Depuis 2000 ans

IRAN : le cardinal Pizzaballa rappelle le droit des peuples à la dignité et à la justice

Cardinal Pizzaballa - capture écran
Cardinal Pizzaballa - capture écran
Selon une organisation de défense des droits humains basée aux États-Unis, plus de 2 400 manifestants auraient été tués ( 12 000 tués selon CBS ) et plus de 18 000 personnes arrêtées depuis le début du mouvement

Alors que l’Iran s’enfonce dans une crise marquée par une répression sanglante, l’isolement numérique du pays et une escalade diplomatique internationale, la parole du patriarche latin de Jérusalem apporte un éclairage singulier. Loin des logiques de puissance, le cardinal Pierbattista Pizzaballa rappelle que les convulsions politiques révèlent d’abord une réalité humaine irréductible, l’aspiration profonde des peuples à vivre dans la dignité, la justice et la paix.

L’Iran traverse, en ce mois de janvier 2026, l’une des périodes les plus sombres de son histoire récente. Depuis la fin du mois de décembre, des manifestations de grande ampleur se sont propagées dans tout le pays, initialement déclenchées par des revendications économiques dans un contexte d’effondrement monétaire, d’inflation et de paupérisation. La réaction des autorités a été d’une extrême brutalité.

Selon une organisation de défense des droits humains basée aux États-Unis, plus de 2 400 manifestants auraient été tués et plus de 18 000 personnes arrêtées depuis le début du mouvement, tandis que les autorités iraniennes contestent ces chiffres et imputent les violences à des groupes qualifiés de terroristes.

La crise s’est encore aggravée avec la coupure quasi totale d’internet pendant plusieurs jours, isolant la population du reste du monde et rendant toute vérification indépendante extrêmement difficile. Sur le plan judiciaire, le pouvoir a brandi la menace de la peine de mort contre certains manifestants, au titre de chefs d’accusation particulièrement lourds. Ces annonces ont provoqué une onde de choc internationale et nourri une tension diplomatique croissante.Les États-Unis, par la voix du président Donald Trump, ont publiquement exhorté les Iraniens à poursuivre les manifestations, tout en avertissant que Washington prendrait des mesures « très fermes » en cas d’exécutions. En retour, Téhéran a accusé les États-Unis de violer le droit international et de chercher un prétexte à une intervention extérieure, dénonçant une stratégie de déstabilisation politique. L’Union européenne, plusieurs capitales occidentales et des responsables des Nations unies ont également condamné la répression et évoqué de nouvelles sanctions.

C’est dans ce climat de violence, de peur et d’incertitude que le cardinal Pierbattista Pizzaballa s’est exprimé lors d’un entretien accordé à Vatican News depuis la Jordanie. Son propos ne s’inscrit pas dans une analyse géopolitique, mais dans une lecture profondément humaine des événements. Pour le patriarche latin de Jérusalem, ce qui se manifeste aujourd’hui en Iran dépasse les circonstances immédiates. Il s’agit d’un désir enraciné au plus profond de l’homme, celui de vivre, d’être respecté et de recevoir justice.

« Personne ne peut nier ni négliger ce désir de vie, de dignité et de justice, qui fait partie de l’identité de chaque personne et de chaque communauté », a-t-il souligné

Lire aussi

Le cardinal rappelle que ce désir ne peut être ni effacé ni étouffé durablement. Il fait partie de l’identité même des personnes et des communautés, et toute tentative de le nier conduit inévitablement à la violence et à la souffrance. Sans ignorer la gravité de la situation ni la longue épreuve traversée par le peuple iranien, il exprime l’espérance que la crise actuelle ne se conclura pas par une nouvelle spirale de sang et de représailles.

Cette réflexion s’inscrit dans un regard plus large porté sur l’ensemble du Moyen-Orient, une région déjà profondément meurtrie. Le cardinal Pizzaballa évoque notamment la situation à Gaza, qu’il qualifie de « dévastation totale ». Malgré l’annonce d’un cessez-le-feu à l’automne, la population continue de souffrir du froid hivernal, des pénuries de médicaments et de la poursuite d’attaques ciblées. Lors de sa visite en décembre, le patriarche a constaté que les morts se poursuivent, non seulement à cause des conditions climatiques, mais aussi en raison du manque de soins essentiels.

La Cisjordanie n’est pas épargnée non plus. Les restrictions de circulation, les refus de permis et les violences affectent la vie quotidienne et touchent ce que le cardinal décrit comme les éléments les plus fondamentaux de la vie communautaire. Ces réalités contribuent à un climat d’instabilité et de désespoir qui dépasse largement les frontières d’un seul pays.

Depuis la Jordanie, le cardinal décrit un pays relativement préservé des affrontements directs, mais profondément affecté par les conséquences régionales des conflits. Les liens économiques, humains et émotionnels font que la population jordanienne vit elle aussi au rythme des crises voisines. La Jordanie continue par ailleurs d’apporter une aide médicale aux Palestiniens de Gaza, illustrant une solidarité concrète dans un environnement fragile.Au-delà de ces situations particulières, la parole du cardinal Pierbattista Pizzaballa se veut universelle. Elle rappelle que, derrière les chiffres des bilans humains, les sanctions, les menaces militaires et les stratégies diplomatiques, il y a des femmes et des hommes animés par une aspiration fondamentale à la dignité et à la justice. Lorsque cette aspiration est niée, elle finit toujours par resurgir, parfois au prix de souffrances immenses.

Dans un Moyen-Orient traversé par la violence, la répression et les rivalités de puissance, cette voix d’Église invite à ne pas perdre de vue l’essentiel. Elle rappelle que toute paix durable ne peut se construire qu’en reconnaissant ce désir profondément humain de vie, de dignité et de justice, un désir que nul régime, aussi fort soit-il, ne peut définitivement réduire au silence.

Recevez chaque jour notre newsletter !