Dans l’est de l’Angola, aux confins des provinces de Lunda Norte, Lunda Sul et Moxico, se déploie une réalité contrastée qui interpelle profondément. Cette région, intégrée à la province ecclésiastique de Saurimo, qui comprend l’archidiocèse de Saurimo ainsi que les diocèses de Dundo et de Luena, concentre certaines des plus importantes richesses naturelles du pays, en particulier les diamants. Elle dispose également de ressources abondantes en eau, en bois et en terres agricoles. Pourtant, les habitants de ces territoires dénoncent depuis des années une situation de marginalisation persistante. Le manque d’accès à l’eau potable, l’absence d’infrastructures routières, la pénurie d’électricité, les difficultés du système de santé et le nombre élevé d’enfants non scolarisés composent un tableau de pauvreté durable. Cette contradiction entre richesse du sol et pauvreté des populations nourrit un sentiment d’injustice profond.
C’est dans ce contexte qu’ont émergé des revendications politiques, portées notamment par le Mouvement du Protectorat portugais de Lunda Tchokwé. Ce mouvement affirme que cette région orientale n’aurait jamais été intégrée légitimement à l’État angolais après l’indépendance de 1975. Il évoque les anciens traités conclus à l’époque coloniale avec les autorités portugaises et réclame, selon les déclarations, tantôt l’autonomie, tantôt l’indépendance.
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Dans ce climat déjà fragile, un élément supplémentaire vient troubler la situation, la montée de pratiques liées à la sorcellerie. Selon une enquête journalistique citée dans le rapport, certains participants à une manifestation en janvier 2021 pensaient être protégés contre les blessures et la mort grâce à des rituels magiques réalisés avant l’événement.
Cette conviction aurait contribué à encourager des comportements à risque et à aggraver les affrontements, causant des pertes humaines. Face à ce phénomène, la réaction de l’Église catholique est nette. L’archevêque de Saurimo, José Manuel Imbamba, a dénoncé avec force ces pratiques, affirmant que les sorciers « détruisent les communautés, divisent et appauvrissent les familles, tuent le développement ». Cette prise de position s’inscrit dans une tradition constante de l’Église, qui voit dans ces pratiques une atteinte à la dignité humaine et à la vérité. Car au cœur de cette crise se trouvent des populations largement chrétiennes.
Précisons que l’Angola est un pays profondément marqué par le christianisme. Selon les données récentes du recensement, près de 97 % de la population se reconnaît dans une sensibilité chrétienne, dont environ 44 % de catholiques et près de 35 % de protestants. L’Église catholique, introduite dès le XVe siècle par les Portugais, demeure aujourd’hui une composante majeure de la société angolaise, avec des centaines de paroisses et d’institutions. Cette présence s’inscrit également dans un héritage culturel visible, notamment à travers les églises de style baroque portugais qui structurent encore le paysage urbain, ornées d’azulejos et marquées par une forte identité chrétienne.
Toutefois, dans certaines régions rurales, des pratiques issues des religions traditionnelles africaines subsistent, parfois mêlées à la foi chrétienne, ce qui explique en partie la persistance de croyances liées à la sorcellerie que l’Église s’efforce de combattre. L’Église, pour sa part, poursuit sa mission. Elle rappelle la dignité de chaque personne, la nécessité de la justice et l’importance de la vérité face aux illusions. Elle invite à ne pas céder à la peur ni aux promesses trompeuses, mais à s’appuyer sur une espérance enracinée dans l’Évangile. Ainsi se joue un combat qui dépasse les seules questions économiques ou politiques. Il touche à la conscience, à la foi et à l’avenir même des communautés chrétiennes.


