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Léon XIV dénonce « l’hostilité » envers l’enseignement catholique en France et appelle les évêques à « une compréhension des sensibilités liturgiques »

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À l’occasion de l’assemblée plénière des évêques de France, réunis à Lourdes du 23 au 27 mars 2026, le pape Léon XIV s’est adressé aux prélats dans un message transmis par le cardinal Pietro Parolin ( texte intégral)

Réunis à Lourdes pour leur assemblée plénière de printemps, les évêques de France ont reçu un message du pape Léon XIV, transmis par le cardinal Pietro Parolin, qui éclaire avec précision les enjeux actuels de l’Église dans le pays. Dès les premières lignes, le pape inscrit cette rencontre dans une perspective spirituelle exigeante, appelant à rechercher « la Volonté de Dieu pour l’Église qui est en France ». Mais rapidement, le propos se fait plus concret et aborde les défis qui traversent aujourd’hui la vie ecclésiale.

Le premier d’entre eux concerne l’éducation catholique, que le pape situe dans un climat préoccupant : « Vos travaux se déroulent dans le contexte d’une hostilité croissante envers les établissements catholiques avec la remise en cause de leur caractère propre ». Cette affirmation, particulièrement forte, ne relève pas d’une simple appréciation conjoncturelle. Elle traduit une inquiétude profonde quant à l’évolution du regard porté sur l’enseignement catholique dans la société française. En parlant de « remise en cause du caractère propre », le pape vise directement ce qui constitue l’essence même de l’école catholique. Celle-ci ne peut être réduite à une offre éducative parmi d’autres. Elle est intrinsèquement liée à une vision chrétienne de l’homme, de la vérité et de la transmission. Or, cette identité est aujourd’hui fragilisée, soit par des pressions extérieures, soit par une tentation interne de dilution au nom d’une neutralité supposée.

C’est pourquoi le Saint-Père appelle sans ambiguïté à la fermeté : « Le Pape vous encourage à défendre avec détermination la dimension chrétienne de l’enseignement catholique qui, sans références à Jésus-Christ, perdrait sa raison d’être ». Cette phrase constitue un point d’ancrage décisif. Elle affirme clairement que la spécificité de l’école catholique ne réside pas d’abord dans ses performances, mais dans sa fidélité au Christ. Sans cette référence, elle perd son identité propre. Cet appel prend une résonance particulière dans un pays où l’enseignement catholique, souvent sous contrat avec l’État, se trouve exposé à des exigences croissantes de conformité culturelle. Le pape ne nie pas la nécessité d’un accueil large, mais il en fixe les limites : accueillir ne signifie pas s’effacer.

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Le second axe du message concerne la liturgie, abordée dans un contexte de tensions persistantes : « Il est préoccupant que continue de s’ouvrir dans l’Église une douloureuse blessure concernant la célébration de la Messe, le sacrement même de l’unité ». Le choix des mots est significatif. En parlant de « blessure », le pape souligne que la question liturgique touche au cœur même de la communion ecclésiale. La référence au Vetus Ordo montre que le Saint-Père est attentif aux divisions qui peuvent naître autour des formes de la liturgie. Mais loin d’alimenter les oppositions, il appelle à un dépassement des clivages : « Un regard nouveau de chacun porté sur l’autre, dans une plus grande compréhension de sa sensibilité ».

Le Saint Père précise en effet qu’il convient « d’inclure généreusement les personnes sincèrement attachées au Vetus Ordo, dans le respect des orientations voulues par le Concile Vatican II ». L’équilibre recherché est donc exigeant. Il s’agit de maintenir l’unité sans céder ni à l’exclusion ni à une confusion des repères liturgiques.

À travers ces deux thèmes, l’enseignement et la liturgie, se dessine une même ligne de fond. Le pape Léon XIV appelle l’Église de France à résister à une double tentation, celle de la dilution dans la société et celle de la division interne. Dans les deux cas, c’est l’identité catholique qui est en jeu. Le message s’inscrit ainsi dans un contexte plus large, celui d’une Église éprouvée mais appelée à se relever. Le pape évoque les prêtres « durement éprouvés » et invite à leur adresser un message de confiance. Il rappelle également la nécessité de poursuivre le travail de vérité et de justice concernant les abus, tout en maintenant une perspective de miséricorde.

