Le père Chad Ripperger, 61 ans, est l’une des figures les plus connues du catholicisme traditionnel américain. Prêtre exorciste, auteur de nombreux ouvrages et conférencier suivi par des millions d’internautes, il vient d’être invité par Monseigneur James Golka, archevêque de Denver, à interrompre pendant une année ses interventions publiques. Une décision annoncée le 19 octobre 2026, qui provoque une vive controverse aux États-Unis, où une pétition réclame désormais son retour à la parole publique.
Ordonné prêtre en 1997 au sein de la Fraternité sacerdotale Saint-Pierre (FSSP), le père Ripperger a ensuite fondé la Society of the Most Sorrowful Mother, également connue sous le nom de Doloran Fathers. Installé dans l’archidiocèse de Denver depuis 2016, il s’est fait connaître par son ministère d’exorciste, ses conférences sur le combat spirituel et ses enseignements consacrés à la théologie morale, à la démonologie et à la vie intérieure. Ses ouvrages, notamment Dominion et Deliverance Prayers for Use by the Laity, connaissent une importante diffusion dans le monde catholique anglophone. Plus récemment, ses entretiens avec Tucker Carlson et Shawn Ryan ont considérablement élargi son audience, touchant plusieurs millions de spectateurs, bien au-delà des cercles catholiques traditionnels.
Un « jeûne » médiatique demandé par l’archevêque
Dans un communiqué officiel publié le 19 octobre, l’archidiocèse de Denver confirme que Mgr James Golka a rencontré le père Ripperger pour évoquer son ministère et sa communauté sacerdotale. Au cours de cet entretien, l’archevêque lui a demandé d’envisager un « jeûne d’un an de prises de parole publiques et d’entretiens », afin de consacrer davantage de temps à sa communauté et aux personnes qu’elle accompagne.
Selon l’archevêché, le prêtre a immédiatement accepté cette demande. La situation sera réexaminée au terme de l’année. Mgr Golka a également exprimé sa reconnaissance pour son service sacerdotal et son ministère d’exorciste.
Mais cette présentation officielle ne suffit pas à dissiper les interrogations. L’archidiocèse n’a pas précisé ce qui avait motivé une mesure aussi inhabituelle à l’égard d’un prêtre dont l’apostolat médiatique connaît un rayonnement international. Le père Ripperger a déjà annulé plusieurs engagements. Selon LifeSiteNews, il devait notamment intervenir lors du gala du trentième anniversaire du média, prévu le 24 avril 2027. Interrogé sur cette annulation, il a confirmé que son archevêque lui avait demandé de suspendre ses interventions publiques. Le média américain affirme également que cette restriction concernerait les conférences, les homélies diffusées sur Internet et certaines publications écrites. Le communiqué diocésain, pour sa part, mentionne expressément les prises de parole publiques et les entretiens, sans détailler davantage la portée de l’accord.
Une pétition pour demander son retour
Face à cette décision, le site américain a lancé le 20 octobre une pétition adressée à Monseigneur Golka, lui demandant de permettre au père Ripperger de reprendre son apostolat public. Au moment de la publication de son appel, la pétition avait recueilli plus de 13 800 signatures, avec un premier objectif fixé à 15 000. Ses promoteurs considèrent que les enseignements du prêtre ont contribué à rapprocher de nombreuses personnes de la foi catholique. Ils estiment que son retrait prive les fidèles d’une voix particulièrement écoutée dans une période marquée, selon eux, par la confusion doctrinale et morale.
La mobilisation intervient alors que le père Ripperger vient précisément d’atteindre une audience exceptionnelle. Son entretien avec Tucker Carlson, diffusé en avril dernier, a dépassé les trois millions de vues sur YouTube, tandis que ses interventions dans l’émission de Shawn Ryan ont également attiré plusieurs millions de spectateurs.
Cette visibilité nouvelle constitue l’un des éléments les plus remarquables de l’affaire. Rarement un prêtre catholique spécialisé dans les questions d’exorcisme et de combat spirituel aura bénéficié d’une telle exposition dans les grands médias numériques américains.
Sur le plan canonique, une distinction s’impose. L’archidiocèse de Denver n’a annoncé aucune sanction disciplinaire contre le père Ripperger. Il a même confirmé à OSV News que celui-ci demeurait un prêtre en règle dans l’Église. Aucune faute doctrinale, désobéissance ou irrégularité dans l’exercice de son ministère n’a été publiquement invoquée pour justifier cette demande. Mgr Golka, nommé archevêque de Denver par Léon XIV en février 2026, exerce légitimement son autorité pastorale sur les ministères déployés dans son archidiocèse. Cette autorité n’exclut cependant pas que les fidèles puissent s’interroger sur les raisons d’une décision dont les conséquences sont particulièrement visibles. L’affaire révèle également une difficulté nouvelle pour l’Église : comment accompagner les prêtres dont la notoriété dépasse désormais largement les frontières de leur diocèse, sans confondre la nécessaire vigilance pastorale avec une restriction injustifiée de leur apostolat ?


