Duc de Savoie (+ 1472)
Né à Thonon-les-Bains au XVe siècle, Amédée IX de Savoie appartient à cette lignée de princes dont la mémoire dépasse les fastes de la cour pour entrer dans la lumière discrète de la sainteté. Duc de Savoie, époux de Yolande de France, sœur du roi Louis XI, il incarne cette figure rare d’un gouvernant plus attentif aux exigences de l’Évangile qu’aux honneurs du pouvoir.
Marié à l’âge de dix-sept ans, il forme avec Yolande un foyer profondément uni, marqué par la naissance de sept enfants et par une réelle communion spirituelle. Dans l’exercice du pouvoir, la duchesse joue un rôle déterminant, soutenant son époux affaibli par la maladie. Car très tôt, Amédée est atteint d’épilepsie. Loin de s’en révolter, il accueille cette épreuve comme une participation aux souffrances du Christ, dans un esprit de foi et d’abandon.
Cette fragilité physique ne l’empêche pas de gouverner avec une attention constante aux plus pauvres. Bien au contraire, elle semble purifier son regard. Le duc se distingue par une charité concrète et exigeante, tournée vers les veuves, les orphelins et tous les laissés-pour-compte de son temps. Sa réputation dépasse les frontières de la Savoie, au point que le duc de Milan, François Sforza, affirme avec justesse :
« Partout il fait meilleur être riche que pauvre, sauf chez Amédée de Savoie, qui met les pauvres à l’honneur et les riches au rencart. » Profondément attaché à la dévotion, Amédée IX est un pèlerin assidu du Saint Suaire conservé alors à Chambéry. Dans cette contemplation du mystère de la Passion, il puise la force de vivre sa vocation de prince chrétien, non comme un privilège, mais comme un service.
Affaibli par la maladie, il doit finalement abdiquer en faveur de son épouse Yolande, qui assure la régence pour leur jeune fils Philibert. Il meurt en 1472, à seulement trente-sept ans, laissant derrière lui le souvenir d’un règne bref mais marqué par la justice et la miséricorde.Son témoignage ne tombe pas dans l’oubli. Dès 1612, saint François de Sales demande sa reconnaissance officielle par l’Église. Celle-ci intervient en 1677, lorsque Amédée IX est proclamé bienheureux. Sa mémoire est célébrée le 27 avril en Savoie, et le 30 mars dans le Martyrologe romain, qui souligne qu’il fut « plus porté à la dévotion qu’à la gestion des affaires publiques », tout en favorisant avec zèle la cause des pauvres.
En ces temps où le pouvoir est souvent conçu comme domination, la figure du bienheureux Amédée IX rappelle avec force que la véritable autorité s’enracine dans la charité. Prince par naissance, il fut surtout serviteur par vocation, donnant ainsi à son peuple un témoignage évangélique d’une grande actualité.
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