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NIGERIA : un couvent attaqué, des églises incendiées, une violence que des ONG qualifient de génocide

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Selon les témoignages recueillis par le diocèse, les bandits ont agi librement pendant plusieurs heures avant de se retirer, laissant derrière eux des communautés traumatisées et des infrastructures détruites

Les attaques coordonnées contre un couvent catholique, une clinique diocésaine, un hôpital et plusieurs églises dans l’État du Niger, début février, s’inscrivent dans une séquence de violences répétées visant les communautés chrétiennes du centre et du nord du Nigeria. Alors que les autorités continuent de récuser toute lecture religieuse des massacres, des ONG et des responsables ecclésiaux évoquent désormais un processus d’élimination systématique des chrétiens.

Dans la nuit du 1er au 2 février, plusieurs localités de l’État du Niger, au centre-nord du Nigeria, ont été frappées par une série d’attaques armées coordonnées. Selon un communiqué du diocèse de Kontagora transmis par l’Agence Fides, des bandes lourdement armées ont simultanément pris pour cibles des forces de sécurité, des habitations civiles, un couvent catholique, une clinique diocésaine, un hôpital et deux églises protestantes dans les zones administratives locales d’Agwara et de Mashegu.À Agwara, l’offensive a débuté par l’incendie d’un poste de police, gravement endommagé après que les assaillants ont maîtrisé les agents présents. Le communiqué signé par le père Matthew Stephen Kabirat, directeur de la communication du diocèse de Kontagora, précise que les violences se sont ensuite déplacées vers les habitations. Plusieurs membres d’une même famille ont été enlevés, tandis que le père a échappé de justesse à la capture grâce à l’intervention de policiers. L’église de l’United Missionary Church of Africa (UMCA) d’Agwara a ensuite été incendiée, provoquant la fuite de nombreux habitants vers la brousse et les zones environnantes.

La même nuit, à Tungan Gero, dans la zone administrative de Mashegu, des hommes armés ont lancé une attaque coordonnée contre le couvent attenant à la clinique catholique locale, tous deux dépendant du diocèse de Kontagora. Les religieuses ont réussi à s’enfuir à temps, mais la clinique a été pillée et vandalisée. Du matériel médical et des installations essentielles ont été emportés ou détruits, privant la population de soins dans une région déjà marquée par la pauvreté et l’insécurité.

Après ces attaques contre des structures religieuses et sanitaires, les assaillants ont intercepté plusieurs véhicules circulant dans la zone, tuant un passager et kidnappant un nombre indéterminé de personnes, avant de s’en prendre à une autre église de l’UMCA à Tungan Gero.

Selon les témoignages recueillis par le diocèse, les bandits ont agi librement pendant plusieurs heures avant de se retirer, laissant derrière eux des communautés traumatisées et des infrastructures détruites.

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La police de l’État du Niger a confirmé l’attaque du poste de police d’Agwara, survenue vers 3 h 40 du matin, et l’enlèvement d’au moins cinq personnes. Les autorités ont indiqué que les assaillants avaient utilisé de la dynamite pour faire exploser le bâtiment, illustrant une fois encore la capacité de nuisance de groupes armés opérant avec une quasi-impunité.

Ces événements ne constituent pas un épisode isolé. Ils s’inscrivent dans un contexte national de violences répétées qui ensanglantent régulièrement le centre et le nord du Nigeria. Quelques jours auparavant, l’évêque de Sokoto, Monseigneur Matthew Hassan Kukah, alertait sur la banalisation des massacres et l’incapacité des institutions à enrayer une crise devenue chronique. « Il n’y a aucun autre pays où 10 personnes sont tuées le lundi, 50 le mardi, 100 le mercredi, et cela continue chaque semaine. Comment un tel pays peut-il aller de l’avant ? », déclarait-il, dénonçant une spirale meurtrière sans équivalent.

Au-delà des constats épiscopaux, plusieurs ONG chrétiennes parlent désormais d’un processus assimilable à un génocide. Le magazine américain Newsweek rapporte les propos d’Emeka Umeagbalasi, fondateur de l’ONG Intersociety, selon lequel « si rien n’est fait dans les prochaines années, le christianisme cessera d’exister au Nigeria ». Selon Open Doors, plus de 3 100 chrétiens ont été tués pour leur foi en 2024, soit près des deux tiers des martyrs chrétiens recensés dans le monde cette année-là. Depuis le début de l’insurrection islamiste en 2009, plus de 19 000 églises auraient été détruites et des millions de chrétiens déplacés.

Face à ces accusations, le gouvernement du président Bola Ahmed Tinubu continue de nier toute dimension religieuse des violences. Abuja rejette le terme de génocide, parlant de conflits aux causes multiples, ethniques, foncières, économiques et climatiques. Cette position officielle est relayée par certains responsables gouvernementaux et médias internationaux, qui estiment que la présentation des attaques comme une persécution religieuse relèverait d’une déformation de la réalité.Pour les ONG et de nombreux responsables religieux, cette lecture minimise une réalité pourtant observable sur le terrain. Les attaques répétées contre des églises, des couvents, des prêtres et des structures sanitaires chrétiennes, combinées aux enlèvements et aux massacres de civils, dessinent, selon eux, une stratégie de terreur et de conquête territoriale où la foi devient un facteur de vulnérabilité mortelle.

Dans les États du Plateau, de Benue, de Kaduna ou du Niger, les villages se vident, les cimetières s’étendent et des paroisses entières disparaissent. Les attaques d’Agwara et de Tungan Gero viennent ainsi s’ajouter à une longue liste de violences qui nourrissent, au sein des Églises et des ONG, la conviction qu’au Nigeria, au-delà du déni officiel, se joue l’avenir même du christianisme dans la plus grande nation d’Afrique.

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