À la veille du vote solennel du 24 février 2026, l’ évêque de Bayonne, Lescar et Oloron a publié un communiqué d’une rare fermeté sur la proposition de loi relative à « l’aide à mourir ». Dans un texte argumenté, il appelle les fidèles à mesurer « l’extrême gravité d’une telle loi » et à prier pour les parlementaires appelés à se prononcer. Dès les premières lignes, le prélat ne laisse place à aucune ambiguïté. La proposition de loi prévoit « ni plus ni moins de légaliser le suicide assisté et l’euthanasie ». Il met en garde contre « les terribles conséquences qu’entraînerait son adoption ». Pour lui, il ne s’agit pas d’un simple ajustement juridique, mais d’un basculement profond.
Monseigneur Marc Aillet rappelle un principe fondamental : « Il ne saurait en effet y avoir de limite qui tienne si l’interdit de tuer, fondement sur lequel repose toute vie en société, et la protection des plus vulnérables, est aboli ». En d’autres termes, la loi ne peut impunément transgresser l’un des interdits structurants de toute société humaine. Selon lui, « cette transgression majeure ouvre inévitablement la porte à toutes les dérives possibles et imaginables ».
L’évêque appuie son propos par des exemples étrangers : « N’est-ce pas ce qui s’est produit en Belgique, aux Pays-Bas ou au Canada, où l’euthanasie, qui devait être rigoureusement encadrée, est désormais largement accessible aux mineurs ou aux enfants, aux personnes handicapées, aux malades mentaux, comme à certaines personnes âgées ou simplement dépressives ? » La question posée est rhétorique. Elle suggère que l’expérience de ces pays manifeste une dynamique d’élargissement progressif des critères. Pour Monseigneur Marc Aillet, l’histoire récente montre que les garde-fous initiaux cèdent sous la pression des cas particuliers. L’évêque conteste l’argument selon lequel il s’agirait d’un compromis équilibré. Selon lui, « la proposition de loi sur “l’aide à mourir” (…) n’a rien d’un texte “équilibré” ou d’un texte de “compromis” : il s’agit au contraire du texte de loi le plus expéditif et le plus permissif qui soit ».
Il détaille les points les plus inquiétants : « Les amendements visant à s’assurer des capacités de discernement, de consentement ou de l’absence de pressions ont en effet tous été rejetés ». Plus encore, « les députés [ont] notamment refusé d’exclure de “l’aide à mourir” les personnes en souffrance “seulement psychologique” ou les personnes sous tutelle ». Dans le même esprit, l’accès serait ouvert aux patients atteints d’une maladie grave et incurable au stade « avancé ou terminal », « qui ne sont pas nécessairement en fin de vie ». L’évêque évoque « plusieurs centaines de milliers de personnes potentiellement éligibles : diabétiques, malades d’Alzheimer, etc. »
Autre point sensible : la liberté des établissements. « Les amendements qui entendaient permettre aux hôpitaux et maisons de retraite de refuser de pratiquer l’euthanasie si cela contredit leurs valeurs éthiques ou religieuses ont été rejetés. » À l’inverse, « le fait d’empêcher ou de tenter de dissuader un proche de se suicider ou d’être euthanasié serait passible de deux ans d’emprisonnement et de 30.000€ d’amende (“délit d’entrave”) ».
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Monseigneur Marc Aillet cite François Braun, ancien ministre de la Santé et médecin urgentiste, selon lequel « il sera demain plus facile (et infiniment moins onéreux pour la collectivité) d’accéder à l’euthanasie qu’à une unité de soins palliatifs ».
L’évêque souligne que « la quasi-totalité des patients qui demandent à mourir, y renoncent dès lors qu’ils sont pris en charge dans une unité de soins et qu’on s’efforce de soulager leurs souffrances ». Il en appelle ainsi au développement des soins palliatifs, plutôt qu’à l’instauration d’un droit à donner la mort.Il rappelle enfin que « l’euthanasie ne saurait être assimilée à un soin, qu’elle est contraire au “serment d’Hippocrate”, incompatible avec la vocation des personnels de santé qui consiste à soigner, accompagner et soulager leurs patients, mais certainement pas à leur administrer la mort ».
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Un appel à la prière et à la responsabilité politique
Le communiqué mentionne également Dominique Reynié, président de la Fondapol, selon lequel « Les Français ne demandent pas la légalisation de l’euthanasie et du suicide assisté ; ils veulent que les pouvoirs publics assurent l’équipement de tout le pays en soins palliatifs auxquels aujourd’hui la moitié de la population n’a pas accès ». Dans ce contexte, Mgr Marc Aillet conclut par un appel à la prière : « je ne peux qu’inviter les fidèles à prier et faire prier pour les députés et les parlementaires qui, demain et dans les semaines qui viennent, sont appelés à se prononcer sur ce texte de loi dont l’adoption marquerait un véritable basculement civilisationnel. » Il cite enfin le pape Léon XIV : « répondre concrètement aux situations de fragilité, en promouvant des politiques de solidarité authentique, plutôt que des formes de compassion illusoires comme l’euthanasie ».
À quelques heures du vote solennel, les mises en garde se multiplient et convergent. Il y a quelques semaines, les évêques de France rappelaient dans une tribune que l’on « ne prend pas soin de la vie en donnant la mort ». Ils dénonçaient l’instrumentalisation de la dignité, de la liberté et de la fraternité, soulignant que la dignité humaine ne dépend ni de l’état de santé ni du degré d’autonomie, et que la fraternité authentique consiste à accompagner et à soulager, non à supprimer celui qui souffre : » Introduire un droit à mourir dans notre droit positif modifierait en profondeur notre pacte social et exposerait davantage encore les plus vulnérables.« De son côté, le Conseil national de l’Ordre des médecins a interpellé les députés pour réaffirmer sa stricte opposition à toute aide à mourir administrée par un médecin. L’Ordre rappelle avec gravité que la vocation du médecin est de soigner, de soulager et d’accompagner, jamais de donner la mort, et insiste sur l’urgence de garantir un véritable accès aux soins palliatifs sur l’ensemble du territoire.
