Réponse à Louis Sarkozy par Philippe Marie
Ce lundi matin sur RMC, dans sa chronique consacrée à la proposition de loi issue de l’affaire Bétharram, Louis Sarkozy s’est prononcé avec une assurance remarquable en faveur de la remise en cause du secret de la confession. « Le secret de la confession est devenu le secret de l’impunité », affirme-t-il. Plus loin, il ajoute : « Si pour cela il faut briser un sacrement vieux de 1000 ans, alors on le brisera. » La formule est spectaculaire et provocatrive. Elle est aussi révélatrice d’une faiblesse intellectuelle majeure : Louis Sarkozy semble condamner une institution qu’il ne comprend manifestement pas. Son raisonnement repose en effet sur une erreur initiale qui fragilise tout le reste de sa démonstration.
Pour justifier la suppression du secret sacramentel, il évoque Boston, l’Irlande, l’Allemagne et la France. Il cite le rapport Sauvé, les scandales de pédocriminalité et les défaillances de certains évêques. Mais à aucun moment il n’établit le lien entre ces affaires et le secret de la confession lui-même.Or ce lien n’existe pas.
Les abus dénoncés dans ces différents pays n’ont pas été rendus possibles parce qu’un prêtre aurait appris les faits dans un confessionnal avant de les cacher. Les mécanismes de dissimulation identifiés par les enquêtes concernent des décisions administratives, des déplacements de prêtres, des silences institutionnels, des fautes de gouvernement ou des erreurs de jugement commises par certains responsables ecclésiastiques. Plus encore, il ne cite aucun cas précis où un abuseur aurait révélé son crime dans le cadre du sacrement de pénitence avant de poursuivre ses agissements. Aucun. Pas un seul. La démonstration est donc biaisée dès son point de départ.
Car enfin, quel criminel se précipite spontanément au confessionnal après avoir commis un viol pour raconter en détail son acte à un prêtre ?
Louis Sarkozy demande la destruction d’un sacrement sans même démontrer que ce principe est réellement à l’origine du problème qu’il prétend résoudre. Cette légèreté est d’autant plus surprenante qu’il présente le secret de la confession comme un simple privilège accordé à l’Église. Or c’est précisément là qu’apparaît son ignorance de la théologie catholique.
Le secret de la confession n’est pas une règle disciplinaire que Rome pourrait modifier au gré des circonstances. Il appartient à l’essence même du sacrement. Le prêtre n’est pas propriétaire de ce qu’il entend. Dans la compréhension catholique, il agit in persona Christi, dans la personne même du Christ. Ce qui est confié au confessionnal n’appartient ni au prêtre, ni à l’évêque, ni même au pape.
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Lorsque Louis Sarkozy affirme que l’État doit « briser » ce secret, il parle donc d’un sujet dont il semble ignorer la nature profonde. Son analyse de la laïcité est tout aussi contestable. « Sur le sol français, c’est la loi française qui s’applique, pas le droit canon », explique-t-il. L’affirmation passe à côté de l’essentiel. La loi française s’applique évidemment en France. Personne ne le conteste. Mais la loi française protège également la liberté religieuse. Elle protège la liberté de conscience. Elle protège le libre exercice des cultes.
La laïcité n’a jamais signifié que l’État pouvait remodeler les sacrements selon ses préférences idéologiques ou politiques. Depuis 1905, elle signifie au contraire que l’État n’a pas compétence pour intervenir dans le contenu des croyances religieuses.
La conception défendue par Louis Sarkozy ressemble moins à la laïcité française qu’à une forme de gallicanisme autoritaire dans lequel le pouvoir politique s’arrogerait le droit de définir ce qui est acceptable ou non dans la pratique religieuse. Son parallèle avec les médecins révèle la même confusion. Selon lui, puisqu’un médecin peut signaler certaines situations de danger, le prêtre devrait être soumis aux mêmes obligations. Mais un médecin reçoit une information dans le cadre d’une activité professionnelle. Le prêtre reçoit une confession dans le cadre d’un acte sacramentel. Ces deux réalités ne sont ni juridiquement, ni philosophiquement, ni anthropologiquement comparables.
La civilisation occidentale reconnaît depuis longtemps l’existence de domaines de confidentialité absolue. Le secret de l’avocat, certaines protections accordées aux échanges spirituels, le respect de la conscience individuelle participent tous d’une même logique : fixer des limites au pouvoir de l’État. C’est précisément ce que Louis Sarkozy semble avoir du mal à accepter.
Le passage le plus inquiétant de sa chronique est peut-être celui où il affirme qu’un prêtre qui garde le secret deviendrait un « complice ». Cette accusation est particulièrement grave. Elle revient à assimiler à un délinquant un homme qui respecte un engagement religieux considéré par son Église comme plus sacré que sa propre vie. Depuis des siècles, des prêtres ont accepté la prison, l’exil ou la mort plutôt que de violer le secret sacramentel. Non pour protéger des criminels, mais parce qu’ils considéraient qu’aucun pouvoir terrestre ne devait pouvoir pénétrer de force dans le sanctuaire de la conscience. Enfin, Louis Sarkozy conclut en affirmant que « l’enfant est infiniment plus sacré que le mystère ». La formule est habile. Elle est aussi profondément malhonnête intellectuellement.
Car personne ne soutient qu’il faudrait choisir entre protéger les enfants et préserver le secret de la confession.La véritable question est toute autre : la suppression du secret sacramentel protégerait-elle davantage les enfants ?
Louis Sarkozy répond oui. Mais tout au long de son intervention sur RMC, il ne fournit pas le moindre élément permettant de le démontrer. Il demande simplement que l’on sacrifie une liberté religieuse fondamentale au nom d’une efficacité supposée, jamais prouvée, jamais documentée, jamais démontrée. C’est là que l’ignorance rejoint l’arrogance. L’ignorance de ce qu’est réellement le secret de la confession. L’arrogance de croire qu’un chroniqueur du XXIe siècle peut, en quelques minutes d’antenne, abolir un sacrement.


