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[ EXCLUSIF – Mort de Quentin Deranque ] Monseigneur Rey : « Attention de ne pas récupérer et de ne pas être récupéré »

Monseigneur Dominique Rey @tribunechretienne
Monseigneur Dominique Rey @tribunechretienne
"Je pense qu’il y a un réel problème politique dans notre société, illustré par un émiettement qui ouvre la voie à la violence"

À la suite de la mort tragique de Quentin Deranque et de la marche silencieuse organisée à Lyon ce samedi 21 février 2026, Monseigneur Dominique Rey a accepté de répondre à nos questions. L’évêque appelle à un temps de recueillement, met en garde contre toute récupération politique et invite à une réflexion approfondie sur les fractures de la société française.

Philippe Marie : Vous avez appelé à la prudence après la mort de Quentin Deranque. Que souhaitez-vous dire ?

Monseigneur Rey : Je conçois tout à fait ce que la famille demande, que l’on soit dans une démarche de recueillement pour ce garçon qui a perdu la vie, qui était habité par de fortes convictions, mais surtout il faut veiller à ce qu’il n’y ait pas de récupération politique afin d’éviter toute action ou discours qui ne serait pas en phase avec ce que doit être un moment d’obsèques et de recueillement.

Philippe Marie : Pensez-vous qu’il y ait eu trop de récupération à ce jour ?

Monseigneur Rey : Forcément, nous nous trouvons dans une situation qui soulève énormément d’émotion par rapport à cette jeune vie qui a été massacrée. Beaucoup réagissent instantanément avec une émotion exacerbée et ulcérée. Pour ma part, j’insiste personnellement pour qu’on s’inscrive dans une temporalité qui fasse droit d’abord au recueillement, puis à un temps de relecture en attendant les décisions de la justice.

Philippe Marie : Quel est le regard de l’Église devant une idéologie qui amène la violence dans la rue jusqu’à la mort ?

Monseigneur Rey : Dans la recherche du bien commun et de la paix, on ne peut pas rentrer dans une logique de violence. Les tensions ne se résolvent pas par des insurrections mais par une capacité d’entrer en dialogue. Au travers de sa doctrine sociale et de son souci de la justice et de la solidarité, l’Église a toujours essayé de promouvoir ce dialogue et la recherche de la paix, de la justice et du bien commun.

On constate aujourd’hui que le collectif s’effrite en raison de l’atomisation des modes de vie et par des surcroîts de violence sociale qui traversent notre société. L’Église nous appelle toujours à trouver des chemins de paix et de dialogue.

Philippe Marie : Que pensez-vous de l’amalgame qui a été fait par certains entre un positionnement politique et des convictions religieuses ?

Monseigneur Rey : «Personnellement, je ne connaissais pas Quentin. Sans doute était-il habité par de fortes convictions personnelles, à la fois dans un cheminement de foi et dans un engagement dans la vie politique. Mais maintenant, suite à ce drame, il faut prendre de la hauteur pour relire les choses d’une manière plus pacifiée.

Aujourd’hui nous sommes dans un contexte où la communication est très vite récupérée et peut être extrêmement violente et clivante. Il faut donc être capable de poser une réflexion qui ne repose pas sur le sentimentalisme et l’émotionnel, mais sur une réflexion solide et profonde qui construit le bien commun.

Rappelons que l’Église ne fait pas de politique partisane, elle fait de la politique au sens noble du terme au service du bien de la cité pour que chacun puisse trouver sa place, selon le principe de justice et de charité. La violence ne sera jamais une réponse en soi. Même si on porte des convictions personnelles fortes et face à tout ce qui contrarie le bien commun, la violence ne sera jamais une solution.

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Philippe Marie : Ce drame illustre-t-il d’une certaine manière un échec de la politique ?

Monseigneur Rey : Nous traversons actuellement une grave crise de la démocratie qui a perdu ses repères et ses fondements et qui actuellement est marquée par la fracture sociale et la difficulté de trouver des acteurs politiques engagés pour le service de la nation et qui ne soient pas l’otage d’idéologies purement partisanes. Je pense qu’il y a un réel problème politique dans notre société, illustré par un émiettement qui ouvre la voie à la violence. Il y a une véritable difficulté à communiquer, à entrer en relation entre les personnes pour construire le bien commun.

Philippe Marie : Que pensez-vous de la marche organisée ce samedi à Lyon ?

Monseigneur Rey : On constate que les organisateurs ont veillé à ce que cette marche se déroule dans un climat pacifique en hommage à Quentin Deranque, en réponse au drame tragique de son assassinat. On doit comprendre que ses amis expriment leur sentiment sous forme d’hommage. Il est bon que ceux-ci soient rendus à des personnes, surtout dans ces circonstances. Toute vie est sacrée.

À travers cette tragédie, j’ai été frappé par le nombre important de jeunes qui maintenant s’engagent en politique et font entendre leur voix dans des situations où ils se sentent directement interpellés Au-delà de ce drame, une question se pose aujourd’hui sur l’engagement des jeunes chrétiens en politique par rapport aux enjeux politiques au-delà des clivages partisans, leur formation pour redonner à notre démocratie un nouvel élan. « 

Propos recueillis par Philippe Marie

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