Le livre « La joie de vivre », fruit de la réflexion commune d’un groupe qualifié de « théologiens » réuni à l’initiative de l’Académie Pontificale pour la Vie (APV), contient des déclarations surprenantes. Il suggère que l’interdiction de l’euthanasie provoque plus de dommages que de bienfaits et ouvre la voie à la fécondation homologue…N’est-ce pas déjà en soi les premiers signe d’une hérésie?
« La joie de vivre » a été publié le mois dernier et est décrit comme étant le résultat de la réflexion commune d’un groupe qualifié de théologiens, réunis à l’initiative de l’Académie Pontificale pour la Vie.
Il a été conçu comme base pour les travaux du séminaire de l’APV en 2021 et est maintenant publié pour célébrer le prochain 30e anniversaire de l’Evangelium vitae ( lettre encyclique de Jean-Paul II parue en 1995) .
Cependant, en raison de ses nombreuses et graves erreurs, ce livre ne peut certainement pas être considéré comme une célébration de la pensée de Jean-Paul II.
Sur l’euthanasie. Le livre suggère qu’il est préférable de ne pas interdire l’euthanasie car cela pourrait entraîner « plus de dommages que de bienfaits pour le bien public et la coexistence civile, en amplifiant les conflits ou en favorisant des pratiques clandestines officiellement illégales ».
L’euthanasie est un meurtre et doit donc toujours être interdite, même si, hypothétiquement, une telle interdiction augmentait les conflits civils et favorisait l’euthanasie clandestine (remarque marginale : tous les meurtres sont clandestins), car sans interdiction, le bien commun serait détruit.
Autoriser l’euthanasie « a l’inconvénient de ‘légitimer’ et en quelque sorte justifier une pratique éthiquement controversée ou refusée. […] Il reste toutefois à se demander si la responsabilité pénale et civile – par exemple dans le cas de l’assistance au suicide – ne pourrait pas être atténuée, dans des limites clairement définies et à l’issue d’un débat culturel et politique-institutionnel » (p. 151). Il n’est pas permis de remettre en question la légitimation du suicide assisté ; la seule option moralement valable est son interdiction.
Ensuite, le livre exprime son soutien à l’interruption de l’alimentation, de l’hydratation et de la ventilation assistée, car ces interventions visent à « se concentrer sur le maintien des fonctions de l’organisme, considérées isolément. Ainsi, la globalité de la personne et son bien-être global sont perdus de vue » (p. 173). Cependant, l’alimentation, l’hydratation et la ventilation assistées, sauf dans les cas rares où ce sont des interventions disproportionnées, sont des supports vitaux nécessaires et dus.
Les retirer signifie, comme le suggèrent les auteurs du livre, tuer la personne pour lui éviter de souffrir. C’est de l’euthanasie.Les positions favorables à l’euthanasie exprimées ici sont bien sûr contraires au contenu de l’Evangelium vitae, un texte que l’on prétend célébrer avec ces pages.
En contradiction ouverte avec l’écrit de Jean-Paul II et avec toute la doctrine morale de l’Église catholique en la matière.
il y a également un positionnement sans réserve en faveur de la fécondation artificielle ( fécondation in vitro) :
« Dans la procréation assistée homologue dans ses diverses formes […] la génération n’est pas artificiellement séparée de la relation sexuelle, car celle-ci est « en soi » inféconde. Au contraire, la technique agit comme une forme de thérapie qui permet de remédier à la stérilité, sans se substituer à la relation, mais en permettant la génération » (p. 130).
Tout d’abord, il convient de préciser que dans la relation sexuelle entre un mari et une femme où l’un ou l’autre est stérile ou la femme infertile, la relation reste féconde par nature : elle est essentiellement féconde et accidentellement inféconde en raison de pathologies, d’interventions chirurgicales ou de l’âge.Par conséquent, elle n’est pas « intrinsèquement inféconde » comme le dit l’APV.
De plus, dans la fécondation artificielle, la conception n’a pas lieu dans le seul endroit approprié à la dignité de la personne, c’est-à-dire dans le corps de la femme, mais à l’extérieur de celui-ci.
Ces positions aberrantes et non catholiques en matière bioéthique découlent d’une vision anthropologique tout aussi aberrante. Le point de départ est le suivant : on célèbre « la primauté de l’expérience de la vie et de la vie croyante » (p. 13). La primauté n’est pas en Dieu, mais dans l’expérience, pas dans la transcendance mais dans l’immanence.
Mais que signifie en anthropologie « expérience » ? Cela signifie le Moi qui décide de faire des choix, des actes. Ainsi, au centre de l’anthropologie, nous trouvons le Moi qui devient acte, la liberté autoréférentielle, le Moi coïncide avec l’acte en relation avec d’autres Moi-actes, renversant ainsi la perspective catholique et plus encore qui voit la personne comme une substance individuelle de nature rationnelle :
L’identité humaine n’est pas donnée une fois pour toutes, mais a une forme originale historique et narrative » (p. 94). La personne en tant que telle n’est pas donnée pour toujours, mais se construit d’elle-même dans les choix en relation avec les autres : « L’être humain existe dans la différence de la relation » (Ib.).
Dans cette perspective anti-métaphysique car historiciste, il n’y a plus l’être, mais l’agir : la pratique et donc l’existence l’emportent sur l’être. Et c’est pourquoi le pastoral l’emporte sur la doctrine, le processus sur la norme, la volonté sur l’intellect, l’histoire sur la géographie, le temps sur l’espace (cf. Pape François Evangelii Gaudium, n. 222).
Cette perspective anthropologique où le Moi se pose et se absolutise, où la personne est auto-fondatrice – c’est-à-dire constitutivement composée de ses actions, ontologiquement être en action – est logiquement erronée car il y a d’abord l’être puis l’action. C’est la personne qui permet l’acte et la relation, ce ne sont pas l’acte et la relation qui fondent la personne, celle-ci est antérieure aux choix et aux relations.
Le résultat est le suivant : « La connaissance elle-même exerce une fonction active et constitutive vis-à-vis de la vérité » (p. 91). Ainsi, l’acte cognitif ne reconnaît pas la vérité, mais la crée.
La vérité, y compris la vérité morale, n’est donc plus adéquatio rei et intellectus, où la réalité est antérieure à la connaissance, mais la vérité est un produit postérieur à l’activité cognitive en constante comparaison avec les autres et le contexte. L’objectif est évincé par le subjectif (voir p. 84).
La vérité révélée est une vérité qui mûrit, qui se développe progressivement, au prix d’être corrigée d’un moment à l’autre. Cela vaut aussi pour les paroles placées sous l’autorité de Moïse, qui transmettent aussi les commandements de Dieu » (pp. 22-23).
Et sur le plan moral, cela signifie que, comme déclaré explicitement par l’APV, même les Dix Commandements peuvent être dépassés.
Extraits et adaptation de la Bussola.