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Confusion à la Maison Blanche sur le mot « génocide » arménien

JD Vance et son épouse au mémorial des victimes du génocide arménien
JD Vance et son épouse au mémorial des victimes du génocide arménien
Après s’être recueilli au mémorial des victimes arméniennes, le vice-président JD Vance a vu un message évoquant le « génocide arménien » supprimé de son compte officiel

C’est un épisode qui ravive les tensions entre mémoire historique et prudence diplomatique au sein de l’administration américaine : une publication X effacée, puis présentée comme une « erreur ». La Maison Blanche se retrouve au cœur d’une controverse après la suppression d’un message du vice-président JD Vance faisant explicitement référence au « génocide arménien ».Le message avait été publié lors d’un déplacement officiel de deux jours en Arménie. JD Vance et son épouse s’étaient rendus dans un mémorial dédié aux quelque 1,5 million d’Arméniens tués par les troupes ottomanes il y a plus d’un siècle. Sur son compte officiel X, le vice-président indiquait qu’il honorait « les victimes du génocide arménien ».

Cette formulation constituait une première sous l’actuelle administration. C’était en effet la première fois que l’administration du président Donald Trump utilisait officiellement le terme « génocide » pour qualifier ces massacres.Peu après, la publication a été supprimée. Un collaborateur du vice-président a affirmé que le message avait été publié par erreur par des membres du personnel ne voyageant pas avec lui. Mardi, face aux journalistes, JD Vance a soigneusement évité le terme controversé, évoquant seulement « une chose très terrible qui s’est produite il y a un peu plus de 100 ans ». Il a précisé que sa visite répondait à une invitation du gouvernement arménien et constituait un « signe de respect » envers les victimes et les autorités locales.

Rappelons que pendant des décennies, Washington s’est abstenu d’utiliser le mot « génocide », soucieux de préserver ses relations avec la Turquie, allié stratégique et membre de l’Otan. Ankara conteste le nombre de victimes et nie toute politique d’extermination systématique.En 2021, le président Joe Biden avait rompu avec cette prudence en reconnaissant officiellement le génocide arménien. Sa déclaration évoquait les 1,5 million d’Arméniens « déportés, massacrés ou conduits à la mort dans le cadre d’une campagne d’extermination », au prix de tensions avec le président turc Recep Tayyip Erdoğan.

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Depuis son retour au pouvoir, Donald Trump est revenu à une formulation plus mesurée, évitant toute mention explicite du terme lors des commémorations officielles.La suppression du message de JD Vance a suscité l’indignation de responsables associatifs et d’élus de l’opposition.Alex Galitsky, directeur des politiques publiques de l’Armenian National Committee of America, a dénoncé « une insulte à la mémoire » des victimes, précisant que cette expression visait la suppression du message et non sa publication initiale.L’Armenian Assembly of America a appelé l’administration à fournir une explication publique face à ce qui apparaît comme un revirement.

Au Congrès, le représentant démocrate Jim McGovern a qualifié la décision de « dégoûtante et pathétique », rappelant que « le génocide arménien est un fait » et soulignant la reconnaissance officielle intervenue en 2021.Au-delà d’un message supprimé, l’épisode révèle combien le choix des mots reste lourd de conséquences. La visite de recueillement de JD Vance se voulait un geste de respect envers les victimes. La controverse qui a suivi montre que, plus d’un siècle après les faits, la mémoire du drame arménien demeure un sujet éminemment politique.

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