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[ DOCUMENT ] TRIBUNE DES ÉVÊQUES DE FRANCE CONTRE L’EUTHANASIE : NON à « une instrumentalisation de la dignité, de la liberté ou de la fraternité »

Président ( au centre) : S. Ém. le cardinal Jean-Marc Aveline Vice-président : Mgr Benoît Bertrand ( à droite) 
Vice-président : Mgr Vincent Jordy ( à gauche)  - crédit Eglise catholique
Président ( au centre) : S. Ém. le cardinal Jean-Marc Aveline Vice-président : Mgr Benoît Bertrand ( à droite) Vice-président : Mgr Vincent Jordy ( à gauche) - crédit Eglise catholique
« On ne prend pas soin de la vie en donnant la mort : légaliser l’euthanasie ou le suicide assisté changerait profondément la nature de notre pacte social » ( intégralité de la Tribune des évêques de France)

À l’approche de l’examen au Sénat d’une proposition de loi instituant un « droit à l’aide à mourir » ( 20 janvier ) , les évêques de France ont choisi de prendre la parole dans une tribune solennelle intitulée « On ne prend pas soin de la vie en donnant la mort ». Ce texte engage bien davantage qu’un débat législatif parmi d’autres. Il touche au cœur de l’anthropologie, à la conception même de la dignité humaine, de la liberté et de la fraternité qui fondent la vie sociale.

La parole portée par le Conseil permanent de la Conférence des évêques de France s’enracine dans une expérience concrète et ancienne. Les évêques rappellent leur proximité avec les personnes confrontées à la maladie grave, à la fin de vie, au handicap, ainsi qu’avec les familles, les aidants et les soignants.

Dans cette tribune inédite les 16 évêques reconnaissent sans détour les peurs qui traversent ces situations, peur de la douleur, de la solitude, de la dépendance ou de la perte de maîtrise. Cette reconnaissance n’est pas un préalable rhétorique, elle manifeste une approche profondément réaliste et pastorale. Pour l’Église, ces angoisses appellent des réponses humaines, fraternelles, médicales et sociales, non l’introduction d’un geste de mort dans l’acte de soin.

Les évêques s’inscrivent dans la continuité de ce qu’ils appellent la « voie française » de la fin de vie, construite depuis plus de vingt-cinq ans. Cette voie repose sur un double refus, celui de l’acharnement thérapeutique et celui de la mort provoquée. Les lois successives, jusqu’à la loi Claeys-Leonetti, ont affirmé le droit de ne pas souffrir et le devoir d’accompagner la vie jusqu’à son terme, en développant la culture palliative, en écoutant la parole du patient, en reconnaissant les directives anticipées et en autorisant la sédation profonde et continue lorsque la douleur devient réfractaire, non pour donner la mort mais pour soulager. Dans cette perspective, les évêques posent une question décisive : pourquoi une nouvelle loi, alors que l’accès aux soins palliatifs demeure profondément inégal sur le territoire et qu’une part importante des besoins n’est toujours pas couverte ?

Au cœur de la tribune se trouve le refus clair de l’instrumentalisation de notions fondamentales. La dignité humaine, rappellent-ils, n’est ni variable ni conditionnelle. Elle ne dépend ni de l’état de santé, ni de l’autonomie, ni de l’utilité sociale. Elle est inhérente à la personne humaine, jusqu’au bout de son existence, et demeure inaliénable.

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Cette affirmation rejoint l’anthropologie chrétienne classique, selon laquelle l’homme, créé à l’image de Dieu, conserve sa valeur infinie même dans la plus grande fragilité. Autoriser l’euthanasie ou le suicide assisté reviendrait à introduire une hiérarchie implicite entre les vies, certaines étant jugées dignes d’être vécues, d’autres non.La liberté, elle non plus, ne peut être pensée de manière abstraite. Les évêques soulignent combien la souffrance, la peur, la solitude ou la pression sociale peuvent peser sur le discernement. Une demande de mort exprime souvent moins un désir réel de mourir qu’un appel à être soulagé, reconnu, accompagné. Dans une vision profondément relationnelle de l’homme, les choix individuels engagent toujours les autres. Faire porter un choix de mort à un malade, à une famille ou à une équipe médicale formée pour soigner et non pour tuer, c’est fragiliser le pacte de confiance qui fonde l’éthique du soin et nier la responsabilité mutuelle qui lie les membres d’une même société.

Quant à la fraternité, son invocation pour justifier l’euthanasie est dénoncée comme un contresens. La fraternité ne consiste jamais à hâter la mort ou à contraindre des soignants à agir contre leur conscience.

Elle appelle au contraire à ne jamais abandonner ceux qui souffrent, à renforcer l’accompagnement, à rompre la solitude, à soutenir les aidants et à reconnaître que la vulnérabilité fait partie intégrante de la condition humaine. Dans une lecture chrétienne, cette fraternité s’enracine dans la reconnaissance du visage du Christ souffrant en toute personne fragile.

Les évêques concluent en rappelant la gravité du choix qui s’offre aux responsables politiques. Le vote à venir n’engage pas seulement des consciences individuelles, il engage un choix de société. Derrière le débat sur « l’aide à mourir », c’est le sens même de la vie, de la souffrance et de la mort qui est en jeu. Fidèles à une sagesse chrétienne éprouvée, ils affirment qu’une société grandit non lorsqu’elle propose la mort comme solution, mais lorsqu’elle se mobilise pour accompagner la fragilité et protéger la vie jusqu’au bout 20260115_Tribune_eveques_France….

