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Le Planning familial repart à l’attaque : entre offensive idéologique et confusion anthropologique

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Toute critique serait dès lors assimilée à une « offensive anti-genre ». Or, cette grille de lecture est en elle-même profondément idéologique

Le 23 février 2026, le Le Planning familial publiait un communiqué de presse alarmiste à l’occasion d’un rapport consacré à ce qu’il nomme « l’offensive contre l’éducation complète à la sexualité » en Europe. À lire ce texte, les opposants à l’éducation sexuelle telle que promue par l’association constitueraient un mouvement structuré, financé et transnational, animé par une stratégie de désinformation et de remise en cause des droits fondamentaux.

Mais derrière les mots, que révèle réellement cette prise de position ?

Le rapport évoqué, fondé sur une analyse menée en Allemagne, Espagne, France, Hongrie, Italie et Suède, décrit l’« éducation complète à la sexualité » comme un levier essentiel des droits humains, de l’égalité de genre et de la santé publique, reconnu par les agences des Nations unies et l’Union européenne.

Toute critique serait dès lors assimilée à une « offensive anti-genre ». Or, cette grille de lecture est en elle-même profondément idéologique.

Elle postule que la conception contemporaine du genre, de la sexualité et de l’autonomie individuelle constitue l’horizon indépassable du progrès social. Ceux qui s’en écartent ne seraient plus des interlocuteurs légitimes dans un débat démocratique, mais des adversaires organisés à surveiller. Assimiler la défense de l’anthropologie chrétienne, de la complémentarité homme-femme et du rôle premier des parents dans l’éducation morale de leurs enfants à une simple « stratégie d’opposition » financée et coordonnée relève d’un raccourci discutable. Le communiqué dénonce la « défense des droits parentaux » comme une stratégie visant à présenter l’éducation complète à la sexualité comme une menace pour l’enfance. Cette formulation est révélatrice.

Dans la tradition chrétienne, mais aussi dans de nombreux cadres juridiques européens, les parents sont les premiers responsables de l’éducation de leurs enfants. Ce principe est reconnu par plusieurs textes internationaux relatifs aux droits de l’homme. Le rappeler ne constitue pas une manœuvre, mais l’expression d’un droit fondamental.

Que des parents s’inquiètent de contenus jugés prématurés, explicitement sexualisés ou fondés sur une vision contestée de l’identité humaine n’est pas en soi une « désinformation massive ». C’est l’exercice d’une liberté civique. L’« éducation complète à la sexualité » promue par le Planning familial ne se limite pas à des informations biologiques ou sanitaires. Elle inclut une approche globale intégrant orientation sexuelle, identité de genre, normes sociales et rapports de pouvoir. C’est précisément cette dimension qui suscite un débat.Pour de nombreux catholiques et pour d’autres croyants ou citoyens attachés à une anthropologie naturellement fondée , l’introduction précoce de certaines thématiques dans le cadre scolaire pose question. Non par hostilité aux personnes, mais par souci de cohérence éducative et de respect de la maturité des enfants.

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Qualifier ces réserves d’« offensive contre les droits fondamentaux » revient à transformer un désaccord éthique et anthropologique en menace politique.

Le Planning familial évoque des « effets concrets » : autocensure d’établissements, modifications de programmes, restrictions législatives, baisse de subventions, réduction des espaces démocratiques. Pourtant, dans une démocratie pluraliste, la modification d’un programme scolaire ou la révision d’un financement public peuvent aussi relever d’un choix politique légitime issu du débat et du vote. Présenter toute réorientation comme une atteinte à la démocratie suppose que le modèle défendu par l’association soit le seul compatible avec l’État de droit.

Enfin, affirmer que « s’attaquer » à l’éducation complète à la sexualité revient à « remettre en cause les droits fondamentaux et menacer la démocratie européenne » participe d’une rhétorique maximaliste et alarmiste qui n’a pas lieu d’être. Les droits fondamentaux incluent également la liberté de conscience, la liberté religieuse et le droit des parents à éduquer leurs enfants selon leurs convictions. Le débat européen sur ces questions mérite mieux qu’une polarisation. Il suppose un respect authentique du pluralisme anthropologique et moral.

Intégralité du communiqué

CP | Le Planning familial alerte : l’éducation complète à la sexualité au cœur d’une offensive coordonnée en Europe
Communiqué de presse | 23 février 2026

« À l’occasion de la publication du rapport un rapport du Planing familial : “L’offensive contre l’éducation complète à la sexualité – Cartographie des acteurs et analyse des stratégies d’opposition en Europe”.

20.02.2026
International

Un an après la publication du tout premier programme scolaire dédié à l’EVARS (Éducation à la vie affective, relationnelle et sexuelle), le Planning familial publie un rapport inédit: “L’offensive contre l’éducation complète à la sexualité – Cartographie des acteurs et analyse des stratégies d’opposition en Europe”.

Fondé sur une analyse comparative menée dans six pays – Allemagne, Espagne, France, Hongrie, Italie et Suède – ce rapport met en lumière l’ampleur de la structuration des attaques par les mouvements anti-choix contre l’éducation complète à la sexualité (ECS) à travers l’Europe et révèle une réalité préoccupante : malgré des cadres juridiques parfois ambitieux, l’application effective de l’ECS reste fragile, inégale et sous pression. Même dans les pays où l’ECS est obligatoire, comme en France, sa mise en œuvre demeure partielle en raison du sous-financement, du manque de formation des personnels éducatifs et des pressions croissantes exercées par des groupes d’opposition.

Depuis les années 2010, l’ECS est devenue un champ de bataille politique d’une offensive plus large contre les droits sexuels et reproductifs alors que l’ECS est reconnue par les agences des Nations unies et l’Union européenne comme un levier essentiel de promotion des droits humains, de l’égalité de genre et de la santé publique.

Notre analyse démontre que ces résistances s’inscrivent dans un mouvement « anti-genre » structuré, financé et transnational, dont les stratégies sont bien rodées :

  • dénonciation de « l’idéologie du genre »,
  • protection de la « famille traditionnelle » érigeant le modèle familial hétérosexuel et patriarcal en étendard idéologique,
  • défense des « droits parentaux », en présentant l’ECS comme une menace pour l’enfance,
  • campagnes de désinformation massive et lobbying auprès des institutions par voies juridiques.

Les effets sont concrets : autocensure d’établissements scolaires, modification de programmes, restriction législative, baisse de subventions, réduction des espaces démocratiques.

Face à un mouvement coordonné et influent, une réponse structurée au niveau européen apparaît désormais indispensable.

Sarah Durocher, présidente du Planning familial

Le Planning familial appelle les institutions européennes et les États membres à agir sans délai pour protéger, renforcer et garantir l’accès effectif à une éducation complète à la sexualité pour toutes et tous.
À travers 22 recommandations, le Planning familial appelle à :

  • Intégrer l’ECS dans la politique sociale européenne,
  • Développer une meilleure compréhension des stratégies du mouvements d’opposition,
  • Sécuriser des financements pérennes,
  • Mettre en place un système d’alerte précoce sur l’état législatif de l’ECS et les attaques qui la ciblent.

L’éducation complète à la sexualité est devenue une cible parce qu’elle garantit l’accès à l’information, à l’autonomie et à l’égalité. S’y attaquer, c’est remettre en cause les droits fondamentaux et menacer la démocratie européenne. La protéger est notre responsabilité. »

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