En cette veille de la Toussaint, le pape Léon XIV a reçu des étudiants et des représentants de deux universités catholiques américaines. Dans la salle Paul VI, le pape Léon XIV accueillait un pèlerinage réunissant l’université Villanova et l’université Notre-Dame, deux établissements catholiques américains venus à Rome, notamment à l’occasion de rencontres de basketball prévues le lendemain. Devant les étudiants, enseignants, responsables et anciens élèves, le Saint-Père a choisi de partir de cette passion sportive pour conduire son auditoire vers une vérité autrement exigeante : l’homme n’est pas appelé seulement à réussir sa vie terrestre, mais à devenir saint.
La formule centrale de son discours mérite d’être méditée : « Personne ne naît champion, tout comme personne ne naît saint. La sainteté exige plutôt un entraînement quotidien à l’amour. »
Cette comparaison, loin de réduire la vie spirituelle à une simple performance individuelle, rejoint une tradition profondément enracinée dans l’Écriture. Saint Paul lui-même comparait l’existence chrétienne à une course, rappelant que les athlètes s’imposent une discipline pour obtenir une couronne périssable, tandis que les disciples du Christ recherchent une couronne impérissable (1 Co 9, 24-25).
Le pape Léon XIV reprend cette perspective pour rappeler que la sainteté n’est ni une disposition réservée à quelques êtres exceptionnels, ni une distinction accordée à ceux qui auraient accompli des exploits extraordinaires. Elle est la vocation de tout baptisé, appelée à se déployer dans la fidélité quotidienne à Dieu.
Cette exigence prend une résonance particulière à la veille de la Toussaint. Le Saint-Père rappelle que « Dieu appelle chacun à devenir saint », avant de citer la première épître de saint Pierre, qui exhorte les croyants à devenir saints dans toute leur conduite, puisque Dieu lui-même est saint.
Il ne s’agit donc pas de réserver la foi à quelques moments de prière ou aux seules célébrations liturgiques. Toute l’existence doit être orientée vers Dieu, y compris les activités les plus ordinaires. Le sport, lorsqu’il est vécu dans le respect de la personne humaine, peut ainsi devenir une école de maîtrise de soi, de persévérance et de charité. Le pape souligne également une vérité particulièrement nécessaire dans des sociétés traversées par les rivalités : « Les membres de deux équipes, même lorsqu’ils entretiennent une rivalité sportive, ne sont certainement pas des ennemis. »
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Cette distinction entre l’adversaire et l’ennemi dépasse largement les terrains de basketball. Elle rappelle que la confrontation, lorsqu’elle demeure ordonnée à la justice et au respect de la dignité humaine, ne doit jamais conduire à nier la fraternité fondamentale entre les personnes. Léon XIV met aussi en garde, indirectement, contre l’isolement favorisé par certains usages des technologies. Le sport possède cette vertu concrète de réunir les hommes, de leur apprendre la coopération et de leur faire expérimenter une communauté réelle, au-delà des écrans et des appartenances particulières.
Mais la portée proprement chrétienne du discours apparaît surtout lorsque le pape évoque saint Pier Giorgio Frassati, patron des sportifs. Chez ce jeune homme, la pratique sportive n’était pas séparée de la foi, de la charité envers les pauvres et de l’amour du Christ. Elle appartenait à une existence entièrement orientée vers Dieu. Le Saint-Père conduit finalement ses auditeurs vers le véritable enjeu de leur pèlerinage : la rencontre avec les témoins de la foi, particulièrement les Apôtres qui ont donné leur vie pour le Christ.
« Notre véritable objectif, au-delà de la victoire remportée dans une compétition particulière, est d’obtenir le prix de la vie éternelle. »
C’est sans doute là que réside la force de cette intervention. Dans une culture qui mesure volontiers la valeur de l’homme à ses résultats, à ses performances ou à sa reconnaissance publique, Léon XIV rappelle que la seule victoire définitive est celle qui conduit à Dieu. À la veille de la Toussaint, son message retrouve ainsi toute sa profondeur : le chrétien n’est pas appelé à devenir le meilleur aux yeux du monde, mais à aimer jusqu’à la sainteté. Et cette victoire, contrairement aux trophées terrestres, ne connaît ni défaite ni expiration.
Texte intégral du discours du pape Léon XIV
Traduction en français TC
Discours de Sa Sainteté le pape Léon XIV au pèlerinage de l’université Villanova et de l’université Notre-Dame
Salle Paul VI, samedi 31 octobre 2026
Au nom du Père, et du Fils, et du Saint-Esprit.
