Depuis 2000 ans

Dom Guéranger, celui qui savait critiquer les évêques à bon escient

Dom Guéranger - DR
Dom Guéranger - DR
L’esprit critique de Dom Guéranger est une leçon pour notre temps : Il dénonce alors un cléricalisme complaisant, plus soucieux de plaire aux gouvernements qu’à Dieu, et rappelle que le rôle de l’évêque n’est pas d’inventer une foi à la mesure des modes ou des intérêts du moment

Fondateur de l’abbaye de Solesmes et restaurateur de la liturgie romaine, Dom Prosper Guéranger a exercé une critique lucide envers certains évêques de son temps et contre les courants qui fragilisaient l’unité catholique. Sa pensée, centrée sur le lien vital entre liturgie et Tradition, demeure d’une étonnante actualité face aux débats qui traversent l’Église aujourd’hui.Né en 1805 et ordonné prêtre dans un contexte marqué par les séquelles de la Révolution, Dom Prosper Guéranger se consacre à restaurer la vie bénédictine en France en fondant l’abbaye de Solesmes en 1833. Mais sa mission ne se limite pas au renouveau monastique : il veut rendre à l’Église de France son unité liturgique autour de Rome. À une époque où le gallicanisme, les compromis politiques et les tendances rationalistes imprègnent certains secteurs de l’épiscopat, il affirme avec force la primauté de la liturgie romaine comme gage de communion universelle.

Au XIXᵉ siècle, la France vivait encore sous l’influence du gallicanisme : chaque diocèse possédait son bréviaire, ses usages locaux, parfois très éloignés du missel romain. Guéranger y voit un danger majeur. Dans ses Institutions liturgiques publiées en 1841, il déploie une conviction claire : toute hérésie commence par une réforme liturgique. Les sectes, de Vigilance à Calvin, ont cherché à remodeler la prière de l’Église pour imposer leur doctrine. « Tout sectaire voulant introduire une doctrine nouvelle se trouve infailliblement en présence de la Liturgie, qui est la Tradition à sa plus haute puissance », écrit-il. Ainsi, pour lui, défendre la liturgie n’est pas une question secondaire, mais protéger la foi elle-même.

Son œuvre littéraire est immense : L’Année liturgique forme des générations entières à entrer dans le cycle des fêtes et des mystères du salut. Pour lui, le calendrier liturgique n’est pas un ornement, mais une catéchèse vivante, qui unit les fidèles du monde entier dans la même prière.

La critique de Dom Guéranger envers certains évêques est sans détour et demeure d’une grande actualité. Dans un XIXᵉ siècle marqué par les séquelles de la Révolution et les tentations du gallicanisme, plusieurs prélats français préféraient s’accommoder des pouvoirs politiques ou céder aux influences rationalistes plutôt que de défendre avec courage la primauté de Rome.

Lire aussi

Dom Guéranger voit dans ces compromissions une menace directe pour l’unité de l’Église : en tolérant des bréviaires diocésains hétérogènes et en relativisant la liturgie romaine, ces évêques fragilisaient le lien vital qui unit chaque fidèle au Siège de Pierre.

Il dénonce alors un cléricalisme complaisant, plus soucieux de plaire aux gouvernements qu’à Dieu, et rappelle que le rôle de l’évêque n’est pas d’inventer une foi à la mesure des modes ou des intérêts du moment, mais de transmettre fidèlement ce qu’il a reçu.

Sa parole, parfois dure, vise à réveiller les pasteurs endormis et à rappeler que l’autorité n’a de valeur que si elle s’exerce au service de la Tradition et de la communion universelle.

Mais Dom Guéranger n’est pas qu’un polémiste. Son œuvre est profondément constructive. Il a remis en honneur le chant grégorien, redonné sa place à l’orgue, et restauré le sens du sacré dans la liturgie. La liturgie bien célébrée devient école de prière, source de ferveur, nourriture de la foi. En ce sens, il a préparé le mouvement liturgique du XXᵉ siècle et reste une référence incontournable pour quiconque cherche à vivre la messe comme le cœur battant de l’Église.

Cette lucidité n’appartient pas seulement au XIXᵉ siècle. Aujourd’hui encore, l’Église est traversée par des courants qui cherchent à adapter la liturgie ou la doctrine aux mentalités contemporaines, au risque de diluer leur sens. Le cardinal Robert Sarah a rappelé avec force que la beauté et le silence de la liturgie sont des remparts contre la sécularisation : « Lorsque la liturgie devient un spectacle mondain, elle perd sa dimension de mystère et cesse d’être une rencontre avec Dieu ». Cette voix contemporaine rejoint l’intuition de Dom Guéranger : défendre la liturgie n’est pas résister par nostalgie, mais protéger la foi, l’unité et la mission de l’Église. Sa parole demeure brûlante d’actualité : la liturgie, vécue en continuité avec Rome et la Tradition, est le rempart sûr de la foi et le chemin de l’unité catholique.

Recevez chaque jour notre newsletter !