Réponse au père Thomas Poussier
Alors que le père Thomas Poussier appelle à « résister à la tentation de tourner la page » des violences sexuelles dans l’Église dans une tribune publiée par La Croix, journal laïc, politiquement très orienté et « spécialiste de la délation des abus » , il est temps de poser la vraie question : jusqu’à quand l’Église devra-t-elle porter un fardeau collectif pour les actes d’une minorité ? Faut-il entretenir une culpabilité perpétuelle pour complaire aux idéologues ou retrouver la liberté que donne le pardon ?
Ce vendredi 28 mars 2025, les catholiques de France sont invités, à l’inititive du pape François, à vivre une Journée de mémoire et de prière pour les personnes victimes d’agressions sexuelles, de violences et d’abus de pouvoir et de conscience au sein de l’Église. Une initiative louable et nécessaire pour rappeler que chaque souffrance mérite écoute et compassion.
Cependant, il est essentiel de ne pas transformer ce moment de prière en un rituel d’amertume et de culpabilité entretenue. La prière chrétienne doit être un acte de réconciliation, d’espérance et de relèvement, non une perpétuation de la douleur collective.
Le père Thomas Poussier appelle à « résister à la tentation de tourner la page » concernant les violences sexuelles dans l’Église, affirmant qu’une telle attitude serait une erreur. Pourtant, cette injonction à un repentir ad vitam pose question. Faut-il donc perpétuellement entretenir une culpabilité collective et démesurée pour les actes commis par une minorité, sous peine d’être accusé de manquer de compassion ou de vouloir minimiser la gravité des faits ?
L’Église a reconnu ses fautes et a entrepris des démarches de réparation. Elle a multiplié les efforts pour écouter les victimes, les soutenir et prévenir les abus futurs. Cette démarche a été nécessaire et salutaire, mais jusqu’où doit-elle s’étendre ? À quel moment est-il légitime de dire que l’heure est venue de tourner la page, non par indifférence, mais par volonté de vivre la miséricorde que l’Évangile enseigne ?
Le pardon chrétien n’est pas un acte de déni. Il n’implique pas d’oublier ou de banaliser les souffrances endurées, mais il permet de cesser de vivre sous le joug d’un passé qui paralyse. Comme le dit le Christ lui-même : « Si vous pardonnez aux hommes leurs offenses, votre Père céleste vous pardonnera aussi » (Matthieu 6:14).
Pardonner, c’est justement refuser de rester prisonnier d’un péché collectif, c’est choisir de construire un avenir libéré des chaînes de la culpabilité.
Insister sur une repentance sans fin, c’est enfermer l’Église dans un discours pénitentiel perpétuel. C’est faire porter à tous les catholiques le poids d’actes commis par une minorité, et ce, pour les siècles des siècles à venir. Une telle posture finit par entretenir une culpabilité surdimensionnée et injuste, qui ne reflète en rien la justice divine. L’Église n’a pas à porter le fardeau des crimes de quelques-uns durant des générations : le Mal existe et existera toujours dans cette vallée de larmes.
Derrière cette volonté de refuser de tourner la page, ne peut-on discerner une intention plus sournoise ? Une volonté farouche d’affaiblir l’Église en la maintenant dans une position perpétuelle de coupable, comme si elle devait, pour mériter de subsister, demeurer à genoux dans un mea culpa infini ? À qui profite cet acharnement ? Qui souhaite voir l’Église privée de sa voix prophétique, empêchée d’annoncer l’Évangile sous prétexte d’une culpabilité sans fin ?
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Cette posture fait clairement le jeu des ennemis de l’Église qui sont prêts à saisir chaque événement, heureux ou malheureux, pour dresser un véritable bûcher des âmes jugées « non respectables » au sein de l’institution catholique. À la moindre occasion, ils s’empressent de dresser des listes nominatives des « fautifs », de les pointer du doigt, de les accuser avec un zèle qui frôle l’obsession.
On sent toute la proximité idéologique de La Croix avec l’enquête de Radio France, qui n’a pas hésité à publier une liste nominative d’évêques accusés de manquements, cette complicité destructrice est symptomatique d’une véritable inquisition idéologique.
Il s’agit avant tout de diaboliser l’Église, de la marquer au fer rouge de la honte collective. La moindre erreur, la moindre maladresse est exploitée sans aucune nuance, comme si l’objectif était moins de rendre justice que de vouer l’institution toute entière aux gémonies.
Rappelons que le Christ est venu pour libérer et non pour enchaîner. En maintenant cette culpabilité collective sans fin, on empêche l’Église de vivre pleinement sa mission d’évangélisation, et on la soumet à une pression constante.L’Église doit continuer d’agir pour protéger les plus vulnérables, mais elle ne doit pas pour autant s’interdire de célébrer la grâce de la conversion, qui se manifeste aujourd’hui aussi par l’augmentation des catéchumènes. Ce n’est pas un signe de triomphalisme, mais un signe que l’Esprit Saint est toujours à l’œuvre malgré les épreuves traversées.
Cette Journée de mémoire et de prière doit demeurer un moment de recueillement et de supplication, non une perpétuation de la douleur. La prière doit ouvrir à la réconciliation et à la paix du cœur, non entretenir l’amertume d’une culpabilité éternelle. Il est temps d’affirmer que la page peut être tournée.
« Va et ne pèche plus » ( Jean 8:1-11)