Le 5 mars 2026 le pape Léon XIV a reçu en audience privée deux universitaires ayant consacré leurs recherches aux catholiques fréquentant la messe traditionnelle aux États-Unis. Comme l’a rapporté l’agence OSV News, cette rencontre s’est déroulée sans communication officielle détaillée de la part du Saint-Siège, mais elle intervient dans un contexte ecclésial particulièrement sensible. Les deux chercheurs, Stephen Cranney, data scientist et enseignant en sociologie à la Catholic University of America, et Stephen Bullivant, professeur de théologie et de sociologie des religions à St Mary’s University de Londres, sont les co-auteurs d’un ouvrage intitulé “Trads: Latin Mass Catholics in the United States” « Trads : les catholiques de la messe en latin aux États-Unis » , dont la publication est prévue en novembre 2026 chez Oxford University Press.
Leur travail repose sur une approche empirique, combinant enquêtes statistiques originales, observations de terrain et entretiens approfondis. Il vise à mieux comprendre le profil et les convictions des fidèles attachés à la forme traditionnelle du rite romain, souvent désignés sous le terme de « trads ». L’audience accordée par le pape s’inscrit dans un climat toujours marqué par les tensions liées à la liturgie traditionnelle, depuis la publication en 2021 du motu proprio Traditionis Custodes par le pape François, qui en a restreint l’usage. La question de la place de cette forme liturgique continue, depuis lors, de susciter débats et incompréhensions au sein de l’Église.
Dans ce contexte, les auteurs ont souhaité apporter un éclairage fondé sur des données objectives. Dans un article commun publié en juillet 2024, ils soulignaient « l’absence de données fiables » concernant les fidèles de la messe traditionnelle, affirmant : « La mesure dans laquelle la communauté de la messe traditionnelle constitue un foyer schismatique d’attitudes négatives envers Vatican II est en définitive une question empirique susceptible d’être étudiée scientifiquement, et sur ce point, il existe un manque manifeste de données objectives recueillies de manière systématique. »
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Leur enquête met en évidence une réalité plus nuancée que certaines représentations répandues. Interrogés sur leur adhésion aux enseignements du concile Vatican II, près des deux tiers des répondants ont indiqué les accepter dans une certaine mesure : 22 % se disent en accord fort, 27 % en accord et 15 % en accord partiel, tandis que seuls 4 % expriment un désaccord marqué. Les chercheurs relèvent également que les groupes en rupture avec Rome demeurent minoritaires. La Fraternité Saint-Pie X, qui a récemment annoncé son intention de consacrer des évêques sans mandat pontifical, compte environ 103 chapelles aux États-Unis, contre près de 500 paroisses non affiliées qui continuaient de proposer la messe traditionnelle après les restrictions de 2021, alors qu’elles étaient plus de 800 auparavant.
Stephen Bullivant et Stephen Cranney présentent ainsi leur ouvrage comme une tentative de correction d’un domaine souvent abordé « uniquement à travers des tribunes d’opinion ou des analyses historiques ou théologiques », sans base empirique solide.
Précisons que larencontre du 5 mars s’est tenue au cours d’une journée marquée par plusieurs audiences diplomatiques et ecclésiales. Le pape Léon XIV a notamment reçu Mary Simon, gouverneure générale du Canada, Tharman Shanmugaratnam, président de Singapour, Alexander Van der Bellen, président de l’Autriche, ainsi qu’Ajay Banga, président du Groupe de la Banque mondiale. Dan sla meme journée ,le saint Père a également accueilli plusieurs responsables ecclésiastiques, dont l’archevêque Peter Soon-Taick Chung de Séoul, l’évêque émérite Pedro Daniel Martínez Perea de San Luis en Argentine, ainsi que Mgr Alfred Xuereb, nonce apostolique au Maroc.
Aucun détail n’a été communiqué sur le contenu de l’échange entre le pape et les deux sociologues, et Stephen Bullivant n’a pas souhaité commenter la rencontre. Néanmoins, cette audience discrète laisse entrevoir une volonté d’écoute et de compréhension d’une réalité ecclésiale souvent abordée de manière fragmentaire.Dans un débat où les positions demeurent polarisées, l’attention portée à une étude fondée sur des données concrètes pourrait contribuer à éclairer, avec davantage de justesse, la situation des fidèles attachés à la messe traditionnelle.