Ces voix, venues de l’Église comme du monde médical, mettent en lumière la nature réelle de l’enjeu. Il ne s’agit pas simplement d’un ajustement législatif, mais d’un choix de civilisation.
Légaliser l’euthanasie reviendrait à franchir un seuil inédit, celui où l’homme, dans une arrogance ultime, s’arrogerait le droit de tuer sous couvert de compassion. Une société véritablement fraternelle ne répond pas à la fragilité par la mort, mais par une solidarité renforcée, un investissement massif dans les soins palliatifs et une fidélité indéfectible à toute vie humaine, jusqu’à son terme naturel car toute vie est sacrée.
Intégralité du communiqué de Mgr Marc Aillet
Communiqué de Mgr Marc Aillet concernant le vote demain de la proposition de loi sur « l’aide à mourir »
23, Fév 2026
« À la veille du vote solennel, mardi 24 février 2026, à l’Assemblée nationale, de la proposition de loi sur « l’aide à mourir » qui prévoit ni plus ni moins de légaliser le suicide assisté et l’euthanasie, j’attire, une fois encore, l’attention des fidèles sur l’extrême gravité d’une telle loi ainsi que sur les terribles conséquences qu’entraînerait son adoption.
Il ne saurait en effet y avoir de limite qui tienne si l’interdit de tuer, fondement sur lequel repose toute vie en société, et la protection des plus vulnérables, est aboli : cette transgression majeure ouvre inévitablement la porte à toutes les dérives possibles et imaginables.
N’est-ce pas ce qui s’est produit en Belgique, aux Pays-Bas ou au Canada, où l’euthanasie, qui devait être rigoureusement encadrée, est désormais largement accessible aux mineurs ou aux enfants, aux personnes handicapées, aux malades mentaux, comme à certaines personnes âgées ou simplement dépressives ?
De fait, il s’avère que la proposition de loi sur « l’aide à mourir » sur lequel l’Assemblée nationale est appelée à se prononcer, et que divers amendements ont considérablement aggravée, n’a rien d’un texte « équilibré » ou d’un texte de « compromis » : il s’agit au contraire du texte de loi le plus expéditif et le plus permissif qui soit.
Les amendements visant à s’assurer des capacités de discernement, de consentement ou de l’absence de pressions ont en effet tous été rejetés, les députés ayant notamment refusé d’exclure de « l’aide à mourir » les personnes en souffrance « seulement psychologique » ou les personnes sous tutelle.
Dans le même esprit, « l’aide à mourir » serait ouverte aux patients atteints d’une maladie grave et incurable au stade « avancé ou terminal », qui ne sont pas nécessairement en fin de vie (soit plusieurs centaines de milliers de personnes potentiellement éligibles : diabétiques, malades d’Alzheimer, etc.)…
Les amendements qui entendaient permettre aux hôpitaux et maisons de retraite de refuser de pratiquer l’euthanasie si cela contredit leurs valeurs éthiques ou religieuses ont été rejetés. A l’inverse, le fait d’empêcher ou de tenter de dissuader un proche de se suicider ou d’être euthanasié serait passible de deux ans d’emprisonnement et de 30.000€ d’amende (« délit d’entrave ») …
Tout cela fait dire à M. François Braun, ancien ministre de la Santé et médecin urgentiste, qu’il sera demain plus facile (et infiniment moins onéreux pour la collectivité) d’accéder à l’euthanasie qu’à une unité de soins palliatifs.
Cette situation est d’autant plus incompréhensible que la quasi-totalité des patients qui demandent à mourir, y renoncent dès lors qu’ils sont pris en charge dans une unité de soins et qu’on s’efforce de soulager leurs souffrances : c’est en tout cas ce qui ressort du témoignage de tous les professionnels de santé concernés.
Faut-il d’ailleurs rappeler que l’euthanasie ne saurait être assimilée à un soin, qu’elle est contraire au « serment d’Hippocrate », incompatible avec la vocation des personnels de santé qui consiste à soigner, accompagner et soulager leurs patients, mais certainement pas à leur administrer la mort ?
Mais si l’on en croit Dominique Reynié, président de la Fondapol (Fondation pour l’Innovation Politique) qui est à l’origine d’une enquête particulièrement rigoureuse et d’un sondage détaillé sur la fin de vie : « Les Français ne demandent pas la légalisation de l’euthanasie et du suicide assisté ; ils veulent que les pouvoirs publics assurent l’équipement de tout le pays en soins palliatifs auxquels aujourd’hui la moitié de la population n’a pas accès ».
Dans ces conditions, je ne peux qu’inviter les fidèles à prier et faire prier pour les députés et les parlementaires qui, demain et dans les semaines qui viennent, sont appelés à se prononcer sur ce texte de loi dont l’adoption marquerait un véritable basculement civilisationnel. Puisse le Seigneur éclairer les consciences de tous les acteurs de la vie politique de telle sorte qu’ils aient à cœur de « répondre concrètement aux situations de fragilité, en promouvant des politiques de solidarité authentique, plutôt que des formes de compassion illusoires comme l’euthanasie » (Pape Léon XIV devant les représentants du corps diplomatique du Vatican le 9 janvier 2026).
+Marc Aillet
évêque de Bayonne, Lescar et Oloron »
Fait à Bayonne, le 23 février 2026


