Depuis 2000 ans

Le président Emmanuel Macron au Vatican : l’avortement et euthanasie relégués au second plan ?

Depositphotos
Depositphotos
Le président français, qui avait l’habitude de tutoyer le pape François rencontrera cette fois un souverain pontife plus discret et plus réservé

Emmanuel Macron se rend au Vatican à partir de ce jeudi 9 avril et rencontrera le pape Léon XIV dès demain vendredi 10 avril à 10 heures. Cette visite, quelques jours après la première Semaine sainte présidée par le nouveau souverain pontife, s’inscrit dans un contexte international particulièrement tendu, marqué par les conflits au Moyen-Orient et les inquiétudes croissantes pour les communautés chrétiennes. Le président français, qui s’était montré particulièrement à l’aise avec le pape François, allant jusqu’à adopter une proximité inhabituelle dans les échanges, pourrait se trouver dans une posture différente face à Léon XIV. Le nouveau pape, plus discret, plus réservé, mais aussi réputé pour sa clarté doctrinale, pourrait imposer un cadre plus formel et moins propice à ce type de familiarité.

Au-delà de la simple question de style, ce tutoiement passé apparaît pour certains comme révélateur d’une évolution plus profonde. Il traduit une forme de banalisation de la fonction pontificale dans les relations internationales, où l’Église semble avoir perdu une part de son autorité et de son pouvoir d’influence. Sous le pontificat de François, cette perception s’est installée chez certains observateurs, l’institution apparaissant parfois davantage comme une voix parmi d’autres dans le concert des nations, voire, aux yeux de certains critiques, comme une structure assimilée à une organisation humanitaire parmi d’autres, engagée dans le dialogue et l’action sociale mais moins audible sur les grandes affirmations doctrinales.

Cette audience pontificale, la quatrième pour Emmanuel Macron après celles de 2018, 2021 et 2022 avec le pape François, s’inscrit dans le cadre d’une « visite républicaine et laïque ». Selon l’Élysée, les échanges devraient porter, au-delà des enjeux internationaux, sur le multilatéralisme, la régulation de l’intelligence artificielle, sujet particulièrement cher au pape, ainsi que sur les questions climatiques et humanitaires.

Lire l’article

Mais derrière cet affichage consensuel, certains sujets risquent de rester en retrait, voire d’être volontairement évités. La constitutionnalisation de l’avortement en France, ainsi que les débats persistants autour de l’euthanasie, constituent pourtant des points de tension majeurs entre Paris et le Saint-Siège. Leur absence des discussions pose la question d’un dialogue incomplet, où les enjeux anthropologiques se trouvent relégués au second plan. Évoquons également le traitement de l’Église catholique en France, ainsi que les attaques répétées contre les valeurs chrétiennes du pays, souvent marginalisées au nom de la laïcité républicaine. Autant de sujets de tension qui, eux aussi, ne seront très certainement pas abordés.

Autre élément notable de cette visite, la rencontre prévue entre Emmanuel Macron et la communauté de Sant’Egidio. Présentée comme un acteur clé de la diplomatie informelle du Vatican, cette organisation s’est imposée au fil des années comme un interlocuteur privilégié des cercles de pouvoir, notamment en Europe. Fondée par Andrea Riccardi, qui sera présent lors de cette rencontre, la communauté de Sant’Egidio incarne un courant particulier de l’Église, fortement engagé dans le dialogue interreligieux, la médiation politique et les processus de paix. Si son action est souvent saluée pour son efficacité, elle suscite aussi des interrogations. Sa proximité avec les milieux politiques, sa capacité d’influence et son positionnement dans certains dossiers sensibles en font un acteur atypique, parfois perçu comme le relais d’une vision plus diplomatique que doctrinale de l’Église.

Dans un moment où l’Église est appelée à témoigner avec clarté sur les questions fondamentales touchant à la vie et à la dignité humaine, cette orientation peut apparaître comme un déséquilibre. Le risque est réel de voir les priorités spirituelles s’effacer derrière les logiques d’influence et de négociation. La rencontre entre Emmanuel Macron et le pape Léon XIV sera donc scrutée avec attention. Entre diplomatie internationale, enjeux moraux et équilibres internes à l’Église, elle pourrait révéler bien plus que ce qui sera officiellement déclaré.

Recevez chaque jour notre newsletter !