Depuis le jeudi 15 octobre 2026, les pèlerins qui franchissent les portes de la basilique papale Sainte-Marie-Majeure, à Rome, peuvent découvrir de près une relique habituellement conservée dans un espace monumental situé sous l’autel papal : cinq fragments de bois que la tradition chrétienne identifie comme provenant de la mangeoire dans laquelle la Vierge Marie déposa l’Enfant Jésus. Cette exposition exceptionnelle, annoncée dans un communiqué officiel de la basilique Sainte-Marie-Majeure daté du 1er octobre, accompagne les travaux de restauration de la niche historique et l’amélioration des conditions de conservation du reliquaire.

La basilique souligne qu’il s’agit d’« une occasion rare de contempler de près une relique intimement liée à l’identité même de Sainte-Marie-Majeure, la basilique romaine qui, plus que toute autre, a conservé au cours des siècles la mémoire de la Nativité du Christ ».
La Sainte Crèche, appelée Sacra Culla en italien, se compose de cinq fines pièces de bois de sycomore. Selon une tradition ancienne, elles proviendraient de la mangeoire évoquée par saint Luc : « Elle enfanta son fils premier-né ; elle l’emmaillota et le coucha dans une mangeoire » (Lc 2, 7). Leur présence à Rome s’inscrit dans une histoire qui remonte aux premiers siècles de la chrétienté. La dévotion à la mangeoire de Bethléem est notamment associée à saint Jérôme, qui s’établit en Terre sainte à la fin du IVe siècle et y consacra les dernières décennies de sa vie à l’étude et à la traduction des Écritures. Cette mémoire de Bethléem a profondément marqué l’identité de Sainte-Marie-Majeure, longtemps désignée sous le nom de Santa Maria ad Praesepe, c’est-à-dire Sainte-Marie-de-la-Crèche.
Il convient toutefois de distinguer la permanence de cette tradition de la démonstration historique de l’authenticité des fragments. L’Église les conserve et les propose à la vénération des fidèles en raison de leur association séculaire au mystère de la Nativité. Leur importance spirituelle tient à ce qu’ils rappellent un événement central de la foi catholique : l’Incarnation du Verbe éternel. Le Fils de Dieu n’a pas seulement pris une apparence humaine. Il est véritablement entré dans l’histoire, assumant notre condition jusque dans la pauvreté d’une mangeoire et l’histoire artistique de la Sainte Crèche est elle aussi remarquable.
En 1802, le célèbre architecte et orfèvre romain Giuseppe Valadier conçut le reliquaire destiné à abriter les cinq fragments. Réalisée dans le goût néoclassique, cette œuvre prend elle-même la forme d’un berceau, associant la préciosité des matériaux à une représentation du mystère de Noël. Quelques décennies plus tard, le pape Pie IX entreprit de donner aux reliques un écrin monumental. Entre 1861 et 1864, l’architecte Virginio Vespignani aménagea devant l’autel papal une vaste Confessio, espace situé en contrebas du niveau principal de la basilique. L’ensemble fut décoré d’environ soixante-dix variétés de marbres polychromes, provenant notamment des fouilles effectuées à Rome et à Ostie. Aujourd’hui, cet espace fait l’objet d’une restauration destinée à améliorer la conservation du reliquaire. Une nouvelle structure assurera une meilleure stabilité et un contrôle des conditions microclimatiques.
La niche recevra également un fond de mosaïque bleu, composé d’émaux de verre et de tesselles dorées, représentant symboliquement le ciel de la Nativité.
Pendant les travaux, les reliques sont présentées sur un autel latéral de la nef droite, entre la chapelle Sixtine et la chapelle du Crucifix. Leur emplacement n’a pas été choisi au hasard. Elles se trouvent à proximité de l’Annonciation du peintre Pompeo Batoni, créant un rapprochement spirituel entre l’annonce faite à Marie et la naissance du Sauveur. Comme l’explique le communiqué de la basilique, « de l’Ecce ancilla Domini à la mangeoire de Bethléem, de l’Annonciation à l’Incarnation », la disposition temporaire invite les pèlerins à méditer sur l’unité du mystère chrétien. Le 24 décembre, les reliques seront solennellement transférées auprès de l’autel papal, où elles demeureront pendant toute la période de Noël. À l’Épiphanie, elles retrouveront leur niche restaurée. Les travaux sont réalisés sous la supervision de la Direction des musées et des biens culturels du Gouvernorat de l’État de la Cité du Vatican, avec l’intervention de l’atelier Progetto Arte Poli de Vérone.
Dans la tradition catholique, la vénération des reliques n’a jamais pour objet d’attribuer à la matière une puissance divine. Elle exprime le respect dû aux réalités matérielles associées au Christ et aux saints, tout en orientant la foi vers Dieu lui-même. La mangeoire de Bethléem possède, à cet égard, une signification particulière. Elle rappelle l’abaissement volontaire du Fils de Dieu, qui a choisi de venir au monde dans la pauvreté plutôt que dans la puissance. L’exposition de la Sainte Crèche invite ainsi les fidèles à retrouver le sens profond de Noël, bien au-delà de ses représentations populaires.


