La cause de béatification de Monseigneur Jorge Novak, premier évêque de Quilmes en Argentine, a été officiellement interrompue. Le Dicastère pour les causes des saints a décidé de révoquer le nihil obstat, l’autorisation indispensable qui permettait à la procédure de se poursuivre. Ouverte en 2017 à l’initiative du diocèse de Quilmes et soutenue par la Société du Verbe Divin, cette cause s’inscrivait dans le contexte du pontificat du pape François. Comme le veut la procédure, elle avait reçu l’accord du Saint-Siège pour être instruite, sans pour autant engager directement le pape dans son lancement.
Selon les éléments communiqués par le diocèse, la décision de Rome serait liée à une procédure canonique qui n’aurait pas été menée par Jorge Novak dans une affaire concernant un prêtre de son diocèse. Le Vatican précise toutefois qu’aucun jugement moral n’est porté sur la vie, les vertus ou l’action pastorale de l’évêque. Cette précision n’a pas suffi à dissiper les interrogations.
Car au-delà du motif officiel, la fermeture de cette cause met en lumière les tensions qui entourent aujourd’hui certaines figures épiscopales issues des décennies récentes. Jorge Novak, évêque de Quilmes de 1976 à 2001, a marqué son diocèse par un engagement social affirmé, dans un contexte politique et ecclésial particulièrement troublé en Argentine. Mais son profil a également suscité des réserves. Certains observateurs le décrivent comme un prélat libéral, proche de sensibilités d’extrême gauche, et peu favorable aux catholiques attachés à la tradition doctrinale. Une ligne pastorale qui, pour ses critiques, a pu se traduire par une certaine dureté à l’égard des fidèles dits « orthodoxes », et par une distance vis-à-vis de certaines exigences classiques de la discipline ecclésiale. Ces éléments, sans être explicitement mentionnés dans la décision romaine, nourrissent les débats autour de cette cause.
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Il convient toutefois de rappeler le cadre précis. Une cause de béatification n’est jamais lancée directement par le pape, mais par l’Église locale. En l’occurrence, c’est le diocèse de Quilmes qui avait initié la démarche. Le Vatican, par l’intermédiaire du dicastère compétent, en assure ensuite le suivi, pouvant à tout moment suspendre ou interrompre le processus. La décision actuelle s’inscrit donc dans la continuité d’un discernement engagé sous le pontificat de François, sans avoir été confirmée dans la suite du gouvernement de l’Église. Le pape Léon XIV n’a pas validé cette cause, qui se trouve désormais définitivement close.
Dans le diocèse de Quilmes, la réaction est marquée par la tristesse. Les responsables ecclésiaux ont salué la mémoire de Monseigneur Jorge Novak et son engagement pastoral, tout en prenant acte de la décision du Saint-Siège. Reste une question de fond, celle des critères retenus pour proposer des modèles de sainteté à l’Église universelle. Entre engagement social, fidélité doctrinale et prudence dans le gouvernement pastoral, le discernement apparaît plus que jamais délicat. La fermeture de cette cause, loin d’être un simple acte administratif, révèle en creux les lignes de fracture qui traversent l’Église contemporaine. Elle rappelle que toute reconnaissance officielle de sainteté engage non seulement une mémoire, mais aussi une vision de l’Église et de sa mission.


