En cette solennité de la Toussaint, le pape Léon XIV a livré une méditation sur la sainteté, sa fécondité invisible et sa puissance de transformation du monde. Au cœur de son enseignement, une affirmation d’une veritable densité spirituelle : les saints ont engendré « des gestes et des choix d’amour qui surpassent les calculs de la cupidité et la tyrannie du mal qui semble parfois prévaloir ». Cette phrase éclaire une vérité fondamentale de la doctrine chrétienne : le mal, aussi puissant qu’il puisse paraître dans l’histoire, ne possède jamais le dernier mot sur la destinée de l’homme. La sainteté n’est pas simplement une résistance morale au péché. Elle est la manifestation de la victoire du Christ, dont la grâce rend l’homme capable d’aimer au-delà de ses seules forces naturelles.
Le Saint-Père a d’abord rappelé que les saints constituent cette « foule immense, que nul ne pouvait dénombrer, une foule de toutes nations, tribus, peuples et langues », décrite dans l’Apocalypse (7, 9). Cette multitude ne se limite pas aux figures officiellement canonisées. Elle comprend également les innombrables âmes dont la fidélité demeure inconnue des hommes, mais parfaitement connue de Dieu. Cette distinction est théologiquement essentielle. L’Église ne crée pas la sainteté par la canonisation : elle reconnaît solennellement, dans certains de ses membres, l’œuvre de la grâce divine. La sainteté appartient d’abord à l’ordre surnaturel, non à celui de la reconnaissance humaine.
Léon XIV a poursuivi par une formule particulièrement profonde : « La sainteté, en effet, ne se réduit à aucun calcul. »
Dans une civilisation qui mesure volontiers la valeur des existences à leur efficacité, à leur visibilité ou à leur réussite matérielle, cette affirmation rappelle que la fécondité spirituelle échappe aux instruments ordinaires d’évaluation. Une prière silencieuse, un pardon accordé, une souffrance offerte en union avec le Christ peuvent porter des fruits que nul regard humain ne saurait mesurer. Saint Thomas d’Aquin enseigne que la charité est la forme des vertus (Somme théologique, II-II, q. 23, a. 8). Autrement dit, ce n’est pas la seule grandeur extérieure des actes qui leur confère leur perfection surnaturelle, mais leur orientation vers Dieu par l’amour. Une action humble, accomplie dans la charité, peut ainsi posséder une valeur spirituelle supérieure à une œuvre humainement éclatante.
C’est précisément cette inversion des critères du monde que manifestent les Béatitudes, au centre de l’Évangile proclamé pour la Toussaint. Le pape évoque les pauvres en esprit, les doux, les miséricordieux, les artisans de paix et les persécutés pour la justice. Tous témoignent d’une puissance paradoxale : celle d’un amour qui refuse de répondre à la violence par la violence et à la haine par la haine.La sainteté ne consiste pourtant ni dans la faiblesse ni dans une résignation devant l’injustice. Elle est une participation à la vie même du Christ, qui a vaincu le péché et la mort par l’obéissance au Père et le don total de lui-même.
Léon XIV a également rappelé que « les saints et les saintes sont le signe le plus beau et le plus fort du Royaume de Dieu qui vient ». Cette affirmation rejoint l’enseignement du concile Vatican II sur la vocation universelle à la sainteté (Lumen gentium, chapitre V). Tous les baptisés, quelle que soit leur condition, sont appelés à la perfection de la charité.Mais c’est peut-être dans une dernière phrase que se révèle toute la profondeur consolatrice de cette méditation : « Dieu voit le bien que nous ne voyons pas, il connaît des histoires que nous ignorons, il touche des cœurs auxquels nous n’avons pas accès. »
Ces mots rappellent que le jugement définitif sur les âmes appartient à Dieu seul. Là où le monde ne discerne que l’insignifiance, le Seigneur peut contempler une fidélité héroïque. Là où les hommes ne voient qu’une existence effacée, la grâce peut avoir accompli une œuvre immense.
La Toussaint révèle ainsi une vérité décisive : l’histoire du salut ne s’écrit pas seulement à travers les événements visibles, mais aussi dans le secret des consciences transformées par la charité. Et cette charité, parce qu’elle vient de Dieu, possède une fécondité qui dépasse les calculs humains et les puissances du mal.C’est pourquoi la sainteté demeure, au milieu des désordres du monde, non une consolation illusoire, mais la preuve vivante que le Royaume du Christ est déjà à l’œuvre parmi les hommes.
Texte intégral du pape Léon XIV
« Chers frères et sœurs, bon dimanche !
La solennité de Tous les Saints, que nous célébrons aujourd’hui, nous invite à savourer la joie de cette innombrable famille d’hommes et de femmes qui, en suivant le Seigneur Jésus, ont fait de leur vie un don à Dieu et au prochain et qui, au cours de leurs différents chemins de sanctification, ont désiré « l’océan de l’amour infini », selon une belle expression du Pape Benoît XVI (Lett. enc. Spe salvi, n. 12).
