Dans la continuité d’un style bien connu, où la foi se mêle étroitement à la parole politique, Donald Trump a proposé une lecture spirituelle du moment présent, inscrivant l’actualité dans une perspective biblique et providentielle. Ainsi at-il déclaré :
« Si vous ne m’aviez pas, vous n’auriez pas Israël. Franchement, les évangéliques et les chrétiens, juste les chrétiens, je pense qu’ils aiment Israël plus que les Juifs n’aiment Israël, si vous voulez connaître la vérité !
Le Vendredi Saint, le Fils de Dieu fut cloué sur la croix, crucifié, et il mourut. Pour nous tous, ce fut un jour d’obscurité, mais ce n’était pas la fin. De aucune manière, ce n’était la fin. Le dimanche de Pâques, la pierre fut roulée, et le tombeau était vide. Les chrétiens du monde entier se réjouirent, et nous continuons de nous réjouir. Pâques est l’un des jours incroyables. Ce fut le miracle de toute l’histoire, la résurrection de Jésus-Christ. Ce fut l’un des grands… Ce fut le grand miracle, je suppose, n’est-ce pas ? Le grand miracle. Il dit à ses disciples : « Je suis avec vous tous les jours, jusqu’à la fin des temps. » Grâce aux événements de la Semaine Sainte il y a vingt siècles, les gens de toutes nations, langues et origines peuvent affronter n’importe quelle difficulté, traverser n’importe quelle épreuve et endurer n’importe quelle adversité. Avec le Christ, rien ne peut séparer l’humanité de la puissance de l’amour éternel de Dieu.
Il y a plus de 3 000 ans, le Dieu d’Abraham, d’Isaac et de Jacob a libéré les anciens Israélites de l’esclavage et les a conduits dans la terre promise. Ce fut une période de temps incroyable, tout comme aujourd’hui nous vivons une période de temps incroyable.
Cette semaine, nous nous rappelons cette ancienne preuve de la fidélité de Dieu et nous sommes rappelés que, avec une véritable foi, un espoir éternel et le pouvoir de la prière, rien ne peut arrêter le peuple de Dieu.
Alors que les familles juives et les proches se réunissent pour le dîner de Seder, nous demandons que Dieu continue de veiller sur le peuple juif et qu’il continue de préserver et de protéger les États-Unis d’Amérique pour les générations à venir. Notre pays se porte mieux qu’il ne l’a jamais fait. Je suis très heureux de le rapporter. Joyeuse Pâques ! »
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Dans cette déclaration, plusieurs éléments méritent d’être relevés. En évoquant le Dieu d’Abraham, d’Isaac et de Jacob, Donald Trump s’inscrit dans une vision biblique de l’histoire, où les événements contemporains peuvent être lus à la lumière de l’action divine. Cette référence à l’Exode, moment fondateur pour le peuple d’Israël, renvoie pour les chrétiens à une figure de libération accomplie en Jésus-Christ, ce qui donne à ses propos une résonance particulière en cette période pascale. L’insistance sur la « fidélité de Dieu », sur « la foi », « l’espérance » et « le pouvoir de la prière » reprend des thèmes centraux de la tradition chrétienne. Le vocabulaire n’est pas neutre, il relève d’un langage de foi assumé, proche de celui que l’on entend dans certaines prédications, notamment dans les milieux évangéliques américains. Cette manière d’exprimer la politique en termes spirituels témoigne d’une conception où la destinée des nations reste liée à une forme de providence.
La référence au dîner du Seder, cœur de la célébration de Pessah, manifeste également une volonté d’ancrer le discours dans la continuité du peuple juif et de son histoire. À cela s’ajoute une affirmation forte, et controversée, sur l’attachement des chrétiens à Israël, qui vient souligner le rôle central de cet État dans la vision politique et religieuse du président. Pour un observateur catholique, ces propos appellent à une lecture attentive. Ils traduisent une intuition juste, celle d’un Dieu qui agit dans l’histoire et qui appelle les peuples à la fidélité. Mais ils invitent aussi à la prudence, car la foi chrétienne ne se confond jamais totalement avec un projet politique. La Pâque, pour les chrétiens, trouve son accomplissement dans le mystère du Christ, et rappelle que le Royaume de Dieu ne se réduit pas aux réalités de ce monde. Ainsi, derrière cette déclaration , se révèle une réalité bien connue, entre l’affirmation d’une foi vivante et le risque de l’instrumentalisation . C’est dans cet équilibre exigeant que s’exerce le discernement chrétien.


