Au huitième jour des manifestations nationales en Iran, la grève des commerçants s’est poursuivie dans plusieurs villes du pays, en particulier à Téhéran. Dans la continuité des réactions internationales à ces protestations, le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahou a déclaré qu’il est très probable que « le peuple iranien prenne son destin en main ».Selon des rapports et informations parvenus à Iran International, des agents de la répression sont intervenus et se sont affrontés aux commerçants et ont tiré des gaz lacrymogènes en leur direction.
C’est donc une nouvelle étape, particulièrement grave, semble avoir été franchie dans la crise politique et sociale qui secoue l’Iran. Il y a quelques heures, l’akhund Sayid Ali Muhammad Dastjib, figure religieuse chiite connue, a publié une déclaration religieuse appelant explicitement les forces de sécurité à se soulever contre le guide suprême, Ali Khamenei.Dans ce texte, présenté comme une prise de position religieuse engageant la conscience morale des fidèles, le clerc exhorte les membres de l’appareil sécuritaire à rompre avec le pouvoir en place et à se ranger du côté de la population. Il encourage également les civils à descendre dans la rue et à s’unir face à ce qu’il décrit comme l’oppression et l’injustice du régime.
Les extraits suivants sont cités intégralement, sans reformulation :
« En ces jours importants, en cette période délicate, je vous demande, à vous, les forces de sécurité, de vous tenir aux côtés du peuple et de vous abstenir de tirer sur les civils. Tout le personnel militaire doit organiser rapidement un coup d’État contre Khamenei. Voulez-vous bafouer votre conscience et soutenir le dictateur, jusqu’à ce que vos noms soient inscrits dans l’histoire comme ceux qui se sont dressés contre leur peuple ? Ne tirez pas sur ceux dont les paroles viennent d’un cœur pur et d’une vie misérable. Ne tirez pas sur un père qui descend dans la rue pour nourrir sa famille ! Ne tirez pas sur un jeune homme au début de sa vie, qui ne demande qu’une vie juste ! »
Un tel appel, émanant d’une autorité religieuse et visant directement les forces armées et de sécurité, constitue un fait explicite dans le contexte iranien de crise de régime. Le pouvoir en Iran repose en grande partie sur la loyauté de ces forces, souvent présentées comme le dernier rempart coercitif face aux mouvements de contestation populaire.
Lire aussi
Ce type de déclaration met en lumière une question morale centrale, celle du lien entre l’autorité politique, l’obéissance exigée par l’État et la conscience personnelle de ceux qui détiennent les armes. L’enseignement constant de l’Église souligne que l’obéissance ne peut être absolue, elle trouve sa limite lorsqu’un ordre conduit à la violence injuste, à la répression aveugle ou à l’atteinte directe à la vie humaine et à la dignité des personnes.Lorsqu’un agent de sécurité reçoit l’ordre de tirer sur des civils, il ne peut se retrancher derrière la hiérarchie ou la discipline pour se décharger de toute responsabilité morale. Chaque personne demeure comptable de ses actes, même dans un système autoritaire où la désobéissance comporte de lourdes conséquences. C’est précisément cette tension que révèle l’appel du clerc chiite, en plaçant les forces de sécurité face à un choix intérieur, obéir à un pouvoir injuste ou écouter leur conscience.
Cette dimension explique pourquoi un tel message peut avoir un impact profond, car il ne s’adresse pas seulement à la stratégie politique ou au rapport de force, mais à la conscience individuelle de milliers d’hommes, appelés à décider jusqu’où ils sont prêts à aller dans l’usage de la violence contre leur propre peuple dont les revendications sont légitimes.Reste à savoir si cet appel trouvera un écho concret au sein des forces de sécurité ou s’il sera rapidement étouffé par le régime. Son existence même révèle toutefois l’ampleur des fractures internes et la profondeur de la crise que traverse le pays.L’avenir nous le dira.