La paix soit avec vous.
Chers amis,
Je suis heureux de vous accueillir tous au Vatican à l’occasion de votre pèlerinage à Rome. Je salue tout particulièrement le père Peter Donohue, président de l’université Villanova, et le père Robert Dowd, président de l’université Notre-Dame, ainsi que les étudiants, les enseignants, les membres du personnel, les anciens élèves et les bienfaiteurs de ces deux établissements universitaires ici présents.
De nombreuses activités sont prévues au cours de votre visite, notamment, bien entendu, les matchs de basketball qui opposeront demain les équipes de vos universités. À cet égard, compte tenu de l’enthousiasme et du grand intérêt suscités par ces rencontres, nous pouvons constater le potentiel du sport pour jouer un rôle important, tant dans la vie d’une communauté universitaire que dans la société tout entière.
Au fil des siècles, divers auteurs chrétiens, parmi lesquels plusieurs de mes prédécesseurs, ont souligné les nombreux effets bénéfiques de la pratique sportive. À cet égard, au cours des dernières années, notamment à travers la voix des papes, l’Église catholique « a proposé une vision du sport centrée sur la dignité de la personne humaine, sur son développement intégral, sur l’éducation et sur les relations avec les autres, en soulignant sa valeur universelle comme moyen de promouvoir des valeurs telles que la fraternité, la solidarité et la paix » (Lettre La vie en abondance, 6 février 2026).
Comme beaucoup d’entre nous en ont fait l’expérience, le sport, en tant que moyen concret de rapprocher les personnes, peut enseigner les valeurs de coopération et de partage mutuel. Cela devient de plus en plus nécessaire à une époque marquée par la distance que la technologie peut créer entre les personnes (cf. Homélie pour la solennité de la Sainte Trinité, Jubilé du sport, 15 juin 2025). En effet, « le sport est un remède pour le corps et pour l’esprit, lorsqu’il est bien pratiqué » (Discours aux membres de la Fédération italienne de natation, 25 juin 2026).
Lors des compétitions sportives, il existe un désir naturel de soutenir son équipe, souvent avec passion. Il est important de se rappeler que, dans toute compétition, les membres de deux équipes, même lorsqu’ils entretiennent une rivalité sportive, ne sont certainement pas des ennemis (cf. Lettre La vie en abondance). J’espère donc que, malgré le caractère compétitif du basketball universitaire, les joueurs et les supporters des deux équipes auront l’occasion de faire connaissance au cours de ces journées passées ici à Rome.
Providentiellement, votre visite se déroule à la veille de la solennité au cours de laquelle l’Église universelle vénère « dans une même célébration les mérites de tous les saints » (Missel romain, prière d’ouverture de la solennité de tous les saints).
Le jour de la Toussaint, nous nous souvenons que Dieu appelle chacun à devenir saint. En effet, saint Pierre souligne que, puisque le Seigneur lui-même est saint, nous devons nous aussi être saints dans toute notre conduite (cf. 1 P 1, 15).
Nous sommes donc invités à veiller à ce que chaque aspect de notre vie, y compris nos activités sportives, nous aide à aimer Dieu et notre prochain.
Pour plusieurs saints, parmi lesquels Pier Giorgio Frassati, saint patron des sportifs, le sport occupait une place importante dans leur vie. Son existence, comme celle de nombreux saints et saintes, nous rappelle que personne ne naît champion, tout comme personne ne naît saint. La sainteté exige plutôt un entraînement quotidien à l’amour (cf. Homélie pour la solennité de la Sainte Trinité, Jubilé du sport).
À cet égard, les chrétiens sont appelés à courir dans la course de la vie avec pour objectif de remporter une couronne de gloire impérissable (cf. 1 Co 9, 24-25).
Je prie pour que les activités qui composent votre pèlerinage, en particulier vos visites aux tombeaux des Apôtres, qui ont donné leur vie pour défendre la foi, vous rappellent que notre véritable objectif, au-delà de la victoire remportée dans une compétition particulière, est d’obtenir le prix de la vie éternelle.
Chers amis, avec ces réflexions, je vous remercie une nouvelle fois de votre présence et je vous confie tous à l’intercession de la Bienheureuse Vierge Marie, de saint Augustin, de saint Thomas de Villeneuve et du bienheureux Basile Moreau.
À vous tous, ainsi qu’aux membres de vos communautés universitaires, j’accorde volontiers ma Bénédiction apostolique.
Merci. »
Source Vatican