La liturgie de la Parole de cette fête nous les décrit comme une « foule immense, que nul ne pouvait dénombrer, une foule de toutes nations, tribus, peuples et langues » (Ap 7, 9). Aujourd’hui, en effet, nous célébrons tous les saints : ceux que l’Église a reconnus comme tels, mais aussi les très nombreux autres qui ne l’ont pas été, mais que Dieu connaît. Comme nous le rappelle l’Évangile d’aujourd’hui (Mt 5, 1-12), il s’agit de pauvres en esprit, mais riches de l’amour de Dieu. Leurs visages sont sillonnés de larmes, mais ils trouvent la consolation dans la prière. Ils sont doux face à la violence et récompensés par le Père. Affamés de justice et rassasiés au plus profond de leur conscience. Ouverts au pardon et étreints par la miséricorde. Désarmés dans leur cœur, mais protégés par Dieu. Artisans de paix, appelés par leur nom par Dieu. Persécutés et offensés, mais forts dans la foi et dans la charité.
Il est tout à fait vrai qu’il est impossible de “compter” la multitude de ces frères et sœurs, et pas seulement sur le plan numérique : la sainteté, en effet, ne se réduit à aucun calcul, car il en va de même pour le bien que tous les saints ont répandu autour d’eux dans le monde. En les contemplant avec admiration, nous nous demandons : ces personnes, avec la grâce de Dieu, qu’ont-elles engendré ? Essentiellement des gestes et des choix d’amour qui surpassent les calculs de la cupidité et la tyrannie du mal qui semble parfois prévaloir. Les saints et les saintes sont le signe le plus beau et le plus fort du Royaume de Dieu qui vient, ou plutôt – comme l’enseigne Jésus – qui est déjà parmi nous (cf. Lc 17, 20-21). De plus, cette multitude bienheureuse rassemble les origines, les cultures et les situations de vie les plus diverses : la sainteté n’est pas un privilège réservé à quelques-uns, mais une vocation universelle qui interpelle chacun d’entre nous là où nous vivons. Tel est le message porteur d’espérance de la fête d’aujourd’hui : Dieu voit le bien que nous ne voyons pas, il connaît des histoires que nous ignorons, il touche des cœurs auxquels nous n’avons pas accès.
Que la Vierge Marie, bienheureuse pour avoir cru à la parole du Seigneur, accompagne nos pas sur le chemin de la sainteté, afin que nous ne nous lassions pas de construire la paix, tant dans les situations les plus importantes que dans celles de la vie quotidienne.
À l’issue de l’Angélus
Chers frères et sœurs,
hier, à Savannah, en Géorgie, aux États-Unis d’Amérique, ont été béatifiés Pedro da Corpa et quatre de ses compagnons, religieux de l’Ordre des Frères Mineurs, assassinés par haine de la foi en 1597. Originaires d’Espagne, ils ont répondu avec générosité à l’appel du Seigneur pour évangéliser les peuples d’Amérique, jusqu’au don de leur vie. Invoquons l’intercession de ces martyrs pour tous les missionnaires de l’Évangile.
Ces derniers jours, une action humanitaire en faveur de la population civile s’est déroulée dans la ville d’Oleshky. Je souhaite que la collaboration entre les parties, qui a rendu possible ce geste d’humanité indispensable, renforce la volonté de dialogue et débouche sur de nouvelles initiatives concrètes en faveur de la paix. Confions à Marie, Reine de la paix et de tous les Saints, tous ceux qui, partout dans le monde, souffrent à cause des guerres.
Depuis hier et jusqu’au 13 novembre se déroulent à Dakar, capitale du Sénégal, les Jeux Olympiques de la Jeunesse, destinés aux athlètes âgés de 15 à 18 ans. Il s’agit du premier événement olympique organisé sur le continent africain. Outre les compétitions, ces Jeux comprennent des rencontres éducatives et culturelles visant à promouvoir les valeurs olympiques et à favoriser les échanges entre les jeunes du monde entier. Voici encore un signe d’espoir qui nous vient du monde du sport ! Je salue et bénis de tout cœur tous les participants.
Du 8 au 15 novembre aura lieu à Rome la Mission avec les pauvres, promue par les Frères Mineurs. Je félicite les fils de saint François qui, par cette initiative, mettent les pauvres au centre, comme le faisait le Seigneur Jésus et comme l’a fait saint François d’Assise. Et je remercie les institutions civiles et les forces de l’ordre qui ont apporté leur pleine coopération.
Et maintenant, je vous salue tous, Romains et pèlerins venus de divers pays !
J’accueille avec joie les fidèles syro-malabars avec leurs pasteurs. Chers amis, avec vous, je rends grâce au Seigneur pour le développement de vos communautés dans toute l’Europe.
Je salue le groupe “Capiteo” de Borbiago di Mira, dans la province de Venise ; ainsi que les participants à la “Corsa dei Santi”, que les Missions Don Bosco ont, cette année encore, organisée à Rome afin de promouvoir le sport en tant qu’expérience éducative.
Demain après-midi, à l’occasion de la Commémoration de tous les fidèles défunts, je célébrerai la messe au cimetière du Verano. En ces jours, nous nous sentons unis, dans la communion des saints, à l’immense famille de nos frères et sœurs qui nous ont précédés dans ce pèlerinage terrestre, et nous prions pour les défunts, en particulier pour ceux dont personne ne se souvient.
Merci à tous et bonne fête !
Chers frères et sœurs, bon dimanche !«
Source Vatican


