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NIGERIA : Malgré les massacres et quinze ans de terreur islamiste, les baptêmes se comptent désormais par milliers à Maiduguri

L’évêque Oliver Doeme montrant la foule du doigt  ( 2024) - credit AEED
L’évêque Oliver Doeme montrant la foule du doigt ( 2024) - credit AEED
Dans une région devenue symbole de la persécution des chrétiens au Nigeria, l’Église catholique constate un retour massif des fidèles et une progression notable des sacrements. Les évêques parlent d’un phénomène qui se mesure « en milliers, pas en centaines », malgré un lourd bilan humain et matériel

Le diocèse de Diocese of Maiduguri, dans le nord-est du Nigeria, enregistre une augmentation significative des baptêmes, des mariages et des premières communions, après plus de quinze années marquées par l’insurrection menée par Boko Haram. Selon un rapport publié le 18 février par la fondation pontificale AIDE A L’EGLISE EN DETRESSE, Aid to the Church in Need, des milliers de catholiques reviennent à l’église dans le diocèse, « par milliers, pas par centaines », affirment les évêques.

L’évêque de Maiduguri, Monseigneur Oliver Dashe Doeme, déclare que le nombre total de catholiques dans le diocèse est désormais supérieur à celui d’avant 2009, année du début de l’insurrection. « La foi de notre peuple est inébranlable. Le nombre de catholiques que nous avons dans notre diocèse est aujourd’hui plus élevé que celui que nous avions avant la crise de Boko Haram », affirme-t-il. Il précise que le nombre d’enfants baptisés atteint désormais les 1 000, ajoutant : « Nous célébrons de nombreux mariages ; le nombre d’enfants recevant la sainte communion a fortement augmenté ; le nombre d’enfants baptisés atteint les 1 000. La différence se compte en milliers, pas en centaines. »

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Ces éléments ne s’accompagnent pas de pourcentages détaillés, mais ils indiquent clairement un changement d’échelle dans la pratique sacramentelle, alors même que le diocèse a été l’un des plus durement frappés du pays.

Maiduguri, capitale de l’État de Borno, est considérée comme le berceau de Boko Haram. Depuis 2009, l’insurrection islamiste aurait causé environ 20 000 morts et déplacé plus de deux millions de personnes dans la région. Ces dernières années, l’extension des violences à d’autres zones a paradoxalement conduit certains déplacés à revenir. Dans le diocèse, plus de 90 000 catholiques ont été contraints de fuir et plus de 1 000 ont été tués. Sur 279 personnes enlevées, dont des enfants, 100 ne sont jamais revenues. Des jeunes hommes ont été enrôlés de force dans les rangs des insurgés, certains ayant pu rentrer, d’autres étant toujours retenus.

Plus de 200 églises et 10 paroisses ont été détruites, ainsi que des habitations et des dispensaires. « Lorsque la crise a commencé en 2009, surtout jusqu’en 2014, nous avons connu des attaques marquées et organisées contre nos différentes communautés chrétiennes, ce qui a entraîné le déplacement massif de notre population », rappelle l’évêque.

Malgré les attaques armées, les attentats à la bombe et les menaces constantes, les responsables de l’Église ont poursuivi leur mission pastorale, se rendant dans les villages et les zones rurales pour administrer les sacrements.

« La situation n’a fait que renforcer la foi de notre peuple. Chaque fois que l’Église fait face à la persécution, le peuple devient plus vivant, sa foi devient plus active. C’est notre expérience », déclare Monseigneur Doeme. Il ajoute : « Malgré les coups de feu, malgré les bombes, malgré la série d’attaques, le peuple a manifesté une foi inébranlable. Vous les voyez se rendre à la messe pour recevoir les sacrements. Les prêtres ont été très forts dans la foi et courageux. »

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De son coté, l’évêque auxiliaire, Monseigneur John Bogna Bakeni, souligne que si la situation s’est relativement améliorée à Maiduguri mais que l’insécurité demeure dans de nombreuses régions du Nigeria. « Nous connaissons un peu de paix dans notre diocèse, mais dans de nombreuses régions du Nigeria, l’insécurité persiste, et nous dormons les yeux ouverts », affirme-t-il. Il évoque « un nuage de peur, d’anxiété et d’insécurité planant sur notre pays », ajoutant : « Chaque jour, des Nigérians sont tués, enlevés ou kidnappés. C’est devenu une réalité. Cela montre où nous en sommes en tant que nation à ce moment de notre histoire. »

Dans ce contexte, le retour massif des fidèles apparaît paradoxal. « Normalement, lorsque les gens sont confrontés à la violence, les églises devraient être moins fréquentées, mais nous constatons le contraire. Aussi grave que soit la persécution, ce sont les témoignages que nous avons : des témoignages de foi, une foi mise à l’épreuve », souligne l’évêque auxiliaire. Avec l’aide internationale, notamment celle de AIDE A L’EGLISE EN DETRESSE le diocèse poursuit la reconstruction des églises et des structures détruites. Le centre de pèlerinage de Whuabazhi, soutenu par la fondation, connaît une fréquentation record. Les évêques parlent d’un lieu où « les personnes reviennent guéries » et d’« un grand centre d’autonomisation pour les jeunes ».

Dans un pays où la persécution a marqué les corps et les mémoires, où les évêques n’hésitent pas à évoquer un véritable génocide des populations chrétiennes dans certaines régions, la vitalité religieuse constatée à Maiduguri et ce retour massif vers le baptême constituent un signe fort. Au-delà des chiffres, c’est l’enracinement de la foi dans l’Évangile qui apparaît comme la clé de cette résilience. Malgré les massacres, les enlèvements, les églises détruites et les communautés dispersées, la pratique sacramentelle ne s’est pas éteinte. Elle s’est approfondie. Dans l’épreuve, la foi ne s’est pas affaiblie ; elle s’est affermie. Pour les responsables de l’Église locale, cette dynamique n’est pas seulement sociologique. Elle témoigne d’une conviction religieuse profonde : la foi, ancrée dans le Christ et nourrie par les sacrements, demeure plus forte que la violence. Et au cœur de l’épreuve, elle continue d’avancer avec la certitude que, malgré tout, la foi vaincra.

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