Deux jours après ce meurtre qui a bouleversé l’île, son Eminence François Bustillo a pris la parole avec force : « Je fais un appel très fort, confiant, à tous les Corses, à la paix, pour arrêter ce cycle mortifère de violence », a-t-il déclaré, refusant que l’assassinat devienne un fait divers de plus dans une succession tragique.L’évêque d’Ajaccio a dressé un constat sans complaisance de la situation actuelle. « Je vois depuis quelques temps qu’il y a un crescendo de la violence et des assassinats », a-t-il observé, dénonçant une spirale de vengeance qu’il résume par une formule implacable, « œil pour œil, dent pour dent ». Une logique qu’il récuse fermement, avertissant, « nous ne pouvons pas nous habituer à la violence ».
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Le cardinal Bustillo a inscrit son appel dans une dimension à la fois spirituelle et profondément humaine. « Vous savez, en Corse, on dit au mois de janvier pour les vœux “la paix et la santé” », a-t-il rappelé, avant d’insister sur la nécessité de « travailler pour pacifier les esprits ». Son inquiétude s’est particulièrement portée vers les plus jeunes, « je pense aussi aux enfants, aux jeunes », a-t-il confié, interrogeant l’avenir qui leur est proposé sur l’île: « Quel avenir pour eux en Corse, pour qu’ils soient engagés dans la vie publique, politique, économique, culturelle et l’Église ? », a poursuivi le cardinal, appelant explicitement à un sursaut collectif. « Nous devons changer les mentalités », a-t-il affirmé, refusant toute résignation face à ce qu’il considère comme une dérive morale. « Je ne peux pas accepter que la Corse cède à ses démons. L’Île de beauté ne doit pas montrer sa laideur, mais vraiment toute sa splendeur », a-t-il déclaré. Une exhortation qui résonne comme un appel à la conversion des cœurs, condition indispensable pour que la paix l’emporte durablement sur la violence.
La conclusion de l’évêque d’Ajaccio prend alors une profondeur particulière lorsqu’elle est replacée dans l’histoire longue de l’île. La Corse porte en elle une mémoire marquée par la vendetta, par une justice rendue par les hommes eux-mêmes, transmise de génération en génération, parfois justifiée au nom de l’honneur, de la famille ou du clan. Plus récemment, cette logique s’est mêlée aux pratiques mafieuses, aux règlements de comptes, à une culture de la peur qui enferme les consciences et banalise la mort.Or, cette histoire douloureuse se heurte de plein fouet à l’identité chrétienne que la Corse revendique depuis des siècles. Terre de confréries, de processions, de chapelles de village et de dévotions populaires, l’île se dit catholique, et elle l’est profondément dans ses rites, sa culture et son attachement à la foi. C’est là que réside le paradoxe, voire l’ambiguïté, d’un peuple qui invoque Dieu, honore ses morts à l’église, mais cède encore trop souvent à une logique de mort et de vengeance que l’Évangile condamne sans équivoque.
La doctrine chrétienne est pourtant claire, le Christ ne répond pas à la violence par la violence, mais par le pardon, la conversion du cœur et le refus du mal. À la loi du talion, Jésus oppose l’amour des ennemis. À la spirale de la mort, il propose le chemin exigeant mais libérateur de la paix.
En rappelant que « l’Île de beauté ne doit pas montrer sa laideur, mais vraiment toute sa splendeur », le cardinal Bustillo ne se contente pas d’une formule, il invite la Corse à une fidélité plus profonde à ce qu’elle affirme être.Son appel résonne ainsi comme une mise en demeure spirituelle. Une île qui se dit chrétienne ne peut accepter que la violence devienne un horizon ordinaire. Une société qui transmet la foi ne peut transmettre en même temps la culture des armes et de la vengeance. En s’adressant aux consciences, et particulièrement aux jeunes, le cardinal pose une question décisive, la Corse choisira-t-elle de rester prisonnière de ses démons, ou aura-t-elle le courage, chrétien et humain, de rompre enfin avec la logique de la mort pour embrasser pleinement celle de la vie et de la paix.


