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Le pape a reçu le Professeur Andrea Riccardi, fondateur de Sant’Egidio, une communauté souvent rappelée à l’ordre

le Professeur Andrea Riccardi, fondateur de la communauté Sant' Egidio - DR
le Professeur Andrea Riccardi, fondateur de la communauté Sant' Egidio - DR
Pendant un temps des laïcs prononçaient les homélies, des confessions communautaires remplaçaient parfois le sacrement, et certains mariages semblaient arrangés ou imposés par des responsables spirituels

Ce samedi 30 août 2025, le Saint-Père a reçu en audience privée au Vatican le Professeur Andrea Riccardi, fondateur de la Communauté de Sant’Egidio. Si cette communauté bénéficie d’une image positive et d’une grande visibilité médiatique, elle a pourtant été, à plusieurs reprises, rappelée à l’ordre par le Saint-Siège concernant ses pratiques liturgiques, sa manière de comprendre les sacrements et son fonctionnement interne.

La Communauté de Sant’Egidio est née à Rome en 1968, autour d’Andrea Riccardi et d’un petit groupe de jeunes désireux de vivre l’Évangile par la prière et le service des pauvres. Installée dans le quartier du Trastevere, elle s’est progressivement étendue dans plus de soixante-dix pays, revendiquant trois piliers : prière, pauvres et paix. Son action auprès des sans-abri, son programme DREAM contre le sida en Afrique, son rôle dans la médiation de conflits, notamment au Mozambique en 1992, et l’organisation des rencontres interreligieuses « dans l’esprit d’Assise » lui ont donné une grande notoriété.

L’église Sant’Egidio (Saint-Égide ou Saint-Gilles), située piazza Sant’Egidio dans le quartier du Trastevere à Rome, berceau de la communauté fondée par Andrea Riccardi en 1968

Les papes successifs lui ont témoigné une réelle estime. Jean-Paul II a encouragé son action pour la paix et le dialogue interreligieux. Benoît XVI, en visitant Sant’Egidio, rappela que « ceux qui aident et servent sont unis et se confondent avec ceux qui sont aidés et servis, formant une seule famille », soulignant la fécondité spirituelle de cette fraternité. Mais il mit aussi en garde contre le risque de réduire le christianisme à une simple action humanitaire. François, de son côté, a multiplié les gestes d’encouragement, en particulier pour l’accueil des réfugiés, symbole d’une Église en sortie…

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Derrière cette image flatteuse se cachent pourtant des critiques sérieuses. Le Vatican est intervenu pour corriger des dérives liturgiques et sacramentelles : autrefois, des laïcs prononçaient les homélies, des confessions communautaires remplaçaient parfois le sacrement, et certains mariages semblaient arrangés ou imposés par des responsables spirituels. Plusieurs anciens membres, dont Giuliano Fiorese après vingt-cinq ans dans la communauté, ont témoigné d’une emprise forte sur les choix personnels, universitaires, professionnels et familiaux. Dans certains cas, la liberté des consciences se trouvait limitée par un système interne de « pères et mères spirituels » qui orientaient la vie des disciples jusque dans leurs décisions les plus intimes.

Sous la pression du Saint-Siège, des correctifs ont été imposés : les messes doivent désormais être célébrées publiquement et par des prêtres, les homélies ne peuvent plus être confiées au fondateur ou à ses proches, et certaines pratiques internes jugées abusives ont été officiellement abolies.

Toutefois, plusieurs observateurs estiment que la vie communautaire de Sant’Egidio conserve une structure de contrôle qui dépasse parfois l’accompagnement spirituel normal, donnant une place démesurée à la parole d’Andrea Riccardi et des responsables locaux.

Ces critiques ne sont pas nouvelles. Dès les années 1980, l’évêque Clemente Riva et Luigi Di Liegro, alors directeur de Caritas Rome, avaient mis en garde contre certaines dérives. Plus récemment, le cardinal Robert Sarah a rappelé que « l’homme ne vit pas seulement de pain », soulignant que la charité chrétienne perd sa substance si elle n’est pas enracinée dans l’adoration et dans la liturgie. De son coté le pape Léon XIV a régulièrement salué le service rendu aux pauvres emais insiste également pour que la mission de l’Église ne soit jamais confondue avec celle d’une ONG.La rencontre du 30 août manifeste donc à la fois l’estime du Saint-Siège pour Andrea Riccardi et pour l’action de Sant’Egidio, mais aussi une exigence : celle de veiller à ce que l’engagement social, les médiations internationales et la solidarité concrète ne prennent jamais le pas sur l’annonce de l’Évangile et la fidélité aux sacrements. L’avenir de la communauté dépendra de sa capacité à maintenir cet équilibre entre la prière et l’action, entre la communion avec l’Église et le service du monde.

Source Vatican

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