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Auvergne : la couverture de 150 kg du Livre de l’Apocalypse de saint Jean volée en pleine nuit

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Pièce unique réalisée par Salvador Dalí, la couverture en bronze du « Livre de l’Apocalypse » a été dérobée dans la nuit de dimanche à lundi à Issoire, dans le Puy-de-Dôme

C’est un vol aussi spectaculaire qu’inquiétant par la nature de l’œuvre dérobée. Dans la nuit du dimanche 4 au lundi 5 octobre, la couverture du Livre de l’Apocalypse, œuvre exceptionnelle conçue autour du texte de l’Apocalypse de saint Jean, a été volée au Centre d’art contemporain d’Issoire, dans le Puy-de-Dôme. Et il ne s’agit pas d’une couverture ordinaire. Réalisée par Salvador Dalí, elle est faite de bronze, ornée d’or, de pierres précieuses et de coquillages. Son poids atteint à lui seul environ 150 kilos. L’ensemble du livre, avec ses immenses parchemins, pèse quelque 210 kilos.

Le parquet de Clermont-Ferrand a confirmé le vol de « l’écrin du Livre de l’Apocalypse », qualifiant l’objet d’« œuvre d’art de grande valeur » et de « pièce exceptionnelle et unique ». Une enquête a été ouverte et les investigations confiées à la section de recherches de la gendarmerie de Clermont-Ferrand. Les circonstances précises dans lesquelles les auteurs ont pu déplacer et emporter une pièce d’un tel poids restent à déterminer.

Un livre entièrement consacré à l’Apocalypse de saint Jean

L’histoire de cette œuvre hors norme commence en 1958. L’éditeur d’art auvergnat Joseph Forêt imagine alors un véritable « livre-cathédrale » consacré à l’Apocalypse, dernier livre du Nouveau Testament. Pour lui donner corps, il rassemble quatorze grandes figures de la littérature et de l’art du XXe siècle : sept écrivains et sept artistes, le chiffre sept occupant précisément une place essentielle dans le texte de saint Jean. Parmi eux figurent Salvador Dalí, Léonard Foujita, Bernard Buffet, Georges Mathieu, Ossip Zadkine, Leonor Fini et Pierre-Yves Trémois. Du côté des écrivains, Jean Cocteau, Jean Giono, Emil Cioran ou encore Jean Guitton participent à l’aventure.

L’ouvrage, conçu entre 1958 et 1961, est constitué de 150 grands parchemins. La calligraphe Micheline Nicolas y a tracé à la main quelque 93 000 lettres. Déployé, l’ensemble atteint environ 150 mètres. Vingt-cinq ateliers d’artisans ont participé à sa réalisation. Salvador Dalí est chargé de créer l’écrin de cette œuvre consacrée au texte biblique. L’artiste espagnol réalise sa couverture en bronze selon la technique de la cire perdue. Avec ses 150 kilos, elle représente à elle seule plus des deux tiers du poids total du livre.

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Une œuvre qui avait parcouru le monde

Entre 1961 et 1972, le Livre de l’Apocalypse est présenté dans près de 150 expositions à travers le monde et vu par des millions de visiteurs. L’œuvre disparaît ensuite pendant un temps de la scène publique. Conservée en Suisse, elle passe ensuite entre les mains de propriétaires japonais. Au début des années 2000, alors qu’elle risque d’être dispersée lors d’une vente, Christian Karoutzos, restaurateur d’œuvres d’art installé à Issoire, décide de l’acquérir. Il expliquait encore cet été avoir eu un véritable « coup de foudre » pour cette pièce et avoir mis dix ans à la payer.Lors de sa création, le livre avait été évalué à deux millions de francs, ce qui en faisait alors le livre le plus cher du monde. Il a également longtemps été présenté comme le plus lourd. Son propriétaire estimait aujourd’hui sa valeur patrimoniale difficilement chiffrable.

La couverture de Dalí et plusieurs parchemins avaient précisément été présentés au public à Issoire ces derniers mois et devaient rester exposés durant l’automne. C’est donc cette couverture de bronze, et non les 150 parchemins constituant le corps du livre, qui a été emportée.

Au-delà de sa valeur financière, le vol frappe une œuvre singulière de l’art du XXe siècle : la rencontre de grands artistes et écrivains autour de l’un des textes les plus puissants et les plus mystérieux de l’Écriture, cette Apocalypse de saint Jean qui s’achève non sur l’anéantissement, mais sur la promesse de la Jérusalem nouvelle.

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