Depuis 2000 ans

Mozambique : l’Église en première ligne face à la terreur et à l’effondrement social

Monseigneur Inácio Saure - capture écran
Monseigneur Inácio Saure - capture écran
« La croix n’est pas seulement un symbole de foi ; elle est devenue un motif de persécution pour ceux qui la portent »

Entre violence persistante, déplacements massifs de populations et abandon des plus fragiles, l’Église catholique apparaît comme l’un des derniers piliers de stabilité, fidèle à sa mission au milieu du chaos. C’est au nord du Mozambique, dans les provinces de Cabo Delgado et de Nampula, que la situation demeure dramatique, marquée par une violence diffuse et persistante.

Monseigneur Inácio Saure, archevêque de Nampula, en a dressé un tableau sans complaisance, rappelant que « la croix n’est pas seulement un symbole de foi ; elle est devenue un motif de persécution pour ceux qui la portent ». Cette affirmation résume à elle seule la condition des chrétiens dans cette région, où la foi chrétienne est devenue, pour certains, un motif de ciblage. Depuis 2021, les groupes insurgés liés à l’État islamique ont intensifié leurs actions, attaquant notamment les missions catholiques et contraignant des populations à se convertir à l’islam. Toutefois, l’analyse du prélat introduit une distinction importante, qui appelle à la prudence : « la question religieuse ne semble pas être la cause principale du conflit ». En effet, derrière la violence se dessine une lutte pour le contrôle des ressources naturelles, notamment les richesses minières et gazières de Cabo Delgado. Cette lecture permet d’éviter toute interprétation simpliste et souligne l’enchevêtrement de facteurs économiques, sociaux et politiques.

Face à cette situation, l’Église ne répond pas par la logique du monde. « Notre réponse n’est pas la haine, mais le pardon, le service et l’amour », affirme Monseigneur Saure. Ces mots, profondément évangéliques, prennent ici une portée concrète et exigeante. Dans les zones les plus touchées, « l’Église catholique reste en première ligne, transformant ses paroisses en centres d’accueil sans murs blindés ni gardes armés ». Là où les structures civiles vacillent, l’Église ouvre ses portes, sans protection autre que la confiance en Dieu et la charité.

Rappelons que la crise humanitaire atteint des proportions considérables. Des millions de personnes ont été déplacées, et plus de 6 000 ont perdu la vie. Le profil des déplacés est particulièrement alarmant : « 80 % sont des femmes et des enfants ». Beaucoup vivent en dehors des centres officiels, accueillis par des familles déjà pauvres, ce qui accentue la pression sur des ressources limitées. À cela s’ajoutent des épidémies récurrentes, notamment de choléra, liées à la surpopulation et au manque d’infrastructures sanitaires. Monseigneur Saure alerte également sur un danger à long terme : « C’est toute une génération qui est en train d’être perdue ». Des milliers d’enfants déplacés sont privés d’identité légale et d’accès à l’éducation : « Des milliers d’enfants déplacés n’ont ni papiers d’identité ni accès à l’école, ce qui en fait des cibles faciles pour les terroristes ».

Cette réalité souligne un mécanisme tragique, où l’exclusion nourrit la violence, et où la violence renforce l’exclusion.

Lire aussi

Dans ce contexte, le prélat appelle à une responsabilité accrue des acteurs économiques. Il insiste pour que « les multinationales du gaz et des mines […] ne soient pas le problème, mais une partie de la solution ». Il demande qu’elles s’engagent concrètement dans la formation et l’emploi des jeunes locaux, contribuant ainsi à réduire les facteurs de radicalisation. Cette exigence s’inscrit pleinement dans la doctrine sociale de l’Église, qui rappelle que l’activité économique ne peut être dissociée du bien commun. Par ailleurs, Monseigneur Saure interpelle les institutions internationales, notamment l’Union européenne, afin que l’aide apportée ne se limite pas à un soutien militaire. Il souligne la nécessité d’agir « sur les causes profondes telles que l’exclusion, le sous-développement, la corruption et la gestion des ressources ». La paix, suggère-t-il, ne peut être durable si elle ne repose pas sur la justice et la dignité humaine.

Malgré une apparente accalmie dans certaines zones urbaines, la réalité reste inquiétante :« La violence […] n’est pas terminée. Elle s’est transformée ». Les groupes armés, plus mobiles et organisés en cellules réduites, continuent d’opérer dans les zones rurales. L’attaque de Chipene en 2022, au cours de laquelle la religieuse italienne Maria de Copi a été tuée, demeure un symbole de cette violence persistante et ciblée. Face à l’échec des centres de réinstallation, qualifiés de « modèle […] en échec », l’archevêque appelle à des solutions durables, intégrées dans les communautés locales. Il insiste également sur l’urgence de développer les services de base, rappelant que « les services d’hygiène et d’assainissement […] sont une question de biosécurité ».

Dans ce contexte de grande détresse, une certitude demeure : « l’Église […] a été le dernier rempart ». Par son action quotidienne,soutien psychosocial, aide humanitaire, accompagnement des populations , elle incarne une présence stable et fidèle. Elle ne se substitue pas aux autorités, mais elle comble les vides, porte les souffrances et maintient vivante l’espérance. À travers ce témoignage, c’est une vérité fondamentale qui se manifeste : lorsque tout semble vaciller, l’Église, enracinée dans le Christ, demeure. Non comme une puissance humaine, mais comme un signe de charité, de vérité et d’espérance au cœur des ténèbres.

Recevez chaque jour notre newsletter !