Interrogé par nos confreres de KTO sur la signification de Pâques, l’archevéque de Marseille insiste sur une dimension à la fois visible et discrète : « L’émerveillement de Pâque est à la fois très solennel […] et en même temps très fragile. » En parlant d’« une rumeur qui s’est propagée […] de bouche à oreille, de cœur à cœur », il décrit une réalité fondamentale du christianisme, celle d’un événement fondateur qui ne s’impose pas par la force, mais se transmet par le témoignage. Cette approche souligne que la foi chrétienne repose sur une annonce, fragile en apparence, mais appelée à se diffuser.
Le cardinal revient ensuite sur la liturgie, qu’il présente comme « une pédagogue extraordinaire ». En la qualifiant de « pédagogie de Dieu mise en œuvre par l’Église », il met en avant sa fonction structurante dans la vie chrétienne. Il précise : « Je ne m’y habitue pas. Les signes sont beaux et n’ont pas besoin d’être expliqués. » Cette affirmation souligne une dimension importante de la liturgie, celle d’un langage symbolique qui ne se réduit pas à une explication rationnelle, mais qui s’adresse à l’ensemble de la personne. Abordant la hausse des baptêmes, notamment chez les jeunes, il parle d’« une source de joie et une grande responsabilité », allant jusqu’à évoquer « un mélange de joie et d’effroi ». Cette formulation traduit une prise de conscience, celle d’un phénomène inattendu qui interpelle l’Église. Il en propose une lecture : « Sous la coque pourtant épaisse de nos sociétés hypersécularisées, des fissures se sont produites […] une lumière toujours intacte venant de l’Évangile. » Cette image suggère que, malgré un contexte marqué par la sécularisation, une recherche spirituelle demeure. Il insiste alors sur l’attitude à adopter : « Il faut écouter ce que l’Esprit Saint nous dit à travers ce qu’il leur a fait comprendre à eux. » Cette invitation à l’écoute est complétée par un rappel ecclésial : « Personne ne peut dire qu’il a Dieu pour Père s’il ne reconnaît pas l’Église pour Mère. »
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Sur les questions liées à la tradition et à la liturgie, le cardinal rappelle un principe structurant : « La tradition […] va jusqu’au dernier concile, Vatican II inclus. » Il ajoute : « Tout concile correspond à un moment de l’histoire […] c’est une herméneutique de la continuité. » Ces propos s’inscrivent dans une compréhension de la tradition comme développement, et non comme rupture, en situant les débats actuels dans une perspective plus large. C’est dans ce cadre qu’il évoque la situation de la Fraternité Saint-Pie X : « Ce geste provoque surtout une grande tristesse. » Cette formulation exprime une réaction marquée par la gravité, sans entrer dans une analyse détaillée. Il rappelle que des difficultés comparables ont existé dans l’histoire :
« Ce n’est pas la première fois dans l’histoire de l’Église qu’un concile a du mal à être reçu. » Il indique également une orientation : « Il n’y a que le dialogue qui permet de continuer l’annonce de l’Évangile. » En mentionnant l’exemple de saint Augustin réunissant donatistes et catholiques, il inscrit cette perspective dans une tradition de résolution des conflits par l’échange.
Le cardinal aborde ensuite la question des abus, en évoquant les enseignements du rapport de la CIASE : « On a beaucoup appris […] notamment sur la nécessité d’écouter les récits des victimes. » Il présente le dispositif « Renaître » comme une réponse structurée : « Il fallait penser quelque chose de permanent […] avec une instance indépendante et un audit régulier. » Il ajoute : « À ceux qui s’inquiètent, je dis : “Dites-le nous”. » Cette ouverture à la critique s’inscrit dans une logique d’amélioration continue. Sur le plan international, il évoque une situation « extrêmement inquiétante » au Proche-Orient, soulignant que « les communautés chrétiennes sont souvent les derniers ponts qui existent entre des peuples en guerre ». Cette observation met en lumière le rôle particulier de ces communautés dans des contextes de conflit. En France, il exprime une préoccupation concernant le climat du débat public : « On ne s’écoute plus […] la violence verbale finit toujours par s’exprimer en violence physique. » Il évoque des initiatives visant à encourager un retour à un échange plus structuré.
Pour conclure Monseigneur Aveline formule un vœu pour Pâques : « Mon vœu est de se laisser gagner par cette rumeur de Pâque. Briller lueur de Pâque ! » Il ajoute : « C’est une joie qui ne grandit qu’à la mesure dont on la donne. Donnez-la aux autres ! » Cette conclusion reprend les éléments développés précédemment, en les orientant vers une invitation à vivre et à transmettre la joie pascale.L’ensemble de cet entretien met en évidence une approche qui articule plusieurs dimensions, la centralité du mystère pascal, l’attention aux transformations du contexte contemporain, la référence constante à la tradition de l’Eglise et l’importance accordée au dialogue comme moyen de traverser les tensions.


