Pour ce premier jour de l’année, le Saint-Père a annoncé l’érection du Diocèse de Baturité, dans l’État du Ceará, à partir d’un territoire jusqu’alors rattaché à l’Archidiocèse de Fortaleza. Le nouveau diocèse devient suffragant de cette même métropole, dans une logique de proximité pastorale et de meilleure structuration ecclésiale, afin d’accompagner plus étroitement les communautés locales.Dans le même acte, le pape a nommé premier évêque de Baturité S.E. Monseigneur Luís Gonzaga Silva Pepeu, capucin, jusqu’alors archevêque émérite de Vitória da Conquista, en lui conservant le titre personnel d’archevêque.
Né le 18 février 1957 à Caruaru, dans l’État de Pernambuco, Monseigneur Pepeu a reçu sa formation philosophique et théologique au séminaire capucin de Nova Veneza, dans l’État de São Paulo. Religieux profès en 1978 et ordonné prêtre le 8 décembre 1982, il a poursuivi des études approfondies en droit canonique, obtenant une licence à la Catholic University of America à Washington, puis un doctorat à l’Université pontificale Saint-Thomas-d’Aquin à Rome.Son parcours ecclésial est marqué par une grande diversité de responsabilités, tant au sein de son Ordre que dans le gouvernement pastoral, notamment comme maître des novices, ministre provincial, président de la Conférence des capucins du Brésil, professeur de droit canonique et gardien de la Curie générale des Capucins à Rome. Nommé évêque d’Afogados da Ingazeira en 2001, puis archevêque métropolitain de Vitória da Conquista en 2008, il a remis sa charge en 2019, conformément aux normes canoniques.
Le diocèse de Baturité couvre une superficie de 7 072 km² et regroupe près de 300 000 habitants, dont environ 205 770 catholiques, répartis dans 21 paroisses. Il pourra compter sur 28 prêtres diocésains, 11 prêtres religieux, un diacre permanent et six séminaristes, avec l’appui de communautés religieuses engagées dans la mission pastorale, éducative et caritative.
Une recomposition religieuse et la face cachée du phénomène évangélique
Le Brésil demeure l’un des principaux pôles du catholicisme mondial, concentrant près de 15 % des fidèles de l’Église. Cette centralité s’exerce toutefois dans un paysage religieux profondément recomposé. Si la progression des Églises évangéliques et pentecôtistes apparaît aujourd’hui moins fulgurante que ne l’avaient annoncé certaines projections, celles-ci rassemblent néanmoins près de 27 % de la population, soit plus de 47 millions de personnes, constituant un acteur social, culturel et politique de premier plan.
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Derrière l’image d’un mouvement dynamique et populaire se dessinent cependant des zones d’ombre de plus en plus documentées. Le monde évangélique brésilien se caractérise par une extrême fragmentation, avec une multitude d’églises indépendantes, souvent structurées autour de pasteurs charismatiques exerçant un pouvoir personnel considérable, sans véritable contrôle doctrinal ni institutionnel. Cette configuration favorise des dérives récurrentes, notamment la diffusion de la « théologie de la prospérité », qui associe bénédiction divine, réussite matérielle et contributions financières exigées des fidèles, parfois au prix d’une pression morale et économique sur les plus modestes.À ces dérives théologiques s’ajoute une instrumentalisation croissante du religieux à des fins politiques. Plusieurs grandes figures évangéliques ont transformé les lieux de culte en tribunes idéologiques, appelant explicitement à soutenir certains candidats et diffusant des messages anxiogènes ou des contrevérités pour mobiliser leur électorat. Cette pratique, pourtant interdite par la loi brésilienne, s’est développée à grande échelle, au point de dépasser les capacités de contrôle des autorités, confrontées à un afflux de plaintes rarement suivies d’effets.
L’usage massif des médias et des réseaux sociaux constitue un autre aspect problématique. Certaines églises disposent de chaînes de télévision, de radios et de plateformes numériques très influentes, permettant une diffusion rapide de messages simplifiés, émotionnels et fortement polarisants. Cette communication directe, souvent personnalisée autour de figures pastorales devenues de véritables influenceurs, tend à réduire la foi à une expérience immédiate et subjective, détachée de toute tradition théologique structurée et de toute responsabilité ecclésiale durable.Enfin, plusieurs scandales financiers et moraux ont entaché l’image de certains groupes évangéliques, révélant des pratiques de gestion opaques, des enrichissements personnels de dirigeants religieux et, dans certains cas, des abus d’autorité sur des communautés vulnérables. Si ces dérives ne sauraient être généralisées à l’ensemble du monde évangélique, elles contribuent à fragiliser la crédibilité d’un mouvement longtemps présenté comme une alternative morale au catholicisme institutionnel.
Dans ce contexte, le Nordeste, où se situe le diocèse de Baturité, demeure l’un des bastions du catholicisme brésilien. La création de ce nouveau diocèse apparaît ainsi comme une réponse pastorale structurée et réfléchie, visant à renforcer l’enracinement local de l’Église, la formation doctrinale, la proximité des pasteurs et la stabilité institutionnelle, face à un paysage religieux concurrentiel dont la puissance médiatique et politique masque souvent des fragilités internes profondes.


