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La haine antireligieuse vise en majorité les juifs de France

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En 2025, les actes antireligieux demeurent à un niveau globalement stable en France. Mais derrière cette stabilité statistique se dessine une concentration persistante des faits antisémites, dans un paysage religieux en profonde recomposition

En 2025, 2 489 actes antireligieux ont été recensés par le ministère de l’Intérieur, un total qualifié de « niveau similaire » à celui de 2024. Dans le détail, 1 320 actes antisémites ont été enregistrés, soit 53 % de l’ensemble des faits. Même en baisse de 16 % par rapport à l’année précédente, ce chiffre demeure, selon les autorités, à un « niveau historiquement élevé », dans le prolongement de la flambée observée après le 7 octobre 2023. Les personnes restent la cible principale, représentant 67 % des actes antisémites recensés.L’année a notamment été marquée par l’agression du rabbin Arié Engelberg à Orléans, ainsi que par celles du rabbin Elie Lemmel à Deauville et à Neuilly-sur-Seine, des faits qui ont ravivé les inquiétudes quant à la sécurité des responsables religieux et des fidèles.Les actes antimusulmans atteignent 326 faits en 2025, en hausse de 88 %. Les actes antichrétiens s’élèvent à 843 faits, en progression de 9 %, et concernent à 87 % des atteintes aux biens, dégradations ou profanations de lieux de culte.

Rapportés à l’ensemble de la population française, estimée à environ 68 millions d’habitants, ces chiffres doivent être replacés dans leur contexte démographique.

Les 1 320 actes antisémites concernent une population juive estimée entre 450 000 et 500 000 personnes. Les 843 actes antichrétiens s’inscrivent dans un pays qui compte entre 30 et 35 millions de catholiques. Les 326 actes antimusulmans touchent une population musulmane estimée à environ 7 millions de personnes.

Cette mise en perspective démographique permet d’éclairer les ordres de grandeur sans en minimiser la gravité.

Cette photographie intervient dans un contexte de transformation du paysage religieux français. Une étude publiée le 18 novembre 2025 par l’Ifop estime que les musulmans représentent désormais 7 % de la population adulte, contre 0,5 % en 1985, faisant de l’islam la deuxième religion de France derrière un catholicisme évalué à 43 %, dans une société où 37,5 % des Français se déclarent sans religion.

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L’enquête met en évidence un processus de « réislamisation » marqué par une intensification des pratiques religieuses. Selon cette étude, 80 % des musulmans se déclarent religieux, dont 87 % des 15 à 24 ans. La pratique quotidienne de la prière atteint 62 %, contre 41 % en 1989, et 35 % déclarent fréquenter la mosquée chaque semaine, contre 16 % en 1989. L’observance stricte du jeûne du Ramadan concerne 73 % des musulmans et 83 % des 18 à 24 ans. Par ailleurs, 46 % estiment que la loi islamique devrait être appliquée, en tout ou en partie, dans les pays où vivent les musulmans, et 38 % approuvent tout ou partie de positions qualifiées d’islamistes.

Il n’existe pas de lien mécanique démontré entre l’évolution de la religiosité et la commission d’actes antireligieux, et les musulmans figurent eux aussi parmi les victimes de ces faits. Néanmoins, la concentration persistante des actes sur les juifs de France, qui représentent moins de 1 % de la population nationale mais 53 % des actes recensés, souligne une vulnérabilité spécifique. Si le volume global des actes antireligieux demeure stable en 2025, leur répartition et leur mise en perspective démographique révèlent ainsi des déséquilibres significatifs. Au-delà des pourcentages, la question demeure celle de la protection concrète des communautés, et principalement de la communauté juive, qui concentre plus de la moitié des actes recensés, ainsi que de la capacité de la société française à préserver un cadre commun dans un environnement religieux en profonde évolution.

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