Samedi 10 octobre 2026, le pape Léon XIV a reçu les évêques de l’Église grecque-catholique melkite d’Antioche, une Église catholique orientale de tradition byzantine, en pleine communion avec Rome, à l’occasion de leur Synode. Devant ces prélats, dont les communautés sont notamment implantées en Syrie, au Liban et en Terre sainte, le Saint-Père a rappelé que leur assemblée n’était « pas seulement un acte de gouvernement, mais aussi un moment de communion et de service épiscopal ». Il a ainsi souligné que l’autorité des évêques devait toujours s’exercer dans la fidélité au Christ et au service des fidèles.
Léon XIV a également rappelé l’héritage spirituel d’Antioche, ville où, selon les Actes des Apôtres (11, 26), les disciples de Jésus furent appelés « chrétiens » pour la première fois. Cet enracinement apostolique donne une responsabilité particulière aux communautés melkites, appelées à témoigner de leur foi par la charité, l’éducation, les soins et l’accompagnement des populations éprouvées par les conflits. Le Saint Pére a particulièrement évoqué les souffrances des fidèles confrontés à la guerre, à l’extrémisme religieux et aux difficultés économiques dans plusieurs pays du Moyen-Orient.
« Je suis avec vous. Toute l’Église catholique est avec vous », leur a-t-il déclaré, avant de rappeler les paroles de saint Paul : « Lorsqu’un membre souffre, c’est tout le Corps qui souffre avec lui » (1 Co 12, 26).
Cette solidarité relève de la communion ecclésiale elle-même. La souffrance des chrétiens d’Orient ne saurait être considérée comme une question périphérique : elle concerne l’ensemble du Corps du Christ. Le Pape a notamment évoqué les familles contraintes de quitter leur terre pour échapper aux dangers, parfois à la persécution, et assurer leur sécurité. À ces communautés éprouvées, il a confié une mission exigeante : « Être témoin de réconciliation et de paix dans des terres ravagées par les conflits. »
Mais le discours pontifical ne s’est pas limité aux épreuves venues de l’extérieur. Léon XIV a également mis en garde contre les divisions et les ambitions qui peuvent fragiliser l’Église de l’intérieur. « Nous devons rester constamment vigilants pour ne pas succomber à la tentation de nous élever au-dessus des autres, de rechercher le pouvoir plutôt que le service, le profit plutôt que la transparence et l’honnêteté, et la réussite personnelle plutôt que la sollicitude pastorale. » Cette mise en garde touche directement à l’exercice de l’autorité épiscopale. L’évêque ne reçoit pas sa charge pour poursuivre une réussite personnelle, mais pour garder la foi, servir l’unité et conduire les âmes vers le Christ. La collégialité ne saurait ainsi se réduire à un équilibre institutionnel : elle suppose une conversion personnelle et une véritable responsabilité mutuelle.
Le Pape a rappelé à cet égard une disposition de la liturgie byzantine : avant de célébrer la Divine Liturgie, le prêtre et le diacre sont appelés à se réconcilier avec tous et à ne conserver aucune hostilité dans leur cœur. La communion célébrée à l’autel exige une communion recherchée dans la vie.
Maintenir une présence chrétienne au Moyen-Orient
Léon XIV a enfin annoncé que le Saint-Siège veillait, grâce à la générosité de nombreux donateurs, à rendre accessibles des bourses permettant aux fidèles de Syrie, du Liban et d’Irak de recevoir une éducation catholique. L’objectif est clairement exprimé : « Soutenir les jeunes, afin que les familles chrétiennes bénéficient de l’aide nécessaire pour demeurer au Moyen-Orient et y maintenir une présence chrétienne. » Derrière cette initiative se joue la continuité de communautés enracinées depuis les premiers siècles du christianisme. Leur avenir dépend non seulement de leur sécurité, mais aussi de la possibilité concrète de transmettre la foi et de fonder des familles sur leur terre.
En confiant les travaux du Synode à l’intercession de la Theotokos, la Mère de Dieu, Léon XIV a ainsi rappelé que l’avenir de ces Églises ne repose pas uniquement sur des décisions institutionnelles, mais sur la fidélité de leurs pasteurs et la persévérance de leurs fidèles.
DISCOURS DE SA SAINTETÉ LE PAPE LÉON XIV
AU SYNODE DES ÉVÊQUES DE L’ÉGLISE GRECQUE-MELKITE D’ANTIOCHE
Samedi 10 octobre 2026
« Au nom du Père, et du Fils, et du Saint-Esprit.
La paix soit avec vous !
Votre Béatitude,
Chers frères dans l’épiscopat, chers frères et sœurs,
Je suis heureux de vous rencontrer à l’occasion de votre Synode, qui n’est pas seulement un acte de gouvernement, mais aussi un moment de communion et de service épiscopal. Par votre intermédiaire, j’adresse mes salutations chaleureuses aux prêtres, aux religieux et religieuses, aux séminaristes ainsi qu’à tous les fidèles bien-aimés de l’Église melkite, tant sur vos territoires propres que dans la diaspora à travers le monde.
