La Conférence épiscopale des Antilles a exprimé hier sa « profonde préoccupation pastorale pour le peuple cubain », confronté à de « graves difficultés humanitaires » dans un contexte social et économique particulièrement éprouvant pour l’île. Dans une note rendue publique le 2 mars, les évêques soulignent que « les événements récents dans la région ont provoqué une grave pénurie de carburant et de biens de première nécessité ». Cette situation a entraîné « des coupures généralisées d’électricité, des interruptions dans l’approvisionnement en eau et dans les services hospitaliers, ainsi que de graves menaces pour la sécurité alimentaire et les services publics de base à Cuba ».
Les pasteurs avertissent que ces conditions « pourraient aggraver l’angoisse et la souffrance des citoyens ordinaires, qui ont déjà considérablement augmenté ». À travers ces mots, c’est la réalité quotidienne de millions de familles qui est décrite, dans un pays où l’accès à l’énergie, à l’eau et aux soins devient de plus en plus incertain. Dans leur communiqué, les évêques des Caraïbes rappellent avec force que « si Cuba a besoin de renouveau et d’un changement positif, elle n’a pas besoin d’autre douleur ». Ils insistent sur la dimension fraternelle de leur démarche, affirmant que « nos frères et sœurs de l’île ne devraient pas se sentir isolés de nous dans leur souffrance, d’autant plus que par le passé nous avons bénéficié de leur générosité ».
La déclaration met en lumière la situation des plus fragiles, « les familles, les personnes âgées, les enfants et les plus vulnérables, qui portent les fardeaux les plus lourds de circonstances échappant à leur contrôle ». L’Église, fidèle à sa mission pastorale, recentre ainsi le débat sur la dignité humaine et la protection des plus faibles.
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Les évêques font également référence aux prises de position de responsables politiques caribéens, en reconnaissant « les appels de divers dirigeants des Caraïbes demandant un réexamen urgent des politiques susceptibles d’aggraver les souffrances des gens ordinaires et de déstabiliser la région dans son ensemble ». Ils rappellent que « lorsque un peuple souffre de difficultés, toute la région en partage le poids », soulignant les liens historiques et le destin commun qui unissent les nations caribéennes. Cette conscience d’une solidarité enracinée dans l’histoire nourrit leur exhortation à « rechercher des solutions dans un véritable esprit de préoccupation sincère pour notre humanité commune ».
Le texte insiste avec clarté sur la voie à suivre : « les désaccords entre les nations doivent être résolus par le dialogue et la diplomatie, plutôt que par la coercition ou le conflit », tout en avertissant que « les considérations humanitaires ne doivent jamais être éclipsées par des intérêts politiques ou stratégiques ».
Au-delà de l’analyse conjoncturelle, la déclaration constitue une interpellation morale adressée à la communauté régionale et internationale. En plaçant la souffrance concrète du peuple cubain au centre de leur message, les évêques rappellent que toute décision politique a des conséquences humaines directes. Le ton demeure mesuré, mais la gravité du constat ne laisse place à aucune ambiguïté. L’Église des Antilles ne s’engage pas sur le terrain partisan, elle se situe sur celui de la conscience, en appelant à des choix qui privilégient la vie, la stabilité et la dignité des personnes.
En ce début de mois de mars 2026, alors que la crise cubaine continue de peser lourdement sur la population, la voix des évêques des Antilles résonne comme un appel à la responsabilité collective. « Cuba a besoin de renouveau », affirment-ils, mais ce renouveau ne saurait passer par « davantage de douleur ». À travers cet appel au dialogue, à la diplomatie et à la solidarité, l’Église rappelle que la paix sociale et la justice ne peuvent être construites contre les peuples, mais avec eux. Pour les pasteurs caribéens, la priorité demeure claire : protéger les plus vulnérables et défendre, au cœur des tensions régionales, la primauté de l’humanité sur toute autre considération.


