Le gouvernement canadien s’apprête-t-il à sacrifier les œuvres caritatives catholiques sur l’autel d’un agenda idéologique ? La question se pose avec insistance depuis la publication des recommandations pré-budgétaires pour 2025 par le Comité permanent des finances de la Chambre des communes.
Ces recommandations, si elles sont adoptées, pourraient avoir des conséquences dramatiques pour des dizaines de milliers d’organisations caritatives catholiques et autres organismes religieux à travers le pays. Le Conseil permanent de la Conférence des évêques catholiques du Canada (CECC) a tiré la sonnette d’alarme dans une lettre adressée à Dominic Leblanc, ministre des Finances et des Affaires intergouvernementales, dénonçant un projet qui risque d’affaiblir irrémédiablement le secteur caritatif confessionnel.
Parmi les recommandations, la n°429 prévoit de « ne plus accorder le statut d’organisme de bienfaisance aux organisations anti-avortement ». Une décision qui semble clairement dirigée contre les organisations catholiques, accusées d’afficher des positions morales contraires aux dogmes progressistes du gouvernement actuel. La n°430 va encore plus loin en proposant de « modifier la Loi de l’impôt sur le revenu pour retirer à l’avancement de la religion son statut privilégié d’organisme de bienfaisance ».
Le Conseil permanent de la CECC rappelle que les œuvres caritatives catholiques offrent des services essentiels à des millions de Canadiens, quelle que soit leur confession. Banques alimentaires, centres d’hébergement, programmes de réinstallation des réfugiés, écoles, hôpitaux, maisons de soins… La liste est longue et montre à quel point ces initiatives sont vitales pour de nombreuses communautés vulnérables.
Pour le président de la CECC, Monseigneur William McGrattan de Calgary, ces mesures révèlent une volonté manifeste de cibler les œuvres catholiques sous prétexte de garantir la transparence ou la neutralité. Mais en réalité, il s’agit de faire taire toute voix morale qui déplairait aux idéologies dominantes.« Ce projet de loi est non seulement injuste, mais profondément discriminatoire », écrit la CECC dans sa lettre. « Si ces recommandations sont mises en œuvre, elles auront un impact dévastateur sur la capacité des œuvres catholiques à maintenir leurs actions caritatives. »
Lire aussi
Le Conseil permanent de la CECC pointe également l’incohérence du projet gouvernemental. Pourquoi frapper si durement les organisations religieuses alors que 40 % des œuvres caritatives canadiennes sont confessionnelles ? Une étude menée en 2024 par le groupe de réflexion Cardus a même démontré que remplacer les services offerts par les congrégations coûterait environ 16,5 milliards de dollars au pays.Pour la CECC, ces recommandations menacent la liberté religieuse elle-même en ciblant particulièrement les organisations aux positions morales divergentes:
« Au-delà de la question de l’avortement, c’est la liberté d’expression et de conviction qui est ici mise en péril », dénonce la lettre.
Alors que la phase de consultation pré-budgétaire est en cours, la CECC appelle le gouvernement canadien à revenir sur ces recommandations dangereuses et à dialoguer avec les organisations confessionnelles pour préserver leur rôle social et leur contribution indispensable.
Mais un nouvel espoir est-il possible avec l’arrivée au pouvoir de Mark Carney, récemment élu Premier ministre du Canada ? Lui-même catholique, sera-t-il plus bienveillant envers les œuvres confessionnelles et les valeurs chrétiennes ? Empêchera-t-il la mise en œuvre de ces recommandations qui risquent d’amoindrir l’impact des organisations caritatives catholiques ? La question reste posée, et les attentes sont grandes de la part des fidèles et des responsables d’œuvres sociales.
Le Conseil conclut avec un espoir : « Nous demeurons confiants que les Canadiens continueront à bénéficier de la liberté de religion et d’un secteur caritatif dynamique et durable, au service de tous. ». Nous suivrons de prés l’évolution de ce dossier qui pourrait bouleverser l’équilibre même de l’action caritative au Canada.