Samedi 17 octobre 2026, la France a offert le spectacle désolant de bandes de casseurs déchaînés. À Paris, les boutiques de Kenzo, Céline, Salomon et Arc’teryx ont été prises pour cible. Dans le Marais, une boutique Chanel a été attaquée. À Lyon, des commerces ont été pillés et l’office de tourisme de la place Bellecour, édifice historique du XIXe siècle, incendié. À Marseille, l’hôtel de ville a subi d’importantes dégradations. Des vitrines fracassées, des marchandises volées, des bâtiments saccagés. Derrière les discours sur la contestation et les revendications sociales, une réalité beaucoup moins glorieuse : des individus qui profitent du désordre pour voler ce qu’ils convoitent.
Voilà donc l’horizon de ces casseurs : un sac Chanel, une paire de baskets, un vêtement de marque. Non pas construire un avenir, mais arracher aux vitrines les symboles d’une réussite qu’ils confondent avec le bonheur. Et c’est peut-être là leur plus grande misère.
Le plus consternant n’est pas seulement la violence de ces pillages. C’est ce qu’ils révèlent d’une société qui a fait de la consommation une religion et de la possession une finalité. On ne cherche plus à devenir quelqu’un, mais à posséder quelque chose ou à en tirer un profit. Peu importe comment. Peu importe le travail des commerçants, les emplois menacés, les vies bouleversées. Il faut prendre, immédiatement, sans effort et sans contrepartie. Le luxe devient une obsession, la marque un signe de reconnaissance, le vol un moyen d’obtenir ce que l’on refuse de gagner.
Cette fascination pour l’argent et les apparences est une faillite spirituelle autant que morale. Le Christ avait pourtant posé cette question essentielle : « Que sert à l’homme de gagner le monde entier, s’il vient à perdre son âme ? » (Mc 8, 36). Ces casseurs ne gagnent même pas le monde. Ils repartent avec quelques objets volés et laissent derrière eux une ville blessée, des commerçants ruinés et leur propre dignité abîmée.
Et pendant ce temps, certains responsables politiques et commentateurs cherchent encore à expliquer cette violence par une prétendue « colère légitime ».
Quelle colère légitime conduit à piller une boutique Chanel ? Quelle injustice sociale autorise à incendier un bâtiment historique ? Depuis quand le vol est-il devenu une revendication politique ? Cette complaisance est une insulte aux millions de Français modestes qui travaillent, respectent la loi et ne songeraient jamais à dévaliser leur voisin. Elle est également une insulte aux habitants des banlieues qui refusent la délinquance et subissent quotidiennement ses conséquences. La pauvreté n’excuse pas le pillage. La frustration ne justifie pas la violence. Et l’absence de perspectives n’autorise pas à détruire celles des autres.
Le contraste avec la veillée du 26 septembre à Paris est saisissant.
Ce soir-là, des dizaines de milliers de jeunes s’étaient réunis autour de Léon XIV. Ils étaient venus prier, chanter et écouter le pape. Ils n’attendaient ni argent ni marchandises. Ils étaient venus chercher ce que le monde matériel ne peut leur offrir : un sens à leur existence. Cette jeunesse connaît pourtant les mêmes difficultés économiques, les mêmes incertitudes professionnelles et les mêmes inquiétudes devant l’avenir. Mais elle a choisi une autre voie : celle de la foi, du travail, du service et de la transmission. Là où les casseurs convoitent, elle apprend à donner. Là où les pillards détruisent, elle veut construire. Là où certains ne voient dans l’existence qu’une succession de désirs à satisfaire, elle découvre dans le Christ une raison de vivre.
Il ne s’agit pas de prétendre que tous les jeunes catholiques sont des saints. Mais de constater qu’une société ne peut pas mettre sur le même plan ceux qui s’engagent pour bâtir et ceux qui s’organisent pour piller. Le véritable drame de ces casseurs dépasse les dégâts matériels. C’est celui d’une jeunesse à laquelle on a vendu des marques, des apparences et des désirs sans jamais lui apprendre ce qui donne sa valeur à une vie.
Et tandis que les uns brisent des vitrines pour s’emparer de quelques objets, les autres s’agenouillent devant Jésus-Christ. Les premiers veulent posséder toujours davantage. Les seconds ont découvert qu’il existe un trésor qu’on ne peut ni acheter ni voler. Ce trésor, c’est l’espérance.


