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[Diocèse d’Arras] « Idéal investisseur, marchand de biens ou promoteur  » : encore une église à vendre sur Le Bon Coin

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C’est une annonce qui passe inaperçue parmi les offres d’agences immobilières sur le site Le Bon Coin, mais cette annonce est tragiquement lourde de sens

Comme à chaque fois une question s’impose : n’y avait-il vraiment aucun autre projet possible au sein de l’Église pour cette église ? Fallait-il en arriver, une fois encore, à l’ultime solution marchande, celle qui consiste à confier un lieu consacré aux logiques froides de l’investissement et de la rentabilité, et à l’exposer publiquement sur une plateforme de petites annonces ?

Car le scandale n’est pas nouveau. Presque un an jour pour jour avant la mise en vente de l’église de Libercourt, le même diocèse provoquait déjà la stupeur et la colère. En février dernier, l’église Saint-Édouard de Lens apparaissait elle aussi sur Le Bon Coin,( mise en vente par la même agence immobilière), affichée à 362 500 euros, avec cette invitation glaçante, « Laissez libre cours à votre imagination pour ce bien très rare à la vente ». Une maison de Dieu ravalée au rang de simple opportunité immobilière.

Aujourd’hui, l’histoire se répète. Le diocèse d’Diocèse d’Arras remet en vente l’ église Saint-Henri de Libercourt , et le fait sans détour, sous un titre qui dit tout de la dérive en cours, « Idéal investisseur, marchand de biens ou promoteur ». L’annonce concerne un immeuble de 570 m² à Libercourt, proposé au prix de 239 900 euros. L’église n’est plus nommée comme telle, elle devient un « immeuble » à rénover intégralement, doté d’un « fort potentiel d’aménagement ».Le vocabulaire qui décrit l’édifice religieux est celui du marché : « surface rare sur le secteur, opportunité idéale pour un projet sur mesure, valorisation après travaux « , tout concourt à effacer la vocation première du lieu.Il n’y a d’ailleurs aucune photo de l’intérieur de l’Eglise.

À Lens déjà,on évoquait un bâtiment devenu trop lourd à porter. Le curé de la paroisse concernée reconnaissait lui-même le malaise, parlant d’une décision « un peu choquante » : « C’est un peu choquant. Les gens se disaient , « ils n’ont pas fait ça quand même ?! »  Mais la réalité est bien là et la justification toute trouvée : « les fidèles ont déserté, les finances sont exsangues et l’église, faute d’entretien, devient un fardeau trop lourd à porter pour le diocèse.« 

Le cas de l’église de Libercourt s’inscrit dans cette continuité troublante. Ce n’est plus un accident, mais une méthode, celle d’une liquidation progressive du patrimoine ecclésial.

Et la question demeure entière, lancinante, pourquoi aucune alternative n’est-elle sérieusement envisagée ? Pourquoi ne pas imaginer un usage ecclésial, caritatif, missionnaire ou associatif, même modeste, plutôt que de livrer ces murs chargés de prières aux appétits des promoteurs ?

Tout le drame est là, lorsque les églises cessent d’être perçues comme des lieux sacrés pour devenir de simples édifices valorisables. Cette évolution n’est pas neutre. Elle rappelle tragiquement la trajectoire du Canada, où des centaines d’églises ont été vendues, transformées en commerces, en salles de sport ou en lieux de divertissement, avant que le pays ne bascule dans une légalisation massive de l’euthanasie.Et, là encore, le parallèle s’impose. En France aussi, tandis que les églises sont mises en vente sur des plateformes de petites annonces, l’euthanasie s’apprête à être débattue et votée au Sénat. Comme au Canada, la disparition du sens du sacré dans les pierres semble aller de pair avec l’effacement du caractère intangible de la vie humaine.

Le précédent de Lens aurait dû servir d’électrochoc. Il apparaît aujourd’hui comme un simple prélude. Libercourt en est la confirmation inquiétante. Une société qui vend ses églises et banalise la mort donnée suit une pente connue. Et l’histoire récente montre qu’une fois engagée, cette pente est difficile à remonter.

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