Depuis la loggia centrale de la basilique Saint-Pierre, le pape Léon XIV a proclamé avec solennité la victoire du Christ sur la mort, rappelant que Pâques est « une victoire : celle de la vie sur la mort, de la lumière sur les ténèbres, de l’amour sur la haine ». Mais cette proclamation pascale n’a pas été dissociée d’un regard lucide sur le monde contemporain, marqué par la violence et l’endurcissement des cœurs. Au cœur de son message, le pape a repris une expression forte en déclarant : « On assiste à une “mondialisation de l’indifférence” de plus en plus marquée ». Il a précisé : « Nous nous habituons à la violence, nous nous y résignons et nous devenons indifférents. Indifférents à la mort de milliers de personnes. » Cette analyse dépasse une simple observation sociale. Elle touche à la racine spirituelle du mal. L’indifférence apparaît ici comme une forme de consentement silencieux à l’injustice, un affaiblissement de la charité qui conduit à détourner le regard devant la souffrance.
Face à ce constat, Léon XIV recentre toute son espérance sur le mystère pascal. Il affirme : « Cette force, cette puissance, c’est Dieu lui-même, Amour […] Amour fidèle jusqu’à la fin, Amour qui pardonne et rachète. » Le pape souligne que la victoire du Christ n’est pas l’absence de combat, mais l’accomplissement d’un combat d’un ordre supérieur. « Le Christ, notre “Roi victorieux”, a mené et remporté son combat », rappelle-t-il. Ce combat n’est pas fondé sur la violence, mais sur l’obéissance, le don de soi et l’amour jusqu’au bout.
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Dans ce contexte, l’appel à la paix ne signifie pas une négation du conflit. Le pape déclare : « Que ceux qui ont des armes en main les déposent ! Que ceux qui ont le pouvoir de déclencher des guerres choisissent la paix ! » Mais cet appel suppose une compréhension juste de ce qui doit être combattu. Il existe des ennemis, mais le christianisme enseigne que le véritable combat est d’abord spirituel. Les ennemis ultimes ne sont pas seulement les hommes, mais le péché, la haine, le mensonge et la volonté de domination. C’est contre ces réalités que le chrétien est appelé à lutter, sans renoncer à la charité. Le pape insiste également sur la responsabilité personnelle face au mal : « Nous ne pouvons pas continuer à rester indifférents ! Et nous ne pouvons pas nous résigner au mal ! » La résurrection du Christ place chaque homme devant un choix. « Devant le tombeau vide, nous pouvons nous remplir d’espérance […] ou de peur », avertit-il. Ainsi, la foi pascale exclut toute neutralité. Elle engage à refuser l’indifférence et à entrer dans une dynamique de conversion.
Enfin, Léon XIV rappelle que la paix véritable ne peut être réduite à une simple absence de guerre. Citant l’Évangile de Jean, il affirme : « La paix que Jésus nous donne n’est pas celle qui se limite à faire taire les armes, mais celle qui touche et transforme le cœur. » Cette paix est d’abord intérieure, fruit de la grâce, condition nécessaire à toute transformation durable des sociétés. Précisons que le message pascal du pape Léon XIV apparaît comme un appel à sortir de l’indifférence pour entrer dans le combat spirituel du Ressuscité. Dans un monde marqué par la violence et la résignation, il rappelle que le mal est réel, qu’il doit être combattu, mais qu’il est déjà vaincu dans le Christ. Dès lors, le chrétien ne peut ni se résigner ni haïr, mais il est appelé à participer à cette victoire par l’amour, la vérité et la conversion du cœur.
MESSAGE « URBI ET ORBI »
DU PAPE LÉON XIV
PÂQUES 2026
Loggia centrale de la Basilique Saint-Pierre
Dimanche 5 avril 2026
« Frères et sœurs,
Le Christ est ressuscité ! Joyeuses Pâques !
Depuis des siècles, l’Église chante avec joie l’événement qui est l’origine et le fondement de sa foi : « Le Maître de la vie mourut ; vivant, il règne. Nous le savons : le Christ est vraiment ressuscité des morts. Roi victorieux, prends-nous tous en pitié » (Séquence de Pâques).
Pâques est une victoire : celle de la vie sur la mort, de la lumière sur les ténèbres, de l’amour sur la haine. Une victoire au prix très élevé : le Christ, le Fils du Dieu vivant (cf. Mt 16,16), a dû mourir, et mourir sur une croix, après avoir subi une injuste condamnation, avoir été moqué et torturé, et avoir versé tout son sang. En tant que véritable Agneau immolé, il a pris sur lui le péché du monde (cf. Jn 1,29 ; 1 P 1,18-19) et nous a ainsi tous libérés, avec la création, de la domination du mal.
Mais comment Jésus a-t-il vaincu ? Quelle est la force avec laquelle il a vaincu une fois pour toutes l’ancien Adversaire, le Prince de ce monde (cf. Jn 12, 31) ? Quelle est la puissance avec laquelle Il est ressuscité d’entre les morts, non pas pour revenir à la vie d’avant, mais pour entrer dans la vie éternelle et ouvrir ainsi, dans sa propre chair, le passage de ce monde vers le Père ?
