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Marie Co-rédemptrice : le président de l’Académie pontificale persiste-t-il dans l’erreur ?

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Affirmer que le titre de Co-rédemptrice suggérerait un salut parallèle ou une seconde source de rédemption relève d’une erreur sémantique et théologique. Le « co- » n’indique ni égalité ni indépendance, mais coopération

La récente prise de position de Monseigneur Antonio Staglianò, président de l’Académie pontificale de théologie, contre l’usage du titre marial de « Co-rédemptrice » ne constitue ni une nouveauté ni une avancée théologique. Elle s’inscrit au contraire dans la ligne déjà tracée par la note doctrinale Mater populi fidelis, dont elle reprend les présupposés, la méthode et les faiblesses, au point de confirmer les critiques substantielles que ce document a suscitées dans le monde théologique, en particulier parmi les mariologues.

D’emblée, un point mérite d’être souligné, la position de Mgr Staglianò ne procède pas d’un véritable dialogue théologique. Comme l’ont déjà relevé avec précision nos confrères de La Bussola dans une analyse récente consacrée à cette prise de position, les arguments traditionnels et solidement étayés en faveur de la doctrine de la co-rédemption mariale sont largement ignorés. Or ces arguments ne relèvent ni de spéculations marginales ni de dévotions privées, mais s’enracinent dans le magistère ordinaire de l’Église, dans la théologie du XXᵉ siècle et dans une lecture cohérente de la Révélation.

Plus encore, l’absence quasi totale de consultation des mariologues dans l’élaboration et la défense de ces positions interroge. Il ne s’agit pas ici d’un simple désaccord académique, mais d’un choix méthodologique qui conduit à appauvrir la réflexion ecclésiale sur Marie, en réduisant délibérément la portée de son rôle dans l’économie du salut.

Le cœur de l’argumentation de Monseigneur Staglianò repose sur la notion de « risque », risque de confusion entre la miséricorde de Marie et celle du Christ, risque d’un chemin de salut parallèle, risque enfin de porter atteinte à l’unicité de la Rédemption opérée par le Christ. Or cet argument ne résiste pas à l’examen. D’un point de vue pastoral, aucune donnée sérieuse ne permet d’affirmer que le titre de Co-rédemptrice engendre une telle dérive chez les fidèles. Les éventuelles déviations dévotionnelles existent certes, mais elles concernent toute forme de piété mal comprise, qu’il s’agisse de Notre-Dame de Pompéi, de l’Immaculée Conception ou même de la Mère de Dieu. Faut-il pour autant censurer ces titres ou ces dévotions ? La réponse est évidemment négative.D’un point de vue théologique, le critère du « risque d’incompréhension » est tout simplement inopérant. Appliqué de manière cohérente, il conduirait à remettre en cause l’ensemble de la doctrine catholique, la Trinité, la primauté pétrinienne, l’Immaculée Conception ou encore la médiation ecclésiale du salut. L’histoire dogmatique montre précisément que l’Église n’a jamais renoncé à formuler la vérité révélée sous prétexte qu’elle pouvait être mal comprise.

L’un des contresens les plus graves de la position de Monseigneur Staglianò concerne l’interprétation du préfixe « co- ». Affirmer que le titre de Co-rédemptrice suggérerait un salut parallèle ou une seconde source de rédemption relève d’une erreur sémantique et théologique. Le « co- » n’indique ni égalité ni indépendance, mais coopération.

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Marie est Co-rédemptrice avec le Christ et par le Christ, en totale dépendance de Lui, unique Rédempteur. Cette coopération n’est pas une juxtaposition, encore moins une concurrence, mais une participation singulière, voulue par Dieu lui-même, à l’unique œuvre rédemptrice de son Fils.

L’Écriture elle-même offre la clé de lecture, lorsque saint Paul affirme « compléter dans sa chair ce qui manque aux souffrances du Christ » (Col 1,24), il ne suggère évidemment aucune insuffisance de la Croix, mais manifeste la surabondance de l’œuvre rédemptrice, capable d’associer les membres du Corps au salut du monde. À plus forte raison, cette logique s’applique-t-elle à Marie, associée de manière unique, immédiate et maternelle à l’œuvre du salut.

En définitive, notre consœur Scrosati souligne que la position de Mgr Staglianò révèle une « conception appauvrie » de la Vierge Marie. La réduire à la seule figure de la « parfaite disciple » ou de l’« icône de la foi » revient à ignorer une part essentielle de l’enseignement de l’Église, notamment celui développé au XXᵉ siècle et synthétisé par le concile Vatican II, en particulier dans Lumen Gentium. Marie n’est pas seulement un modèle de réponse croyante, elle est une actrice réelle, bien que subordonnée, de l’économie du salut. Sa participation à la Rédemption ne diminue en rien la gloire du Christ, mais en manifeste au contraire la puissance et la gratuité, celle d’un Dieu qui, dans l’excès de sa miséricorde, a voulu associer une créature immaculée à l’œuvre la plus haute de l’histoire.

En persistant dans cette ligne, le président de l’Académie pontificale de théologie ne protège ni la foi des fidèles ni la clarté doctrinale. Il contribue plutôt à figer la réflexion théologique dans une posture défensive, marquée par la crainte plutôt que par la confiance dans la fécondité de la Révélation. Loin d’être une menace, la doctrine de la co-rédemption mariale demeure un champ théologique légitime, profondément enraciné dans la Tradition et capable d’éclairer, aujourd’hui encore, le mystère du salut comme œuvre à la fois pleinement divine et mystérieusement participée par la créature.

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