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Bilan de la sœur Brambilla : un an après une nomination pensée comme un symbole, la question de son maintien se pose

Sœur Brambilla - DR
Sœur Brambilla - DR
Nommée le 6 janvier 2025 par le pape François, la sœur Simona Brambilla avait été choisie dans un contexte où sa qualité de femme constituait en elle-même un élément déterminant du message ecclésial envoyé

La nomination de la sœur Simona Brambilla à la tête du Dicastère pour les Instituts de vie consacrée et les Sociétés de vie apostolique avait été présentée comme un geste sans précédent. Pour la première fois, une femme, religieuse, accédait à la direction d’un dicastère romain jusque-là confié à des prélats ordonnés. Le choix ne procédait pas d’une rupture doctrinale explicite, mais d’une volonté claire de poser un acte lisible, fortement symbolique, destiné à traduire dans les faits l’insistance du pontificat de François sur la place des femmes dans les structures de gouvernement de l’Église.

la sœur Brambilla avec le Pape François ( Vatican Media)

Pour justifier cette nomination, il a souvent été rappelé que la sœur Brambilla avait été supérieure générale des Missionnaires de la Consolata. Cet argument mérite toutefois d’être examiné à la lumière des données disponibles. Lorsqu’elle assuma cette charge en 2011, la congrégation comptait 746 religieuses réparties dans 121 maisons. En 2023, lorsqu’elle quitta le poste, les Missionnaires de la Consolata ne comptaient plus que 532 religieuses et 73 maisons. En un peu plus d’une décennie, la congrégation a ainsi perdu plus de 200 religieuses et près de 40 % de ses maisons.Ce constat ne saurait être interprété comme une critique personnelle adressée à la sœur Brambilla. Elle a exercé sa responsabilité dans un contexte de déclin vocationnel mondial, profond et largement irréversible, qui affecte l’ensemble de la vie consacrée. Il n’en demeure pas moins que ces chiffres, précisément parce qu’ils s’inscrivent dans une tendance globale, invitent à une lecture prudente de cette expérience lorsqu’elle est avancée comme un argument décisif en faveur de sa capacité à gouverner un dicastère romain confronté à une crise structurelle majeure.

À cette interrogation sur les résultats s’ajoute une question institutionnelle plus sensible encore. Contrairement à ses prédécesseurs, la sœur Brambilla n’exerce pas seule l’autorité de son dicastère.

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Elle est secondée par un pro-préfet, le cardinal Ángel Fernández Artime. Cette configuration, juridiquement valide, demeure inhabituelle. Dans les faits, les décisions les plus délicates continuent de transiter par une autorité ordonnée, ce qui alimente les interrogations sur la portée réelle du pouvoir confié à la préfète et renforce l’impression d’une responsabilité symboliquement élevée, mais institutionnellement étroitement encadrée.

Sur le plan théologique et pastoral, la ligne dont s’inspire la sœur Brambilla apparaît cohérente mais fortement orientée. Elle s’inscrit dans une lecture de l’Église marquée par les catégories de reconnaissance, de visibilité et de rééquilibrage des rôles, particulièrement à partir de la condition féminine. Cette approche, attentive aux dynamiques culturelles contemporaines, privilégie une ecclésiologie de la relation et du processus, parfois au détriment d’une mise en avant plus explicite de la dimension sacramentelle et hiérarchique de la mission ecclésiale.

Sans rompre avec la doctrine catholique, elle tend néanmoins à faire de la question féminine un prisme interprétatif central, reléguant d’autres dimensions structurantes au second plan.

Cette orientation se reflète également dans sa conception de la mission, qui suscite des interrogations plus profondes. Dans ses prises de position, la mission n’apparaît plus d’abord comme l’acte par lequel le missionnaire porte, éclaire et transmet un trésor reçu, mais comme un processus d’échange où ce sont les peuples rencontrés qui, par leur culture et leur expérience, éclairent et enrichissent le missionnaire. Une telle inversion de perspective, souvent présentée comme un signe d’humilité et d’écoute, interroge cependant la compréhension classique de la mission ad gentes, fondée sur l’annonce explicite du Christ et la transmission d’un dépôt reçu, et non sur une simple circulation réciproque des expériences spirituelles.

À la veille du consistoire des 7 et 8 janvier 2026, la question d’un éventuel départ commence ainsi à circuler dans les milieux romains, sans qu’aucun élément officiel ne vienne la confirmer. Si un tel scénario devait se concrétiser, il placerait le pontificat de Léon XIV devant une décision délicate, celle de gérer un héritage reçu plutôt que choisi, et d’en mesurer les implications ecclésiales et symboliques.Un départ prématuré risquerait surtout de décevoir ceux qui avaient projeté sur la sœur Brambilla des attentes disproportionnées, certains allant jusqu’à voir en elle le signe annonciateur, largement fantasmé, d’un futur pape femme. Une projection qui en dit sans doute davantage sur certaines confusions contemporaines que sur la réalité doctrinale et institutionnelle de l’Église.

Un an après sa nomination, la sœur Brambilla apparaît ainsi moins évaluée sur son action concrète que sur ce qu’elle a incarné. Et c’est peut-être dans cet écart entre le symbole voulu hier et la réalité héritée aujourd’hui que se joue désormais l’avenir de son mandat.

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