Cette force, cette puissance, c’est Dieu lui-même, Amour qui crée et donne la vie, Amour fidèle jusqu’à la fin, Amour qui pardonne et rachète.
Le Christ, notre « Roi victorieux », a mené et remporté son combat dans un abandon confiant en la volonté du Père, en son dessein de salut (cf. Mt 26, 42). Il a ainsi parcouru jusqu’au bout le chemin du dialogue, non pas en paroles mais en actes. Pour nous retrouver, nous qui étions perdus, il s’est fait chair ; pour nous libérer, nous qui étions esclaves, il s’est fait esclave ; pour nous donner la vie, nous qui étions mortels, il s’est laissé tuer sur la croix.
La force par laquelle le Christ est ressuscité est totalement non violente. Elle est semblable à celle d’un grain de blé qui, corrompu dans la terre, grandit, se fraye un chemin entre les sillons, germe et devient un épi doré. Elle est plus semblable encore à celle d’un cœur humain qui, blessé par une offense, repousse l’instinct de vengeance et, rempli de pitié, prie pour celui qui l’a offensé.
Frères et sœurs, telle est la véritable force qui apporte la paix à l’humanité, puisqu’elle produit des relations respectueuses à tous les niveaux : entre les personnes, les familles, les groupes sociaux, les nations. Elle ne vise pas un intérêt particulier, mais le bien commun ; elle ne veut pas imposer son propre projet, mais contribuer à l’élaborer et à le réaliser avec les autres.
Oui, la résurrection du Christ est le commencement de l’humanité nouvelle. Elle marque l’entrée dans la véritable terre promise où règnent la justice, la liberté et la paix, où tous se reconnaissent comme frères et sœurs, enfants du même Père qui est Amour, Vie et Lumière.
Frères et sœurs, par sa résurrection, le Seigneur nous confronte avec encore plus d’intensité au drame de notre liberté. Devant le tombeau vide, nous pouvons nous remplir d’espérance et d’émerveillement, comme les disciples, ou de peur comme les gardes et les pharisiens, contraints de recourir au mensonge et à la ruse pour ne pas reconnaître que celui qui avait été condamné est vraiment ressuscité (cf. Mt 28, 11-15) !
À la lumière de Pâques, laissons-nous émerveiller par le Christ ! Laissons son immense amour changer notre cœur ! Que ceux qui ont des armes en main les déposent ! Que ceux qui ont le pouvoir de déclencher des guerres choisissent la paix ! Non pas une paix imposée par la force, mais par le dialogue ! Non pas avec la volonté de dominer l’autre, mais de le rencontrer !
Nous nous habituons à la violence, nous nous y résignons et nous devenons indifférents. Indifférents à la mort de milliers de personnes. Indifférents aux répercussions de haines et de divisions que les conflits sèment. Indifférents aux conséquences économiques et sociales qu’ils engendrent et que chacun ressent pourtant. On assiste à une “mondialisation de l’indifférence” de plus en plus marquée, pour reprendre une expression chère au Pape François, qui adressait au monde ses dernières paroles il y a un an depuis cette loggia, en nous rappelant : « Que de volonté de mort nous voyons chaque jour dans les nombreux conflits qui touchent différentes parties du monde ! » (Message Urbi et Orbi, 20 avril 2025).
La croix du Christ nous rappelle sans cesse la souffrance et la douleur qui environnent la mort, ainsi que l’angoisse qu’elle engendre. Nous avons tous peur de la mort et, par crainte, nous détournons le regard, préférant ne pas voir. Nous ne pouvons pas continuer à rester indifférents ! Et nous ne pouvons pas nous résigner au mal ! Saint Augustin enseigne : « Si tu as peur de la mort, aime la résurrection ! » (Sermo 124, 4). Aimons, nous aussi, la résurrection qui nous rappelle que le mal n’a pas le dernier mot, car il a été vaincu par le Ressuscité.
Il a traversé la mort pour nous donner la vie et la paix : « Je vous laisse la paix, je vous donne ma paix. Ce n’est pas comme le monde la donne que je vous la donne » (Jn 14, 27). La paix que Jésus nous donne n’est pas celle qui se limite à faire taire les armes, mais celle qui touche et transforme le cœur de chacun ! Convertissons-nous à la paix du Christ ! Faisons entendre le cri de paix qui jaillit du cœur ! C’est pourquoi j’invite tout le monde à se joindre à moi à la veillée de prière pour la paix que nous célébrerons ici, dans la Basilique Saint-Pierre, samedi prochain, 11 avril.
En ce jour de fête, abandonnons toute volonté de querelle, de domination et de pouvoir, et implorons le Seigneur pour qu’il accorde sa paix à ce monde endeuillé par les guerres et marqué par la haine et l’indifférence qui nous font nous sentir impuissants face au mal. Nous recommandons au Seigneur tous les cœurs qui souffrent et qui attendent la paix véritable que Lui seul peut donner. Confions-nous à Lui et ouvrons-Lui notre cœur ! Lui seul fait toutes choses nouvelles (cf. Ap 21,5) !
Joyeuses Pâques ! »
Source Vatican


