Il est des initiatives qui rappellent que la solidarité ne se mesure pas seulement aux sommes recueillies, mais aussi au temps consacré aux autres. Depuis quinze ans, les jeunes comédiens des Potimarrants ont choisi de mettre leur passion du théâtre au service de ceux qui traversent l’épreuve de la maladie, du handicap ou de la blessure. Leur devise, « Panser les maux par le rire », résume une démarche où la générosité rencontre la culture et où la scène devient un lieu de fraternité.
Fondée en 2011 à Nantes, l’association Les Potimarrants compte aujourd’hui une centaine de membres répartis dans sept troupes, implantées notamment à Paris, Lyon, Marseille et Angers. Hikaru Fray, président de l’association, accompagne le développement de cette initiative qui poursuit une double vocation : transmettre le goût du théâtre populaire français et soutenir des causes caritatives. Ses comédiens interprètent notamment des œuvres de Feydeau, Labiche ou Guitry, tout en proposant des créations originales associant théâtre et improvisation.
En 2025, l’association indique avoir reversé 10 000 euros à quatre organismes, parmi lesquels le Bleuet de France, engagé auprès des blessés de guerre et des victimes du terrorisme, et Simon de Cyrène, qui accompagne des personnes devenues handicapées, notamment à la suite de lésions cérébrales.
« Les Bulles de Pan » : rendre aux enfants hospitalisés leur place dans l’imaginaire
Annoncé dès juin 2026, le programme « Les Bulles de Pan » marque une nouvelle étape dans l’engagement des Potimarrants. Il ne s’agit plus seulement de jouer des pièces au profit d’associations caritatives, mais d’aller directement à la rencontre des enfants hospitalisés pour leur proposer des ateliers et des représentations d’improvisation théâtrale. Deux formats ont été imaginés. Le premier, « Le Cluedo de Pan », consiste en une enquête théâtrale de dix à vingt minutes, conduite dans une chambre par deux ou trois comédiens accompagnés d’un meneur de jeu. L’enfant devient acteur de l’histoire et oriente lui-même les événements.
Le second, « Les Histoires de Wendy », rassemble quinze à vingt personnes autour d’un spectacle collectif d’une trentaine de minutes. Les enfants proposent les personnages et les situations, tandis que les comédiens construisent l’aventure sous leurs yeux. Chaque intervention doit être adaptée à la fatigue et à l’état de santé des jeunes patients, en concertation avec les équipes soignantes. Dans un récent courrier adressé à Tribune Chrétienne, Hikaru Fray précise que l’association commence notamment à animer ses premiers ateliers caritatifs à l’hôpital Necker, à Paris.
« Les rêveries d’Achille » : le théâtre au service des militaires blessés
Avec un second programme baptisé « Les rêveries d’Achille », Les Potimarrants entendent également mettre l’improvisation théâtrale au service des militaires souffrant de blessures physiques ou psychiques. Annoncé dès juin 2026, ce projet prend progressivement forme. Selon Hikaru Fray, des discussions sont désormais bien engagées avec plusieurs organismes, notamment l’Office national des combattants et des victimes de guerre (ONACVG), l’Entraide Marine et les Maisons ATHOS, spécialisées dans l’accompagnement des militaires blessés psychiquement.
Ces projets sont encore au stade des échanges, mais ils témoignent d’une volonté d’élargir l’action de l’association à des personnes dont les blessures peuvent profondément bouleverser l’existence. L’improvisation théâtrale pourrait notamment constituer un espace de rencontre et d’expression, sans prétendre se substituer aux soins ou à l’accompagnement spécialisé.
Une certaine idée de la fraternité
Sans revendiquer explicitement une identité confessionnelle, Les Potimarrants portent une conception de l’engagement qui rejoint une dimension essentielle de la doctrine sociale de l’Église : la dignité de toute personne humaine et le devoir de solidarité envers les plus vulnérables. À une époque où l’engagement associatif est parfois réduit à sa dimension financière, ces jeunes rappellent qu’une présence, une attention ou quelques instants de joie peuvent aussi constituer un véritable service rendu à autrui.
Leur initiative témoigne également de la vitalité d’une jeunesse désireuse de s’engager concrètement, en mettant ses talents au service d’une cause qui la dépasse. Le théâtre, souvent considéré comme un simple divertissement, retrouve ici une vocation profondément humaine : créer du lien, susciter la rencontre et offrir une parenthèse de joie à ceux que la souffrance tend parfois à isoler. Derrière le rideau, les costumes et les répliques improvisées, demeure cette conviction que la charité peut emprunter des chemins inattendus, et que le rire, lorsqu’il est offert avec délicatesse, peut devenir une belle manière de prendre soin de son prochain.
Site de l’association : https://www.lespotimarrants.org/


