C’est ce genre de situation qui pourrait être appelé à se banaliser en France si le projet de loi sur « l’aide à mourir » devait être définitivement adopté. En avril 2025, à Vancouver, en Colombie-Britannique, Miriam Lancaster, âgée de 84 ans, est transportée en ambulance aux urgences après s’être réveillée avec de fortes douleurs au dos, sans en connaître l’origine. Selon son propre témoignage ainsi que celui de sa fille, rapportés par la journaliste Shirley Kirkey dans le quotidien canadien National Post le 19 mars 2026, un médecin lui propose, dès son arrivée aux urgences, une « aide médicale à mourir ». Autrement dit, une euthanasie.
La patiente refuse cette proposition. Ce n’est que dans un second temps qu’un véritable parcours de soins est engagé. Les examens permettent alors d’identifier une fracture du sacrum liée à l’ostéoporose. Après un peu plus d’un mois de traitement et de rééducation, elle retrouve la capacité de marcher sans douleur. Ce qui lui a été proposé en première intention n’était donc pas une réponse à une situation sans issue, mais une option avancée avant même que des soins adaptés ne soient mis en œuvre. Dans cette affaire, un point interpelle particulièrement, la précocité de la proposition. Aucun diagnostic précis n’avait encore été posé, aucun traitement n’avait été tenté, pourtant l’option de l’euthanasie a été évoquée d’emblée. Les représentants du Vancouver Coastal Health, l’autorité sanitaire dont dépend l’établissement, ont reconnu que cette initiative était « prématurée », tout en rappelant que les médecins peuvent proposer l’« aide à mourir » s’ils estiment cette option pertinente.
Une telle position soulève une question de fond, sur quels critères un médecin peut-il décider, dès les premières heures et sans recul, qu’une vie pourrait être abrégée.
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Dans un document publié le 26 mars 2026, l’Association canadienne des évaluateurs et prestataires de l’aide médicale à mourir affirme que les professionnels de santé doivent pouvoir présenter cette pratique comme une option de soin parmi d’autres, estimant qu’il est possible de « conseiller sans influencer ». Dans les faits, une telle affirmation apparaît contestable. Le médecin est une figure d’autorité, sa parole oriente nécessairement, en particulier lorsque le patient est âgé, fragilisé ou en situation de détresse.Proposer la mort comme option n’est jamais neutre.
Précisons que face à ces dérives, certaines autorités provinciales entendent réagir. En Alberta, le ministre de la Justice Mickey Amery a déposé le 18 mars un projet de loi visant notamment à interdire aux médecins de proposer eux-mêmes l’euthanasie, la demande devant venir exclusivement du patient. Cette initiative traduit une prise de conscience des risques liés à la banalisation de cette solution qui donne la mort mais le mal est déjà fait, et dans l’esprit des médecins comme des patients « l’aide à mourir » est « un soin comme un autre ». L’histoire de Miriam Lancaster illustre une terrible évolution. Ce n’est pas une simple dérive réservée à la population canadienne, c’est une situation qui risque d’exister en France si le projet de loi sur « l’aide à mourir » devait être définitivement adopté.