Mais au-delà des difficultés, le Saint-Père souligne que le temps présent n’est pas dépourvu d’espérance. Il évoque « les signes de présence de Dieu dans les cœurs », invitant ainsi à ne pas céder au découragement.Dans une France marquée par la sécularisation et par des tensions culturelles croissantes, cet appel apparaît comme une invitation à la clarté et au courage. L’Église ne pourra demeurer fidèle à sa mission qu’en assumant pleinement ce qu’elle est, en particulier dans la transmission de la foi et dans la célébration de la liturgie.

Texte intégral du message :

« À la Conférence des Évêques de France LOURDES


Chers frères, Sa Sainteté le Pape Léon XIV me charge de vous transmettre ses vœux les meilleurs pour le bon et fructueux déroulement des travaux de votre Assemblée plénière. Il vous assure de sa prière fraternelle. Il souhaite que ce moment soit une occasion renouvelée de resserrer les liens de charité fraternelle entre vous, dans la recherche commune de la Volonté de Dieu pour l’Église qui est en France.

Le Saint-Père a pris connaissance des sujets que vous avez l’intention de traiter et plusieurs ont suscité son intérêt. En particulier vous allez aborder, en réponse à la Lettre Apostolique Dessiner de nouvelles cartes d’espérance, le thème de l’éducation, un thème qui avait particulièrement retenu l’attention du Pape François en raison de son importance capitale tant pour l’avenir du monde que pour l’annonce de l’Évangile. Vos travaux se déroulent dans le contexte d’une hostilité croissante envers les établissements catholiques avec la remise en cause de leur caractère propre. Dans le respect des convictions de chacun et avec toujours le souci d’accueillir largement, le Pape vous encourage à défendre avec détermination la dimension chrétienne de l’enseignement catholique qui, sans références à Jésus-Christ, perdrait sa raison d’être.

Un point de votre réflexion portera sur la poursuite de la lutte contre les abus sur mineurs, et du processus de réparations, que vous avez entrepris avec détermination. Il convient, en effet, de persévérer à long terme dans les actions de prévention engagées et de continuer à manifester l’attention de l’Église aux victimes et la miséricorde de Dieu envers tous. Il est bon que les prêtres coupables d’abus ne soient pas exclus de cette miséricorde et fassent l’objet de vos réflexions pastorales. Par ailleurs, après plusieurs années de crises douloureuses, l’heure est venue de se tourner résolument vers l’avenir et d’adresser aux prêtres de France, durement éprouvés, un message d’encouragement et de confiance.

Vous avez enfin, chers frères, l’intention de traiter du délicat thème de la Liturgie, auquel le Saint-Père est particulièrement attentif, dans le contexte de la croissance des communautés liées au Vetus Ordo. Il est préoccupant que continue de s’ouvrir dans l’Église une douloureuse blessure concernant la célébration de la Messe, le sacrement même de l’unité. Pour la guérir, un regard nouveau de chacun porté sur l’autre, dans une plus grande compréhension de sa sensibilité, est certainement nécessaire; un regard pouvant permettre à des frères riches de leur diversité de s’accueillir mutuellement, dans la charité et l’unité de la foi. Veuille l’Esprit Saint vous suggérer des solutions concrètes permettant d’inclure généreusement les personnes sincèrement attachées au Vetus Ordo, dans le respect des orientations voulues par le Concile Vatican II en matière de Liturgie.

Chers frères, le Souverain Pontife vous assure de son attachement et de l’intérêt qu’il porte à la Fille aînée de l’Église. Il prie pour tous les catholiques de France, pour son clergé, afin qu’ils persévèrent dans la foi et la courageuse annonce de l’Évangile, en des temps certes difficiles mais où les signes d’espérance et de présence de Dieu dans les cœurs ne manquent pas. Vous renouvelant ses encouragements, et vous confiant à l’intercession de Notre Dame de l’Assomption et de tous les Saints de France, le Saint-Père vous donne bien volontiers la Bénédiction apostolique.

Cardinal Pietro Parolin
Secrétaire d’État de Sa Sainteté. »

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