Par Philippe Marie
Samedi 17 octobre, à 15 h 43, Léon XIV était de retour dans ses appartements du Vatican. Treize minutes plus tôt, le souverain pontife quittait à pied l’hôpital Gemelli de Rome, souriant et saluant les fidèles venus l’accueillir. Quatre jours après son opération pulmonaire, son retour met un terme à cinq jours d’hospitalisation qui auront suffi à susciter les inquiétudes et, dans certains cercles romains, des calculs beaucoup moins avouables. Car les couloirs du Vatican n’ont pas seulement bruissé de préoccupations médicales.
🚨LÉON XIV EST SORTI DE L’HÔPITAL GEMELLI
— Tribune Chrétienne (@tribuchretienne) October 17, 2026
🔴Après quatre jours d’hospitalisation à Rome, le Saint-Père a quitté l’hôpital Gemelli pour regagner le Vatican
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Il y aura incontestablement un avant et un après cette hospitalisation. La maladie du pape a rappelé la fragilité humaine de celui qui gouverne l’Église catholique, mais également révélé la rapidité avec laquelle certains responsables ecclésiastiques ont commencé à envisager les conséquences de cette nouvelle situation.
Le cardinal Pietro Parolin, secrétaire d’État du Saint-Siège, a évoqué la nécessité d’un pontificat désormais « adapté » aux circonstances. Une déclaration pouvant traduire le souci légitime de préserver les forces du Saint-Père, mais dont la portée politique n’a échappé à personne.
À peine Léon XIV hospitalisé, la question n’était déjà plus seulement celle de sa guérison, mais des conditions dans lesquelles il pourrait continuer à gouverner
Il faut rappeler que Pietro Parolin figurait parmi les grands favoris du conclave de mai 2025. Le secrétaire d’État pouvait espérer accéder au trône de Pierre grâce à un jeu d’alliances au sein du Sacré Collège. Selon plusieurs récits publiés après l’élection, il aurait bénéficié du soutien d’une cinquantaine de cardinaux, un chiffre impossible à confirmer en raison du secret du conclave. C’est finalement Robert Francis Prevost qui fut élu sous le nom de Léon XIV. Ce précédent donne une résonance particulière aux déclarations de Parolin, dont certains milieux romains évoquent désormais le possible départ de la Secrétairerie d’État. Celui qui aurait pu devenir pape s’est ainsi montré particulièrement prompt à évoquer les adaptations qu’imposerait la santé du souverain pontife, alors même que son propre avenir à la Curie pourrait dépendre des prochains arbitrages de Léon XIV.
D’autres ont semblé vouloir anticiper les décisions pontificales. Dans un entretien accordé au journaliste Thomas Edwards, publié mardi 13 octobre 2026 sur le site catholique anglophone AdVaticanum, le cardinal Arthur Roche, préfet du Dicastère pour le culte divin, a affirmé que Léon XIV « ne modifiera pas Traditionis custodes » et « ne reviendra pas à Summorum Pontificum ». Une prise de position particulièrement significative, rendue publique le jour même de l’opération du Saint-Père, alors que celui-ci n’a annoncé aucune décision nouvelle sur ce dossier liturgique sensible.
Il convient pourtant de rappeler une réalité fondamentale : la maladie du souverain pontife, même grave, ne diminue en rien son autorité. Aucun cardinal, aucun préfet de dicastère ne peut se substituer à lui pour fixer les orientations du pontificat.
Et puis il y a ceux dont la fidélité publique paraît moins assurée dans les conversations privées. Selon des propos rapportés par certains observateurs romains, l’horizon d’un futur conclave aurait déjà été évoqué, tandis que les mêmes voix adressaient publiquement au Saint-Père leurs vœux chaleureux de rétablissement. Ces confidences, illustrent néanmoins le climat de spéculation qui accompagne sa santé. Derrière ces attitudes se dessine une question plus profonde : certains responsables sont-ils d’abord attachés au successeur de Pierre ou à la continuité des orientations qu’ils entendent défendre ? La fidélité au pape suppose de reconnaître sa liberté de gouvernement, y compris lorsqu’elle pourrait conduire à reconsidérer certains choix de ses prédécesseurs.
Pourtant, Léon XIV n’a pas attendu de regagner ses appartements pour rappeler qu’il demeurait aux commandes. Jeudi 15 octobre, il célébrait la messe au Gemelli, entouré de soignants. Le lendemain, il s’entretenait au téléphone avec Vladimir Poutine, prenant personnellement l’initiative d’un échange consacré à la situation humanitaire dramatique d’Olechky, dans la région ukrainienne de Kherson. Une démarche dont le cardinal Parolin lui-même a souligné qu’elle venait directement du pape.
Ces gestes prennent une signification particulière : Léon XIV entend montrer que sa maladie ne signifie ni retrait du gouvernement de l’Église ni abandon de ses initiatives.
Enfin la désignation du cardinal Luis Antonio Tagle comme doyen du Collège cardinalice mérite également attention. Le 8 octobre 2026, Léon XIV ( sachant la date de son hospitalisation) approuvait son élection, rendue publique le lendemain, quatre jours avant l’opération. Cette décision a placé un homme, en qui le Saint Père a confiance, à la tête de l’institution appelée à jouer un rôle central lors d’une éventuelle vacance du Siège apostolique.
L’Amérique latine, prochain test du pontificat
Reste une question délicate, malgré les incertitudes médicales et les examens encore attendus, le voyage apostolique en Amérique latine, prévu en novembre, demeure à l’agenda. Son maintien ne garantit toutefois pas le départ. Les médecins devront apprécier les capacités du pape à supporter un déplacement aussi exigeant. C’est sur ce terrain que se jouera une partie de l’après-Gemelli. Léon XIV devra concilier sa volonté de poursuivre sa mission avec les exigences de sa convalescence, sans laisser s’installer l’idée que d’autres pourraient décider à sa place.
Dimanche 18 octobre, le pape doit apparaître à la fenêtre de l’appartement pontifical pour réciter l’Angélus. L’annonce est officiellement confirmée. Cette réapparition aura une portée dépassant la traditionnelle prière dominicale : aux fidèles, elle apportera un signe d’espérance ; à la Curie, elle rappellera que le pape demeure celui qui décide. Le retour de Léon XIV ne fera pas disparaître les divergences qui traversent la Curie. Mais cette hospitalisation aura peut-être permis au souverain pontife de mesurer certaines fidélités, impatiences et ambitions.
Les interrogations médicales demeurent, tout comme les rivalités qui traversent le gouvernement de l’Église. Mais Léon XIV est rentré au Vatican. Et ceux qui envisageaient déjà l’après-Léon XIV devront, au moins pour l’heure, composer avec une réalité : le pontificat continue, et son titulaire entend bien en conserver toute la maitrise.


