante pour vendre des billets. Dans les parcs d’attractions, le phénomène prend une dimension industrielle. Le Parc Astérix organise ses nocturnes « Peur sur le Parc », Disneyland Paris déploie son festival Halloween et les commerces multiplient squelettes, faux sang et accessoires macabres. À la télévision, vampires et morts-vivants accompagnent cette célébration devenue omniprésente.

Mais ce 31 octobre, le vocabulaire des ténèbres déborde également le cadre du divertissement. Des appels à manifester évoquent une « Nuit des ténèbres », formule qui prend une résonance inquiétante lorsqu’elle accompagne des invitations à des rassemblements nocturnes et des discours de confrontation. Il serait injuste d’attribuer des intentions violentes à tous les manifestants. Mais lorsque certains associent l’obscurité à l’intimidation ou à l’affrontement, le choix des mots ne paraît plus innocent. Au-delà du jeu de mots avec Halloween, cette rhétorique interroge sur la place accordée à la peur et au désordre dans l’expression publique.

Le philosophe Philippe Ariès, dans L’Homme devant la mort, a montré combien notre civilisation avait progressivement transformé son rapport à la finitude humaine. La mort véritable est souvent dissimulée, médicalisée, éloignée du regard quotidien, tandis que sa représentation caricaturale devient un spectacle populaire.

Lire aussi : https://tribunechretienne.com/cest-une-declaration-de-guerre-lenseignement-catholique-dans-le-viseur-des-deputes-pres-de-9-milliards-deuros-supprimes-en-commission/

Blaise Pascal avait déjà identifié, dans les Pensées, cette tentation du divertissement par laquelle l’homme cherche à se soustraire aux grandes questions de son existence. Halloween, dans sa forme commerciale contemporaine, semble illustrer cette contradiction : mettre la mort partout en scène pour éviter de la regarder véritablement. L’ironie historique est considérable. Halloween vient de All Hallows’ Eve, la veille de la Toussaint. Pourtant, les saints ont presque disparu de cette célébration commerciale, remplacés par les monstres et les figures de l’horreur.

L’Église propose une perspective radicalement différente et pleine d’Espérance. La Toussaint célèbre la communion des saints et la destinée éternelle de l’homme. Saint Paul proclame : « Ô mort, où est ta victoire ? » (1 Co 15, 55). Dans Spe salvi, Benoît XVI rappelle que l’espérance chrétienne transforme notre compréhension de la vie et de son terme.

Le Catéchisme condamne explicitement les pratiques divinatoires et magiques (paragraphes 2116 et 2117). Sans confondre une fiction fantastique avec une pratique occulte, les chrétiens ne peuvent demeurer indifférents aux symboles que leur société choisit de glorifier.

Heureusement, une autre réponse culturelle existe aussi,

Ce samedi 31 octobre, à 20 h 30, l’Espace Bernanos, à Paris, accueille La mort à mots ouverts, une soirée proposée avec le Collège de Tess. De jeunes artistes y font entendre Baudelaire, sainte Thérèse d’Avila, Patrice de La Tour du Pin, Lamartine, Rilke ou encore Marie Noël. Leur ambition : retrouver, à travers la poésie, le mystère de la mort et « l’Espérance d’une autre rive après le grand passage ». Cette initiative mérite d’être saluée. Là où l’industrie du divertissement commercialise l’effroi, ces jeunes artistes choisissent la profondeur, la beauté et la contemplation.

Car une civilisation révèle son âme à travers ses fêtes. Et tandis que certains célèbrent les ténèbres, la Toussaint rappelle une vérité essentielle : la vocation de l’homme n’est pas de s’abandonner à l’obscurité, mais d’entrer dans la lumière du Christ ressuscité.

Recevez chaque jour notre newsletter !