Au lendemain des scènes de saccage et de pillage qui ont déferlé sur la France, Nayib Bukele a choisi de s’adresser directement aux Français. Dimanche 18 octobre, le président salvadorien a publié sur X un message qui tranche avec les discours fatalistes sur le déclin de la France.
« J’ai entendu dire que la France était finie, qu’il était trop tard pour la sauver. Mais la France est toujours aussi belle, enviable même. Sa grandeur n’a pas disparu, elle ne demande qu’à renaître. » Le chef de l’État poursuit : « Nous avons surmonté en un an un problème cent fois plus grave, sans avoir les moyens dont dispose la France. La France pourrait y arriver en une semaine. »
Ces déclarations ne viennent pas d’un dirigeant étranger à la violence. Depuis son arrivée au pouvoir en 2019, Nayib Bukele a entrepris de libérer son pays de l’emprise des organisations criminelles qui terrorisaient sa population depuis plusieurs décennies.
J’ai entendu dire que la France était finie, qu’il était trop tard pour la sauver.
— Nayib Bukele (@nayibbukele) October 18, 2026
Mais la France est toujours aussi belle, enviable même. Sa grandeur n’a pas disparu, elle ne demande qu’à renaître.
Nous avons surmonté en un an un problème cent fois plus grave, sans avoir les…
Le Salvador, un pays transformé par la lutte contre les gangs
Longtemps considéré comme l’un des pays les plus dangereux du monde, le Salvador vivait sous la domination de gangs particulièrement violents, notamment la Mara Salvatrucha et Barrio 18. Assassinats, extorsions et menaces rythmaient la vie quotidienne de nombreuses familles. En mars 2022, Bukele a instauré un régime d’exception et engagé une offensive massive contre ces organisations. Des dizaines de milliers de personnes soupçonnées d’appartenir aux gangs ont été arrêtées. Les forces de sécurité ont repris le contrôle de quartiers autrefois abandonnés aux criminels.
Les résultats sont spectaculaires. Alors que le taux d’homicides dépassait 100 pour 100 000 habitants en 2015, les autorités salvadoriennes annoncent désormais des niveaux historiquement bas, même si leurs méthodes statistiques sont contestées. Cette politique a suscité une forte adhésion populaire, mais également certaines critiques concernant les arrestations arbitraires, les conditions de détention et le respect des garanties judiciaires.
« Je crois en Dieu » : une foi publiquement revendiquée
La particularité de Nayib Bukele réside également dans la place qu’il accorde à Dieu dans son discours politique. Lors de son investiture pour un second mandat, le 1er juin 2024, il déclarait devant la foule rassemblée à San Salvador : « Ce pays est un pays laïc. Ceux qui ne croient pas en la Bible peuvent choisir de ne pas y croire, ceux qui ne croient pas en Dieu peuvent choisir de ne pas y croire. Mais moi, je crois en Dieu. » Il citait ensuite l’Évangile selon saint Matthieu : « C’est à leurs fruits que vous les reconnaîtrez » (Mt 7, 16), invitant ses concitoyens à juger les gouvernants sur leurs actes.
Dans ce même discours, il évoquait le chemin étroit décrit par la Bible et la miséricorde divine qui, selon lui, avait accompagné les efforts de son gouvernement. Il affirmait également que le redressement économique nécessitait trois éléments : la direction de Dieu, le travail du gouvernement et l’engagement du peuple. La cérémonie comprenait une prière du pasteur évangélique Dante Gebel, appelé à bénir le pays et son président.
Bukele ne se présente toutefois pas comme catholique. Issu d’une famille aux traditions religieuses diverses, il a déclaré ne pas appartenir à une confession particulière, tout en affirmant croire en Dieu et en Jésus-Christ.
Cette dimension spirituelle apparaît encore dans un récent message consacré à la sécurité et au Costa Rica. « On nous a toujours dit que vivre en paix était impossible, jusqu’à ce que nous démontrions que oui, c’était possible. Grâce à Dieu, nous ne les avons jamais écoutés. Aujourd’hui, plus que jamais, je suis convaincu que cela est possible partout. » Pour Bukele, la paix n’est donc pas seulement une ambition politique : il l’associe publiquement à la Providence et à la responsabilité des gouvernants. Cette conception rejoint, sur un point essentiel, l’enseignement social de l’Église : l’autorité politique doit servir le bien commun, protéger les innocents et garantir les conditions d’une vie digne.
Saint Paul rappelle dans son épître aux Romains que l’autorité ne porte pas le glaive sans raison (Rm 13, 4). Mais la tradition catholique enseigne également que l’exercice de la force doit rester soumis à la justice et au respect de la personne humaine. La sécurité et la dignité ne sont pas deux exigences contradictoires. Elles constituent les fondements complémentaires d’une paix véritable.
La situation française ne saurait être confondue avec celle du Salvador. Les réalités criminelles, sociales et institutionnelles diffèrent profondément. La promesse de rétablir l’ordre en une semaine relève davantage d’une formule politique que d’un programme applicable tel quel.
Mais le message de Bukele possède une portée qui dépasse cette comparaison. Au lendemain des pillages et des saccages qui ont déferlé sur la France, il rappelle qu’une nation n’est pas condamnée à subir indéfiniment la violence et que l’autorité publique conserve le devoir fondamental de protéger ses citoyens. Pour un chrétien, l’espérance n’est ni la naïveté ni la résignation. Elle suppose le courage d’agir, sans jamais dissocier la recherche de la paix des exigences de la justice.
En affirmant que la grandeur française « ne demande qu’à renaître », Nayib Bukele adresse ainsi aux Français un message de confiance : la sécurité peut être reconquise et une nation peut retrouver sa force sans renoncer à ses principes fondateurs. Mais cette exigence légitime d’autorité ne saurait justifier aucune dérive dictatoriale. Celui qui s’est lui-même présenté comme « le dictateur le plus cool du monde » ne doit pas faire oublier qu’aucune victoire contre la criminalité, aussi spectaculaire soit-elle, ne peut légitimer l’arbitraire ou la négation des libertés fondamentales. La doctrine chrétienne est claire : l’autorité n’est légitime que lorsqu’elle demeure au service de la justice, de la dignité humaine et du bien commun.