Comme vous le savez bien, c’est à Antioche que les disciples de Jésus-Christ furent appelés « chrétiens » pour la première fois. Alors comme aujourd’hui, les chrétiens sont appelés à vivre de manière à témoigner de la présence vivante de Dieu qui demeure parmi nous. En effet, les premiers chrétiens se distinguaient des autres par leur vie de charité, comme c’est encore le cas aujourd’hui dans vos paroisses. Vous ne portez pas simplement la foi dans votre esprit, mais vous la laissez pénétrer votre cœur, poussés par l’Esprit à partager votre nourriture avec ceux qui ont faim, à assurer l’éducation et les soins de santé, à accompagner et à encourager ceux qui souffrent, afin que l’Église soit un phare, la lumière du Christ, particulièrement en cette période troublée.
Dans de nombreuses terres où votre Église est traditionnellement implantée, les fidèles sont confrontés à la guerre, aux troubles, à l’extrémisme religieux et aux difficultés économiques. Par votre intermédiaire, je voudrais dire à votre Église bien-aimée : je suis avec vous. Toute l’Église catholique est avec vous. Car lorsqu’un membre souffre, c’est tout le Corps qui souffre avec lui (cf. 1 Co 12, 26). Et précisément parce que vous souffrez et que vous vous efforcez d’imiter Jésus dans la douceur avec laquelle il a racheté le monde, vous êtes au cœur de l’Église.
Je pense particulièrement aux blessures et aux difficultés que vous affrontez, qui poussent nombre de vos fidèles à partir vers des terres lointaines pour trouver du travail, échapper aux dangers et parfois même à la persécution, afin d’élever leurs familles en sécurité.
Quelle grande vocation que celle de votre Église : être témoin de réconciliation et de paix dans des terres ravagées par les conflits ! Vous êtes des semences de communion dans des régions marquées par la violence. Ce témoignage fait véritablement de vous des icônes de siècles de foi dans les lieux les plus saints de notre salut.
Il arrive que la propension humaine au conflit nous affecte également au sein de l’Église. Ce n’est pas un hasard si, dans le rite sacré et si évocateur de votre tradition byzantine, la première instruction donnée au prêtre et au diacre qui se préparent à célébrer la Divine Liturgie est de se réconcilier avec tous, de ne rien avoir contre personne et de ne nourrir aucun mal dans leur cœur. Cette réconciliation constitue elle-même un sacrifice dans le Christ et avec le Christ.
À cet égard, votre Synode des évêques est le gardien de la communion. Vous portez une grande responsabilité, qui doit être préservée et cultivée dans la collégialité épiscopale, comme j’ai souhaité le souligner dans la lettre apostolique Mutua Concordia.
Nous devons rester constamment vigilants pour ne pas succomber à la tentation de nous élever au-dessus des autres, de rechercher le pouvoir plutôt que le service, le profit plutôt que la transparence et l’honnêteté, et la réussite personnelle plutôt que la sollicitude pastorale.
L’Esprit Saint nous pousse à travailler et à prier, à prier pour cette unité qui aidera tous les hommes à reconnaître que le Christ est au milieu de nous.
En outre, l’expression la plus éloquente de notre foi et l’annonce la plus claire de la Bonne Nouvelle à ceux qui ne connaissent pas le Christ se manifestent lorsque nous prenons notre croix et choisissons de témoigner de l’amour dans les moments où nous éprouvons la peur, la colère ou la souffrance.
Nous qui servons l’Église comme membres du clergé, nous donnons à nos fidèles une plus grande espérance dans l’Évangile lorsque nous faisons notre examen de conscience et nous demandons mutuellement des comptes, non seulement dans la gestion des biens matériels, mais aussi dans la manière dont nous recherchons la réconciliation.
Tout au long de l’histoire, nous avons vu que les épreuves auxquelles nous sommes confrontés, qu’il s’agisse du martyre ou des simples sacrifices que nous accomplissons par amour du prochain, nous donnent l’occasion de manifester notre foi d’une manière qui trouve un écho dans le cœur de ceux qui recherchent la paix véritable.
Je prie donc pour que, animés par l’espérance chrétienne et par l’amour de tous les peuples parmi lesquels vous vivez, vous continuiez à former les jeunes et à encourager chacun à puiser dans vos traditions les plus nobles.
Pour sa part, et grâce à la générosité de nombreuses personnes, le Siège apostolique veille à ce que des bourses d’études soient mises à la disposition des fidèles de Syrie, du Liban et d’Irak afin qu’ils puissent recevoir une éducation catholique.
Notre objectif est de soutenir les jeunes, afin que les familles chrétiennes bénéficient de l’aide nécessaire pour demeurer au Moyen-Orient et y maintenir une présence chrétienne.
Je vous remercie pour tout ce que vous accomplissez et vous assure de ma proximité spirituelle.
En confiant ce Synode à l’intercession de la Theotokos, la Mère de Dieu, je prie pour que l’Esprit Saint vous éclaire et vous guide dans vos décisions.
Sur vous et sur tous les fidèles de l’Église melkite, j’invoque l’abondance des bénédictions du Seigneur.
Je vous remercie. »
Source Vatican


