Il ne s’agit pas ici d’un simple débat théologique ou pastoral. Il s’agit d’un acte annoncé de désobéissance, portant sur un point central de la discipline ecclésiale, la formation et l’ordination des prêtres dans l’Église latine. Et pourtant, comment cet acte est-il présenté ? Comme une réponse courageuse, presque nécessaire, à une prétendue « urgence de survie ». La journaliste Héloïse de Neuville s’en gargarise même avec une forme de naïveté feinte, se présentant comme cherchant à comprendre une « décision fracassante », tout en adoptant d’emblée les catégories et les justifications de celui qu’elle met en avant.
L’évêque affirme : « J’ai des hommes en tête. Il y a des candidats, depuis des années. Ils auront la même formation théologique et une expérience pastorale équivalente aux prêtres célibataires. » Mais cet argument repose sur une confusion fondamentale. Le sacerdoce catholique n’est pas une fonction attribuée sur la base de compétences humaines. Il est une configuration au Christ, prêtre et époux de l’Église. Cette configuration implique une forme de vie. Le célibat sacerdotal, dans l’Église latine, n’est pas une simple règle disciplinaire interchangeable, il exprime le don total du prêtre au Christ et à l’Église, sans partage.
Le magistère l’enseigne avec constance : le célibat est en harmonie profonde avec le sacerdoce, parce qu’il manifeste la disponibilité totale du prêtre, son identification au Christ et son orientation vers le Royaume à venir. Le réduire à une variable d’ajustement pastoral revient à méconnaître sa portée théologique.
L’évêque invoque ensuite une « urgence de survie pastorale », évoquant des territoires où les fidèles n’ont plus accès aux sacrements. Mais cette conclusion est erronée. L’histoire de l’Église est claire : les crises de vocations ne se résolvent pas par l’adaptation des exigences, mais par un renouveau de la foi. Là où la foi est vivante, les vocations surgissent. Là où elle s’éteint, aucune réforme structurelle ne suffit.
Le prélat d’Anvers déclare encore : « Ma responsabilité comme évêque, c’est de permettre aux catholiques de vivre des sacrements. » Mais précisément, cette responsabilité ne lui donne aucun pouvoir pour en modifier les conditions. Il est le gardien des sacrements, non leur propriétaire. Les sacrements appartiennent à l’Église, et leur discipline relève de l’autorité universelle. Agir seul, en dehors de cette communion, revient à fragiliser ce que l’on prétend servir.
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La phrase la plus grave est celle-ci : « Dieu au Jugement dernier ne va pas me demander ce que j’ai fait pour le droit canon. Il va me demander si j’ai bien nourri mon peuple. »
Cette opposition est fausse. Dieu demandera si vous avez été fidèle. Et la fidélité, pour un évêque, inclut nécessairement le respect du droit de l’Église. Le droit canon n’est pas une formalité administrative, il est l’expression juridique de la foi et de la communion. Il garantit que les sacrements sont célébrés dans la vérité. Opposer le soin pastoral à cette fidélité revient à opposer la charité à la vérité, ce qui est incompatible avec la doctrine catholique. On ne nourrit pas le peuple de Dieu en dehors de l’ordre voulu par l’Église.
L’évêque affirme encore : « Personne ne peut plus expliquer l’interdiction maintenue pour les vocations locales. » C’est inexact. L’Église n’a cessé d’expliquer le sens du célibat sacerdotal : imitation du Christ, configuration au Christ Époux, disponibilité totale pour la mission, signe du Royaume. Si cela n’est plus compris, ce n’est pas la discipline qui est en cause, mais la perte de son sens. Il invoque également « l’esprit du processus synodal » pour justifier son initiative.
Mais la synodalité ne signifie pas autonomie disciplinaire. Elle suppose la communion avec le successeur de Pierre. L’utiliser pour justifier une initiative unilatérale revient à en détourner le sens.
Enfin, il affirme : « Nous avons encore deux ans pour parler vrai, regarder la situation en face. » Mais parler vrai, ce n’est pas préparer une rupture. Regarder la réalité en face, ce n’est pas céder à la pression des circonstances, c’est reconnaître que la crise actuelle est d’abord une crise de foi.
Rappelons que l’histoire récente de cet évêque éclaire cette démarche. En 2014, il plaidait pour une reconnaissance des unions homosexuelles. En 2021, il exprimait publiquement son désaccord avec Rome après l’interdiction des bénédictions de couples de même sexe, allant jusqu’à s’en excuser. Aujourd’hui, il annonce vouloir poser un acte contraire à la discipline universelle. Il y a une cohérence. Ce n’est pas une initiative isolée, mais l’aboutissement d’une trajectoire où la norme de l’Église est progressivement relativisée.
La question centrale demeure : un évêque peut-il décider seul, contre la discipline universelle, de modifier les conditions de l’ordination sacerdotale ? La réponse est non. Parce qu’un tel acte signifie une rupture de la communion ecclésiale. Parce qu’il substitue à l’unité catholique une logique locale. Parce qu’il expose les fidèles à une confusion grave sur la nature du sacerdoce. En présentant cette initiative sans en mesurer pleinement la gravité doctrinale et ecclésiale, La Croix ne se contente pas d’informer. Le journal banalise comme une idée à accueillir comme une autre une désobéissance qui touche au cœur de la vie de l’Église…le relayer est-ce pactiser ? Or l’Église ne se réforme pas contre elle-même. Elle se renouvelle dans la fidélité, il serait bon qu’un journal dit « catholqiue » s’en rappelle.