Texte intégral de la tribune des évêques de France

« Paris, le 15 janvier 2026

Tribune des évêques de France

« On ne prend pas soin de la vie en donnant la mort »

Dans les prochains jours, le Sénat examinera une proposition de loi instituant un « droit à l’aide à mourir ». Ce débat engage notre société dans ce qu’elle a de plus intime et de plus grave : la manière dont elle accompagne ses membres les plus vulnérables jusqu’au terme de leur vie.

Nous, évêques de France, voulons redire notre profond respect pour les personnes confrontées à la fin de vie, à la maladie grave ou incurable, à la souffrance et à la peur de dépendre des autres. L’Église a une longue expérience d’accompagnement des malades ou des personnes en situation de handicap, des aidants, des soignants, des aumôniers d’hôpitaux ou d’Ehpad, et nous entendons l’angoisse de celles et ceux qui redoutent la douleur, la solitude ou la perte de maîtrise. Nous rencontrons directement cette angoisse, quand des personnes proches, des membres de nos familles, des fidèles de nos diocèses, y sont confrontés et nous la partagent. Ces peurs sont réelles. Elles appellent des réponses humaines, fraternelles, médicales et sociales à la hauteur.

Depuis plus de vingt-cinq ans, la France a fait un choix singulier et précieux : refuser à la fois l’acharnement déraisonnable et la mort provoquée, en affirmant à la fois le droit de ne pas souffrir et le devoir d’accompagner la vie jusqu’au bout. Les lois successives, jusqu’à la loi Claeys-Leonetti et, aujourd’hui, la nouvelle loi en cours d’élaboration pour l’égal accès de tous à l’accompagnement et aux soins palliatifs, dessinent une « voie française » cohérente, reconnue, fondée sur le développement de la culture palliative, la prise en compte de la parole du patient, les directives anticipées et la possibilité de la sédation profonde et continue, non pour donner la mort mais pour soulager la douleur.

Les soins palliatifs sont l’unique bonne réponse aux situations éprouvantes de la fin de vie et nous exprimons ici notre reconnaissance aux élus qui, par leur vote, soutiennent l’actuelle proposition de loi pour l’égal accès de tous à l’accompagnement et aux soins palliatifs. Beaucoup de soignants engagés dans cette voie témoignent que la prise en considération de la personne en fin de vie ou malade, dans sa dimension physique, mais aussi psychologique, relationnelle et, le cas échéant, spirituelle, telle que le proposent les soins palliatifs, entraîne quasiment toujours chez les patients en fin de vie la disparition des demandes à mourir. Car même derrière une demande de mort, c’est souvent le désir de vivre qui se dit.

Dès lors, une question s’impose : pourquoi une nouvelle loi ? Si l’« on meurt mal en France », ce n’est pas parce que l’administration d’une substance létale aux patients n’est pas encore autorisée, mais parce que la loi existante est insuffisamment appliquée et que l’accès aux soins palliatifs demeure très inégal sur le territoire national. Aujourd’hui encore, près d’un quart des besoins en soins palliatifs ne sont pas couverts. Comment proposer la mort comme une option, quand l’accès effectif au soin, au soulagement de la douleur, à la présence humaine et à l’accompagnement n’est pas garanti pour tous ?

Légaliser l’euthanasie ou le suicide assisté changerait profondément la nature de notre pacte social. Derrière des mots qui se veulent rassurants se cache une réalité que le langage tend à dissimuler. Présenter l’euthanasie et le suicide assisté comme des actes de soin brouille gravement les repères éthiques. On détourne les mots de leur véritable sens pour mieux anesthésier les consciences. On ne prend pas soin de la vie en donnant la mort.

Nous refusons en particulier l’instrumentalisation de notions essentielles telles que la dignité, la liberté ou la fraternité. Nous rappelons avec force que la dignité d’une personne humaine n’est pas variable selon son état de santé, son autonomie ou son utilité sociale, elle est inhérente à son humanité, jusqu’au bout. Elle est inaliénable.

La liberté, quant à elle, ne peut être pensée de manière abstraite, comme si la souffrance, la peur, la solitude ou la pression sociale n’avaient aucun impact sur le discernement. La demande d’en finir avec la vie n’est-elle pas une demande d’en finir avec une vie qui ne correspond plus aux critères socialement normés : être en bonne santé, utile, valide et ne pas représenter un poids financier a priori lourd ? La liberté ainsi conçue risque de devenir une pression silencieuse, surtout pour les plus fragiles.

Enfin, évoquer une « loi de fraternité » quand il s’agit de faire mourir est un mensonge. La fraternité ne consiste pas à hâter la mort de ceux qui souffrent, mais à ne jamais les abandonner.

Les évêques du Conseil permanent de la Conférence des évêques de France.

Les évêques du Conseil permanent de la Conférence des évêques de France (CEF) *
Cardinal Jean-Marc Aveline, archevêque de Marseille et président de la CEF
Mgr Benoît Bertrand, évêque de Pontoise et vice-président de la CEF
Mgr Vincent Jordy, archevêque de Tours et vice-président de la CEF
Mgr Pierre-Antoine Bozo, évêque coadjuteur de La Rochelle
Mgr Sylvain Bataille, archevêque de Bourges

Mgr Nicolas Brouwet, évêque de Nîmes
Mgr Alexandre de Bucy, évêque d’Agen
Mgr Jacques Habert, évêque de Bayeux et Lisieux
Mgr Alexandre Joly, évêque de Troyes
Mgr Laurent Le Boulc’h, archevêque de Lille
Mgr Luc Meyer, évêque de Rodez
Mgr Pierre-Yves Michel, évêque de Nancy

Mgr Didier Noblot, évêque de Saint-Flour

Mgr Laurent Percerou, évêque de Nantes

Mgr Laurent Ulrich, archevêque de Paris
Mgr Pascal Wintzer, archevêque de Sens-Auxerre »

Source Eglise catholique

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